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· Julien   Lepage

Échos
Vanessa Gazy
2022

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Illustration de critique : Échos
Netflix, en 2022, avait manifestement envie de surfer sur la vague des thrillers psychologiques à identités brouillées — un filon qui a donné de sacrées pépites ces dernières années. Échos, créée par Vanessa Gazy et portée par Michelle Monaghan dans un double rôle, semblait promettre exactement ce genre de plaisir coupable : une minisérie en sept épisodes, un cadre rural américain à la photographie soignée, et un postulat de départ franchement accrocheur. Sur le papier, tout était réuni pour passer un excellent moment. Leni et Gina sont jumelles identiques, et depuis l'enfance, elles partagent un secret aussi vertigineux que tordu : elles échangent périodiquement leurs vies. À l'âge adulte, ce jeu d'enfant est devenu une organisation minutieuse et totalement folle — deux maisons, deux maris, un enfant qu'elles se passent comme un relais. Quand l'une des deux disparaît, l'autre se retrouve prise dans un engrenage de mensonges qu'elle ne maîtrise plus. Le mystère s'épaissit, les flashbacks s'accumulent, et le spectateur commence à perdre le fil de qui est qui, ce qui était manifestement l'intention. L'idée de départ est excellente. Vraiment. Le concept des jumelles qui échangent leurs vies par rotation, avec toute la mécanique narrative que ça implique — qui parle à qui, qui aime vraiment qui, qui ment depuis le début — c'est du très bon matériau de thriller. Les premiers épisodes jouent habilement là-dessus : on se retrouve sincèrement à recompter les scènes pour démêler quelle sœur est laquelle, ce qui crée une forme d'implication réelle. Il y a suffisamment de rebondissements dans la première moitié pour que la curiosité reste intacte, et la fin ouverte, pour ce qu'elle vaut, ne trahit pas l'ensemble. Mais voilà le problème, et il est de taille : Échos ne sait pas quoi faire de son excellente idée. À mesure que les épisodes avancent, le scénario se complexifie non pas parce qu'il est subtil, mais parce qu'il empile les révélations jusqu'à l'incohérence. On passe du thriller psychologique plausible au grand n'importe quoi assumé, avec des réactions de personnages qui défient toute logique et des retournements de situation qui finissent par provoquer le rire là où ils devraient susciter la stupeur. La question qui revient le plus souvent — comment des parents, des maris, des proches quotidiens peuvent-ils ne jamais distinguer deux sœurs même physiquement identiques ? — reste sans réponse satisfaisante, et la série la balaie sous le tapis avec une désinvolture agaçante. On aurait facilement pu amputer deux ou trois épisodes sans rien perdre d'essentiel. Voire le reformater en film, ce qui aurait contraint l'écriture à plus de discipline. Les personnages principaux, Leni et Gina, sont écrits de manière suffisamment distincte pour qu'on s'y attache au début, mais leur développement psychologique tourne vite en rond. Les relations amoureuses — avec leurs maris respectifs, interprétés par Matt Bomer et Jonathan Tucker — donnent lieu à de longs laïus émotionnels dont on se fout assez profondément. La série passe trop de temps sur les épanchements sentimentaux des couples et pas assez sur ce qui rend vraiment le récit intéressant : la mécanique du double, le vertige identitaire, la question de savoir si l'on peut vraiment être une autre personne sans finir par la devenir. Ces thèmes sont effleurés sans jamais être creusés sérieusement. Ce qui est dommage, c'est que Échos pose des vraies questions sur l'identité, l'autonomie féminine, le poids des choix de vie et la possibilité de tout recommencer — des sujets qui auraient mérité un traitement plus courageux. La série préfère rester dans le registre du suspense grand public plutôt que de prendre le risque d'une vraie profondeur, ce qui la condamne à n'être ni suffisamment légère pour être un divertissement sans prétention, ni suffisamment ambitieuse pour marquer les esprits. Du côté de la réalisation, ça se défend globalement sans convaincre. La colorimétrie, froide et légèrement désaturée, installe une atmosphère thriller dramatique correcte, et la mise en scène sait parfois tirer parti des paysages ruraux virginiens pour créer une tension diffuse. La bande-son fait l'affaire sans s'imposer. Mais l'ensemble manque d'une vraie patte visuelle, de ces partis pris de mise en scène qui transforment une série correcte en objet mémorable. On pense inévitablement à ce qu'un David Fincher aurait fait de ce matériau — la comparaison est cruelle mais inévitable. Michelle Monaghan fait ce qu'elle peut avec un double rôle qui exige beaucoup. Elle est convaincante dans les moments calmes, moins dans les scènes d'intensité émotionnelle maximale où quelque chose sonne faux. Matt Bomer et Jonathan Tucker peinent à exister au-delà de leurs fonctions narratives, et certains acteurs secondaires en font trop au point de frôler la caricature. La vraie révélation du casting, c'est Karen Robinson dans le rôle de la shérif locale — elle incarne avec un naturel et un aplomb remarquables un cliché de genre d'habitude sous-exploité, et chacune de ses apparitions à l'écran réveille immédiatement l'attention. En VF, Clara Quilichini assure le double rôle avec une belle maîtrise des nuances entre les deux sœurs. Au bout du compte, Échos est une série qu'on regarde d'une traite un week-end pluvieux, qu'on oublie à peu près aussi vite, et dont on sort avec ce sentiment légèrement frustrant de potentiel gâché. Le concept méritait mieux — une écriture plus rigoureuse, une réalisation plus audacieuse, des acteurs plus solides dans les rôles centraux. Ceux qui ont aimé The Affair pour ses jeux de perspectives ou Sharp Objects">Sharp Objects pour son atmosphère sudiste étouffante trouveront ici un ersatz honorable mais clairement en dessous. Un divertissement passable, ni vraiment mauvais ni vraiment bon, coincé dans ce purgatoire télévisuel des séries qui auraient pu.
Ma note49%
Vu le 19 Mars 2023


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