Escamotage d'une dame au théâtre Robert-Houdin

On assiste d'abord à un numéro de prestidigitation capté frontalement, sans filtre, comme si la caméra s'était invitée au théâtre par curiosité plus que par ambition artistique. Et pourtant, très vite, quelque chose dévie. Le regard ne se contente plus d'enregistrer : il organise, il triche, il coupe. Ce n'est plus seulement un tour de scène, c'est un tour d'images. Là où beaucoup de films de la même époque se bornent à montrer un événement, celui-ci commence à le raconter. Discrètement, mais avec une détermination qui force le respect.
Le film repose sur une idée simple : faire disparaître une femme sous un drap. Mais il l'exécute avec une intelligence qui dépasse largement la démonstration technique. Le montage, encore balbutiant ailleurs, devient ici un outil narratif. L'arrêt de caméra n'est pas un gadget : il est intégré au rythme du tour, à son suspense, à son humour même. On attend la disparition, on savoure l'instant où elle se produit, puis on s'amuse de la surenchère, jusqu'à cette apparition du squelette qui déclenche un rire presqu'involontaire. Tout est lisible, efficace, étonnamment bien dosé.
Le plaisir vient aussi de ce sentiment très net de bascule historique. Les fameuses « vues » documentaires, aussi passionnantes soient-elles, semblaient parfois enfermées dans leur propre concept. Ici, on sent poindre autre chose. Une envie de fiction, de mise en scène, de manipulation assumée du réel. Sans renier le spectacle vivant (on voit bien le magicien, la scène, les accessoires) le film ouvre une porte. Celle d'un cinéma qui ne se contente plus de montrer ce qui est là, mais invente ce qui n'existe pas. À ce titre, la comparaison avec certaines œuvres fondatrices du cinéma primitif est inévitable, et ce petit film paraît déjà plus proche du Voyage dans la Lune que de n'importe quelle captation réaliste de la fin du XIXe siècle, même si l'écart d'ambition est encore immense.
Il faut cependant rester lucide. On ne trouve pas ici la démesure, l'explosion d'idées ou la frénésie visuelle qui feront plus tard la réputation de Georges Méliès. Le décor est sommaire, la durée très courte, et l'ensemble conserve un côté démonstratif presque scolaire. Par moments, on a l'impression d'assister à une répétition générale, à une esquisse. Le film amuse, intrigue, mais ne bouleverse pas. Il manque encore cette folie baroque qui transformera plus tard chaque plan en feu d'artifice.
Reste que, pour 1896, c'est déjà considérable. On sent l'envie d'innover, de dépasser le cadre, de raconter quelque chose avec des images et pas seulement devant elles. La présence de Jehanne d'Alcy, complice et parfaitement intégrée au jeu, renforce cette impression de spectacle pensé pour la caméra autant que pour la scène. Tout n'est pas encore en place, mais les fondations sont solides. Vu avec un regard de 2012, le film conserve un charme évident et une importance historique indiscutable, tout en montrant ses limites. Un jalon essentiel, plus passionnant par ce qu'il annonce que par ce qu'il accomplit pleinement, mais suffisamment inventif pour qu'on y revienne avec plaisir et curiosité.
Le film repose sur une idée simple : faire disparaître une femme sous un drap. Mais il l'exécute avec une intelligence qui dépasse largement la démonstration technique. Le montage, encore balbutiant ailleurs, devient ici un outil narratif. L'arrêt de caméra n'est pas un gadget : il est intégré au rythme du tour, à son suspense, à son humour même. On attend la disparition, on savoure l'instant où elle se produit, puis on s'amuse de la surenchère, jusqu'à cette apparition du squelette qui déclenche un rire presqu'involontaire. Tout est lisible, efficace, étonnamment bien dosé.
Le plaisir vient aussi de ce sentiment très net de bascule historique. Les fameuses « vues » documentaires, aussi passionnantes soient-elles, semblaient parfois enfermées dans leur propre concept. Ici, on sent poindre autre chose. Une envie de fiction, de mise en scène, de manipulation assumée du réel. Sans renier le spectacle vivant (on voit bien le magicien, la scène, les accessoires) le film ouvre une porte. Celle d'un cinéma qui ne se contente plus de montrer ce qui est là, mais invente ce qui n'existe pas. À ce titre, la comparaison avec certaines œuvres fondatrices du cinéma primitif est inévitable, et ce petit film paraît déjà plus proche du Voyage dans la Lune que de n'importe quelle captation réaliste de la fin du XIXe siècle, même si l'écart d'ambition est encore immense.
Il faut cependant rester lucide. On ne trouve pas ici la démesure, l'explosion d'idées ou la frénésie visuelle qui feront plus tard la réputation de Georges Méliès. Le décor est sommaire, la durée très courte, et l'ensemble conserve un côté démonstratif presque scolaire. Par moments, on a l'impression d'assister à une répétition générale, à une esquisse. Le film amuse, intrigue, mais ne bouleverse pas. Il manque encore cette folie baroque qui transformera plus tard chaque plan en feu d'artifice.
Reste que, pour 1896, c'est déjà considérable. On sent l'envie d'innover, de dépasser le cadre, de raconter quelque chose avec des images et pas seulement devant elles. La présence de Jehanne d'Alcy, complice et parfaitement intégrée au jeu, renforce cette impression de spectacle pensé pour la caméra autant que pour la scène. Tout n'est pas encore en place, mais les fondations sont solides. Vu avec un regard de 2012, le film conserve un charme évident et une importance historique indiscutable, tout en montrant ses limites. Un jalon essentiel, plus passionnant par ce qu'il annonce que par ce qu'il accomplit pleinement, mais suffisamment inventif pour qu'on y revienne avec plaisir et curiosité.
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