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· Julien   Lepage

La fin des temps
Peter Hyams
1999

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Illustration de critique : La fin des temps
En 1999, l'an 2000 approchait à grands pas et le cinéma hollywoodien s'en donnait à cœur joie pour exploiter cette peur quasi millénariste de la fin du monde. La fin des temps s'inscrit pleinement dans cette mouvance. Réalisé par Peter Hyams, le film réunit Arnold Schwarzenegger, en homme brisé embarqué malgré lui dans un combat contre le Diable incarné par Gabriel Byrne, et Robin Tunney, en jeune femme promise à un avenir un peu trop apocalyptique à son goût.

Le film s'ouvre sur la naissance de Christine York en 1979, marquée par un rituel occulte la prédestinant à porter l'enfant de Satan vingt ans plus tard. En 1999, alors que le monde se prépare à basculer dans le nouveau millénaire, le Diable lui-même débarque à New York dans le corps d'un homme d'affaires. Son objectif est simple : retrouver Christine et accomplir la prophétie avant que minuit ne sonne. De son côté, Jericho Cane, un ancien policier devenu garde du corps, sombre dans l'alcoolisme après le meurtre de sa femme et de sa fille. Mais lorsque son chemin croise celui de Christine, il devient le dernier rempart contre la venue de l'Antéchrist. Entre forces démoniaques, prêtres fanatiques et explosions en série, l'ultime confrontation est inévitable.

Le scénario a le bon goût de ne pas trop intellectualiser son propos. On ne s'attarde pas sur une philosophie du bien et du mal, et les dialogues ne s'encombrent pas de théologie complexe. Andrew W. Marlowe, le scénariste, préfère empiler les poncifs du film d'action et de l'horreur ésotérique. C'est simpliste, parfois grossier, mais au moins, le film ne cherche pas à être plus profond qu'il ne l'est. L'enquête de Jericho sur le retour de Satan est assez convenue et souffre d'un rythme irrégulier, oscillant entre de bonnes séquences et des tunnels narratifs où l'intérêt s'émousse. L'idée d'un Vatican prêt à tuer Christine pour empêcher l'Apocalypse était intéressante, mais elle est sous-exploitée. Dommage, car ce conflit moral aurait pu être un vrai moteur dramatique.

Les personnages sont typiques du genre. Jericho Cane est l'archétype du héros tourmenté, alcoolisé et suicidaire, qui trouve une rédemption en sauvant quelqu'un d'autre. Il se bat contre ses propres démons (littéralement et métaphoriquement), mais le film ne va jamais au bout de cette idée. Christine York, quant à elle, n'a pas vraiment d'arc narratif et se contente d'être la victime à protéger. Satan, joué par Gabriel Byrne, aurait pu être un méchant fascinant, mais son écriture oscille entre charisme cabotin et caricature du Diable lubrique. Il manque d'envergure, ce qui est paradoxal pour le Mal incarné.

L'un des points forts du film est sans doute son ambiance visuelle. Hyams, qui assure lui-même la photographie, joue sur des teintes sombres et des éclairages contrastés qui rappellent le style post-Seven. La mise en scène n'a rien de révolutionnaire, mais elle fait le travail. Malheureusement, les effets spéciaux numériques sont datés, notamment la version numérique du démon final, qui n'a pas la présence imposante de la créature animatronique initialement prévue par Stan Winston. La décision de remplacer la créature physique par un modèle numérique était regrettable et affaiblit la conclusion.

Les performances des acteurs sont globalement inégales. Schwarzenegger s'essaie à un rôle plus nuancé qu'à son habitude. Il montre quelques fragilités, et ses scènes dramatiques, bien que maladroites, ne sont pas complètement ratées. En revanche, son charisme naturel fonctionne mieux lorsqu'il enchaîne les fusillades contre des sbires sataniques. Byrne est en roue libre, cabotinant juste ce qu'il faut pour rendre Satan à la fois charmeur et menaçant. Robin Tunney, elle, n'a pas grand-chose à défendre et peine à rendre son personnage intéressant.

Le film laisse une impression mitigée. Il avait les ingrédients pour être un actioner ésotérique décomplexé et fun, mais il manque d'énergie et d'audace pour marquer durablement. Il se prend parfois trop au sérieux et aurait gagné à assumer davantage son côté délirant. Les scènes d'action sont efficaces mais convenues, et le scénario manque de surprises. Pourtant, malgré ses défauts, le film se regarde sans déplaisir, porté par une esthétique réussie et quelques moments de tension bien gérés. Ce n'est ni un ratage total, ni un film mémorable, juste un produit de son époque, coincé entre ambitions et conventions.
Ma note41%
Vu le 4 Août 2012


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