Dune (2021)
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À force d'en entendre parler comme du blockbuster « sérieux » par excellence, celui qui allait réconcilier le grand public avec la science-fiction adulte, on finit forcément par se demander ce que ça donne, une fresque spatiale de 2021 signée Denis Villeneuve, portée par Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Zendaya et une ribambelle de têtes connues. La promesse, sur le papier, est quasiment indécente : adapter le monument de Frank Herbert avec les moyens d'aujourd'hui, et lui rendre la grandeur mythologique qu'on lui prête depuis des décennies. En 2026, avec la saga désormais installée, on peut aussi regarder cette « première partie » avec un peu plus de recul… et moins d'indulgence liée à l'événement.
On suit Paul Atréides, héritier d'une grande maison propulsée au cœur d'un piège politique : la famille quitte la planète océanique Caladan pour administrer Arrakis, un enfer de sable où se trouve l'épice, ressource qui rend possible le pouvoir, les voyages et à peu près tout ce qui compte dans cet univers. Sur place, il faut composer avec l'hostilité d'une autre maison, les Harkonnen, avec l'ombre écrasante de l'Empire, et avec les Fremen, peuple du désert dont les croyances et la survie sont intimement liées à cette planète. Au milieu de tout ça, Paul est travaillé par des visions, une forme de destin fabriqué ou prophétisé, et par l'idée qu'il n'est peut-être pas seulement un gamin doué, mais un rouage d'une machine beaucoup plus vaste.
Là où ça commence à coincer, c'est que cette intrigue ressemble souvent à un briefing interminable pour un film qui n'arrive pas. Le scénario fait ce qu'il peut pour condenser un monde énorme, mais il donne surtout l'impression de cocher des cases : exposition, termes inventés, factions, enjeux, prophétie, trahison… puis « à suivre ». Le fait que ce soit explicitement une première partie explique la structure, certes, mais n'excuse pas tout : on peut être un chapitre et quand même raconter quelque chose de complet, avec une montée, des tensions, une respiration. Ici, j'ai plutôt ressenti un long couloir très chic, où l'on marche longtemps sans jamais déboucher sur une pièce vraiment habitée. On peut appeler ça « contemplatif ». Moi j'appelle ça « je regarde ma montre ». Et c'est d'autant plus frustrant qu'on sent la matière derrière, la tragédie en puissance, le jeu d'échecs politique… mais le film reste souvent sur la surface des enjeux, comme s'il avait peur d'être trop concret, trop incarné, trop sale.
Les personnages, eux, sont traités à la manière « blockbuster premium » : archétypes raffinés, silhouettes nobles, postures graves. Paul est l'élu potentiel, l'ado qui porte trop lourd pour ses épaules (classique, pourquoi pas) sauf qu'il manque une étape essentielle : la vie. On nous dit qu'il est spécial, qu'il apprend vite, qu'il voit des choses… mais on peine à sentir ce qu'il désire vraiment, ce qui le fait rire, ce qui le met en rage, ce qui le rend humain avant d'être messianique. Jessica a davantage d'épaisseur, parce qu'elle est traversée par des contradictions (mère, instrument, croyante, stratège), et c'est ironique : on a l'impression que le film s'anime davantage quand il la suit, puis retombe dès qu'il revient à son héritier programmé. Leto est l'homme honorable, Duncan le guerrier loyal, Gurney le mentor bourru, Baron Harkonnen le mal en majesté… tout ça fonctionne comme des pièces d'un diorama somptueux, mais rarement comme des êtres qui saignent, transpirent et font des choix qui déchirent. Et sur une planète censée être suffocante, où l'on recycle sa sueur, c'est quand même ballot de voir tout le monde aussi impeccable, aussi « propre sur lui », comme dans une pub de parfum tournée dans le désert.
Le film veut parler de pouvoir, de colonialisme, d'écologie, de religion fabriquée, de manipulation messianique… et il a objectivement de quoi faire. Sauf que la façon dont ces thèmes sont amenés donne parfois l'impression d'un discours en surplomb, très sérieux, très conscient de son importance, mais pas toujours capable de créer l'émotion qui va avec. On nous répète les valeurs d'une maison, l'honneur, le devoir, la justice… mais on ne voit pas assez ce que ces valeurs protègent concrètement. Où est le peuple qu'on sauve ? Où est le quotidien qu'on défend ? À ce jeu-là, Le seigneur des anneaux reste une leçon : on comprend l'enjeu parce qu'on a d'abord vécu un peu au milieu des gens, dans une convivialité qui donne envie de souffrir avec eux. Ici, la grandeur est là, la gravité aussi, mais l'attachement, lui, patine. Même la rencontre avec les Fremen, qui devrait apporter un choc de culture, une autre manière d'être au monde, arrive tard et repart vite, comme une bande-annonce, pas comme une bascule.
Et puis il y a cette sensation très moderne, très 2020, qui me fatigue de plus en plus : le film a des moyens immenses pour des fins étonnamment limitées. La réalisation est top, oui. C'est magnifique. On s'extasie devant certaines scènes comme devant un portfolio de science-fiction haut de gamme. On sait même que le tournage a été cherché dans de vrais déserts (Jordanie, Abu Dhabi) et ça se sent : les paysages ont une présence, une échelle, une densité. Mais justement : tout est si contrôlé, si lisse, si « parfaitement calibré » que ça finit par manquer d'âme. Le désert d'Arrakis est splendide… et sans mystère. Il est grand, mais pas poétique. Aride, mais pas suffocant. Dangereux, mais pas organique. C'est exactement le même problème que The creator : c'est beau, c'est propre, c'est bien réalisé… et je m'emmerde sec. À certains moments, j'ai eu la pensée un peu triste : le film aurait exactement la même tête s'il avait été réalisé par une IA. Pas parce que c'est « mal fait », au contraire : parce que c'est tellement poli, tellement conforme à l'idée du blockbuster sérieux, qu'on ne sent plus la main, l'accident, la sueur, le grain.
La bande-son, là aussi, m'a laissé sur le carreau. On vend souvent Hans Zimmer comme un argument massue, mais c'est surtout un faiseur de « musiques épiques » sans âme. Finalement, ç'aurait pu être raccord avec le film, sauf qu'ici, elle n'est pas en lien avec l'univers. On aurait pu retrouver cette musique sur un mauvais remake de Braveheart… Et quand un film repose autant sur l'atmosphère, c'est un problème majeur : si l'atmosphère ne prend pas, il ne reste que la vitrine.
Côté acteurs, je vais être franc : Timothée Chalamet manque cruellement de charisme. Je sais que le rôle demande une forme de retenue, d'intériorité, d'adolescence écrasée par le destin… mais il y a une différence entre « retenu » et « transparent ». Pire : son doubleur VF est peu inspiré, avec un ton souvent uniforme, qui accentue encore l'impression que Paul subit plus qu'il n'existe. Rebecca Ferguson, elle, s'en sort mieux parce qu'elle a des scènes qui demandent du conflit intérieur réel, de la peur, de la colère contenue. Oscar Isaac est solide, mais trop peu exploité dans ce que le personnage pourrait avoir de chaleur ou de quotidien. Les seconds rôles sont luxueux (Josh Brolin, Jason Momoa, Javier Bardem), mais on sent souvent le casting « waouh » plus que la nécessité dramatique. On coche des présences, on aligne des visages, et ça fait partie du plaisir… sauf que ça ne remplit pas le vide émotionnel.
Au final, ce qui me reste, c'est un paradoxe un peu cruel : j'admire le travail, je respecte l'ambition, je reconnais la maîtrise… et je suis sorti froid. Moins curieux qu'espéré, pas vraiment ému, rarement pris. Et le pire, c'est que je préfère presque la bizarrerie assumée du Dune version David Lynch : c'était moins beau, évidemment, les époques et les budgets sont incomparables, mais il y avait une étrangeté, une personnalité, une forme de folie qui, au moins, tentait quelque chose. Ici, tout est « bien », mais rien n'est habité.
On suit Paul Atréides, héritier d'une grande maison propulsée au cœur d'un piège politique : la famille quitte la planète océanique Caladan pour administrer Arrakis, un enfer de sable où se trouve l'épice, ressource qui rend possible le pouvoir, les voyages et à peu près tout ce qui compte dans cet univers. Sur place, il faut composer avec l'hostilité d'une autre maison, les Harkonnen, avec l'ombre écrasante de l'Empire, et avec les Fremen, peuple du désert dont les croyances et la survie sont intimement liées à cette planète. Au milieu de tout ça, Paul est travaillé par des visions, une forme de destin fabriqué ou prophétisé, et par l'idée qu'il n'est peut-être pas seulement un gamin doué, mais un rouage d'une machine beaucoup plus vaste.
Là où ça commence à coincer, c'est que cette intrigue ressemble souvent à un briefing interminable pour un film qui n'arrive pas. Le scénario fait ce qu'il peut pour condenser un monde énorme, mais il donne surtout l'impression de cocher des cases : exposition, termes inventés, factions, enjeux, prophétie, trahison… puis « à suivre ». Le fait que ce soit explicitement une première partie explique la structure, certes, mais n'excuse pas tout : on peut être un chapitre et quand même raconter quelque chose de complet, avec une montée, des tensions, une respiration. Ici, j'ai plutôt ressenti un long couloir très chic, où l'on marche longtemps sans jamais déboucher sur une pièce vraiment habitée. On peut appeler ça « contemplatif ». Moi j'appelle ça « je regarde ma montre ». Et c'est d'autant plus frustrant qu'on sent la matière derrière, la tragédie en puissance, le jeu d'échecs politique… mais le film reste souvent sur la surface des enjeux, comme s'il avait peur d'être trop concret, trop incarné, trop sale.
Les personnages, eux, sont traités à la manière « blockbuster premium » : archétypes raffinés, silhouettes nobles, postures graves. Paul est l'élu potentiel, l'ado qui porte trop lourd pour ses épaules (classique, pourquoi pas) sauf qu'il manque une étape essentielle : la vie. On nous dit qu'il est spécial, qu'il apprend vite, qu'il voit des choses… mais on peine à sentir ce qu'il désire vraiment, ce qui le fait rire, ce qui le met en rage, ce qui le rend humain avant d'être messianique. Jessica a davantage d'épaisseur, parce qu'elle est traversée par des contradictions (mère, instrument, croyante, stratège), et c'est ironique : on a l'impression que le film s'anime davantage quand il la suit, puis retombe dès qu'il revient à son héritier programmé. Leto est l'homme honorable, Duncan le guerrier loyal, Gurney le mentor bourru, Baron Harkonnen le mal en majesté… tout ça fonctionne comme des pièces d'un diorama somptueux, mais rarement comme des êtres qui saignent, transpirent et font des choix qui déchirent. Et sur une planète censée être suffocante, où l'on recycle sa sueur, c'est quand même ballot de voir tout le monde aussi impeccable, aussi « propre sur lui », comme dans une pub de parfum tournée dans le désert.
Le film veut parler de pouvoir, de colonialisme, d'écologie, de religion fabriquée, de manipulation messianique… et il a objectivement de quoi faire. Sauf que la façon dont ces thèmes sont amenés donne parfois l'impression d'un discours en surplomb, très sérieux, très conscient de son importance, mais pas toujours capable de créer l'émotion qui va avec. On nous répète les valeurs d'une maison, l'honneur, le devoir, la justice… mais on ne voit pas assez ce que ces valeurs protègent concrètement. Où est le peuple qu'on sauve ? Où est le quotidien qu'on défend ? À ce jeu-là, Le seigneur des anneaux reste une leçon : on comprend l'enjeu parce qu'on a d'abord vécu un peu au milieu des gens, dans une convivialité qui donne envie de souffrir avec eux. Ici, la grandeur est là, la gravité aussi, mais l'attachement, lui, patine. Même la rencontre avec les Fremen, qui devrait apporter un choc de culture, une autre manière d'être au monde, arrive tard et repart vite, comme une bande-annonce, pas comme une bascule.
Et puis il y a cette sensation très moderne, très 2020, qui me fatigue de plus en plus : le film a des moyens immenses pour des fins étonnamment limitées. La réalisation est top, oui. C'est magnifique. On s'extasie devant certaines scènes comme devant un portfolio de science-fiction haut de gamme. On sait même que le tournage a été cherché dans de vrais déserts (Jordanie, Abu Dhabi) et ça se sent : les paysages ont une présence, une échelle, une densité. Mais justement : tout est si contrôlé, si lisse, si « parfaitement calibré » que ça finit par manquer d'âme. Le désert d'Arrakis est splendide… et sans mystère. Il est grand, mais pas poétique. Aride, mais pas suffocant. Dangereux, mais pas organique. C'est exactement le même problème que The creator : c'est beau, c'est propre, c'est bien réalisé… et je m'emmerde sec. À certains moments, j'ai eu la pensée un peu triste : le film aurait exactement la même tête s'il avait été réalisé par une IA. Pas parce que c'est « mal fait », au contraire : parce que c'est tellement poli, tellement conforme à l'idée du blockbuster sérieux, qu'on ne sent plus la main, l'accident, la sueur, le grain.
La bande-son, là aussi, m'a laissé sur le carreau. On vend souvent Hans Zimmer comme un argument massue, mais c'est surtout un faiseur de « musiques épiques » sans âme. Finalement, ç'aurait pu être raccord avec le film, sauf qu'ici, elle n'est pas en lien avec l'univers. On aurait pu retrouver cette musique sur un mauvais remake de Braveheart… Et quand un film repose autant sur l'atmosphère, c'est un problème majeur : si l'atmosphère ne prend pas, il ne reste que la vitrine.
Côté acteurs, je vais être franc : Timothée Chalamet manque cruellement de charisme. Je sais que le rôle demande une forme de retenue, d'intériorité, d'adolescence écrasée par le destin… mais il y a une différence entre « retenu » et « transparent ». Pire : son doubleur VF est peu inspiré, avec un ton souvent uniforme, qui accentue encore l'impression que Paul subit plus qu'il n'existe. Rebecca Ferguson, elle, s'en sort mieux parce qu'elle a des scènes qui demandent du conflit intérieur réel, de la peur, de la colère contenue. Oscar Isaac est solide, mais trop peu exploité dans ce que le personnage pourrait avoir de chaleur ou de quotidien. Les seconds rôles sont luxueux (Josh Brolin, Jason Momoa, Javier Bardem), mais on sent souvent le casting « waouh » plus que la nécessité dramatique. On coche des présences, on aligne des visages, et ça fait partie du plaisir… sauf que ça ne remplit pas le vide émotionnel.
Au final, ce qui me reste, c'est un paradoxe un peu cruel : j'admire le travail, je respecte l'ambition, je reconnais la maîtrise… et je suis sorti froid. Moins curieux qu'espéré, pas vraiment ému, rarement pris. Et le pire, c'est que je préfère presque la bizarrerie assumée du Dune version David Lynch : c'était moins beau, évidemment, les époques et les budgets sont incomparables, mais il y avait une étrangeté, une personnalité, une forme de folie qui, au moins, tentait quelque chose. Ici, tout est « bien », mais rien n'est habité.
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