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· Julien   Lepage

Desert strike : return to the gulf
Mike Posehn et John Manley
1992

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Illustration de critique : Desert strike : return to the gulf
Il y avait, au début des années 90, une espèce de frénésie autour des jeux à thème militaire, souvent en lien plus ou moins direct avec l'actualité géopolitique de l'époque. Desert strike : return to the gulf, développé par Electronic Arts et sorti en 1992 sur MegaDrive, s'inscrit clairement dans cette vague. Un titre hybride, entre le shooter arcade et la simulation légère, qui s'est distingué dans le paysage vidéoludique de l'époque par un ton plus sérieux que la moyenne. Sur une console dominée par les mascottes bondissantes et les univers colorés, voilà un jeu qui vous larguait au beau milieu du désert, seul dans votre Apache, avec une mission : sauver l'Occident du vilain moustachu du Moyen-Orient.

Le scénario, qui lorgne du côté d'un fantasme post-guerre du Golfe, est assez limpide. Le dictateur Ibn Kilbaba, sosie à peine déguisé de Saddam Hussein, menace la paix mondiale avec son arsenal militaire. Le président américain (jamais nommé, mais on devine le brushing républicain) envoie donc un pilote d'élite nettoyer tout ça à coups de roquettes Hellfire. On enchaîne ainsi quatre campagnes dans des zones désertiques, avec pour objectif principal d'annihiler toute menace ennemie, tout en évitant les dommages collatéraux. Le jeu tente même une timide approche morale : flinguer des civils vous coûte des points, et parfois, une mission entière.

Ce qui frappe, c'est l'ambition du gameplay. On est loin du simple shoot'em up linéaire : la vue est isométrique, les objectifs sont multiples, les missions semi-ouvertes. Il faut gérer carburant, munitions, blindage, et même sauver des otages ou récupérer des pilotes MIA pour améliorer ses performances. Tout ça se joue dans une ambiance poussiéreuse et granuleuse, le sable pixelisé à perte de vue, avec une carte à consulter frénétiquement pour éviter de finir le nez dans un bunker.

Sur le papier, c'est dense, presque stratégique. Dans les faits, c'est parfois fastidieux. Les commandes ne sont pas toujours aussi précises qu'on le voudrait, surtout quand l'action s'intensifie. La maniabilité de l'hélicoptère demande un vrai temps d'adaptation, entre l'inertie des mouvements et les limites imposées par le scrolling fixe. On passe donc un peu trop de temps à tourner en rond à la recherche d'un objectif manqué ou d'un bidon d'essence salvateur, pendant que la bande-son, minimaliste, mais fonctionnelle, vous rappelle que la guerre, c'est aussi de longues heures d'ennui entre deux frappes chirurgicales.

Le jeu se distingue tout de même par une volonté de bien faire. Certains détails, comme le choix du copilote (qui influence la précision des tirs), ou la possibilité de prioriser ses objectifs dans l'ordre souhaité, montrent une envie de sophistication. Il y a de l'intelligence dans le level design, une vraie rigueur dans la manière dont les missions s'enchaînent. Mais cette rigueur vire parfois à la rigidité, et on aurait aimé un peu plus de nervosité, un soupçon de folie dans la mise en scène. Le moteur graphique peine à rendre lisible certains décors, et malgré le ton sérieux du propos, il y a peu de moments réellement mémorables.

Reste une proposition singulière, qui a marqué son époque autant par son esthétique austère que par sa prise de distance avec les codes arcade habituels. Mais avec le recul, Desert strike souffre d'un manque d'ampleur, de cette intensité qui rendrait ses missions vraiment palpitantes. On comprend qu'il ait donné naissance à une série — Jungle strike, notamment, affinera plusieurs mécaniques —, mais ce premier volet, aussi solide soit-il sur le plan conceptuel, manque parfois d'âme.
Ma note55%
Joué le 14 Mars 2010


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