La folle histoire d'amour de Simon Eskenazy
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Dix ans après L'homme est une femme comme les autres, Jean-Jacques Zilbermann retrouve Antoine de Caunes dans le rôle de Simon Eskenazy, musicien juif renommé, tiraillé entre ses racines, son désir et ses névroses familiales. Si le premier opus n'avait guère laissé de traces durables dans ma mémoire, cette « suite » tardive, portée par une volonté de légèreté teintée d'engagement, suscitait tout de même un peu de curiosité. On se disait : pourquoi pas ? Surtout avec un tel postulat — un juif laïque bouleversé par un jeune travesti musulman — dans un contexte social qui rend la rencontre a priori explosive.
Le film prend donc pour décor un Paris bigarré, ancré entre Château Rouge et République, et déroule une série de bouleversements dans la vie de Simon : l'irruption d'un fils dont il ignorait presque tout, le retour d'une ex-femme, une mère malade, mais plus envahissante que jamais, et, surtout, la rencontre avec Naïm, alias Angela, magnétique et inattendu. Une comédie romantique qui s'autorise des incursions dans le drame familial, la chronique communautaire, la farce identitaire et même un soupçon de réflexion spirituelle.
Le scénario, dans son principe, n'est pas inintéressant. Il y avait matière à un beau film, tendre et culotté, sur la filiation, le désir, les tabous, le multiculturalisme, et les identités plurielles. Le problème, c'est qu'au-delà de quelques dialogues bien sentis et de situations parfois cocasses, l'ensemble ne prend jamais vraiment corps. On enchaîne les saynètes sans que le tout ne décolle, comme si chaque scène attendait que la suivante donne enfin le ton. Le drame n'émeut pas, la comédie ne fait pas vraiment rire, et la romance reste trop timide pour troubler.
Quant aux personnages, ils ont ce petit quelque chose de sympathique et d'attachant qui empêche de rejeter le film en bloc. Simon, avec ses hésitations et ses contradictions, est un héros à la fois dépassé et plutôt attendrissant. Naïm, en dépit de son apparence de créature fantasque, n'est jamais caricaturé — on sent d'ailleurs que le réalisateur tient beaucoup à ce que son personnage soit toujours traité avec respect. La mère, envahissante à souhait, et les autres figures secondaires (la copine pragmatique, le fils, le collègue exaspéré…) remplissent leur rôle avec efficacité, mais sans réelle surprise.
Le film touche à des thèmes importants, sans pour autant les approfondir. On devine une volonté de parler du choc des cultures, des frontières poreuses entre les genres, de la transmission et de l'héritage, mais ces idées restent à l'état d'ébauche, jamais véritablement confrontées, jamais véritablement incarnées. Zilbermann semble vouloir dire quelque chose sur la tolérance, le sacré, la sexualité… mais il s'en remet trop souvent à des raccourcis ou à des métaphores un peu trop visibles pour convaincre.
C'est d'autant plus regrettable que la mise en scène ne parvient jamais à transcender ce matériau. Il y a là une paresse de réalisation qui plombe tout élan : plans plats, rythme languissant, transitions hasardeuses. Le film se contente trop souvent de poser sa caméra sans chercher à raconter visuellement ce que les dialogues exposent déjà. La dernière partie, censée prendre un virage plus dramatique, pâtit cruellement de ce manque d'ampleur et d'idées. Ça piétine là où ça devrait vibrer.
Reste un casting appliqué. Antoine de Caunes trouve un rôle à sa mesure, plus fin qu'il n'y paraît, même si on le sent parfois prisonnier d'une direction trop sage. Mehdi Dehbi, lui, s'en sort admirablement bien : son Naïm a ce trouble, cette ambivalence, cette élégance qui le rendent crédible autant qu'attachant. Il est sans doute la plus belle révélation du film. Judith Magre, en mère étouffante mais pas tout à fait dénuée de tendresse, donne du relief à un personnage qui aurait pu n'être qu'un cliché. Elsa Zylberstein, en ex compatissante, fait le job, sans génie, mais avec sincérité.
Au final, La folle histoire d'amour de Simon Eskenazy n'est pas désagréable à regarder. Il se laisse suivre, comme une série d'instants tendres et colorés, mais il laisse aussi une impression d'inachevé, de film qui ne prend jamais vraiment de risques, qui préfère la surface à la profondeur, le convenu à l'audace. C'est un film modeste, sans doute sincère, mais qui manque de nerf, de souffle, d'un vrai regard. Dispensable, donc, mais pas irritant. Un entre-deux qui peine à marquer, malgré son sujet et les qualités de ses interprètes.
Le film prend donc pour décor un Paris bigarré, ancré entre Château Rouge et République, et déroule une série de bouleversements dans la vie de Simon : l'irruption d'un fils dont il ignorait presque tout, le retour d'une ex-femme, une mère malade, mais plus envahissante que jamais, et, surtout, la rencontre avec Naïm, alias Angela, magnétique et inattendu. Une comédie romantique qui s'autorise des incursions dans le drame familial, la chronique communautaire, la farce identitaire et même un soupçon de réflexion spirituelle.
Le scénario, dans son principe, n'est pas inintéressant. Il y avait matière à un beau film, tendre et culotté, sur la filiation, le désir, les tabous, le multiculturalisme, et les identités plurielles. Le problème, c'est qu'au-delà de quelques dialogues bien sentis et de situations parfois cocasses, l'ensemble ne prend jamais vraiment corps. On enchaîne les saynètes sans que le tout ne décolle, comme si chaque scène attendait que la suivante donne enfin le ton. Le drame n'émeut pas, la comédie ne fait pas vraiment rire, et la romance reste trop timide pour troubler.
Quant aux personnages, ils ont ce petit quelque chose de sympathique et d'attachant qui empêche de rejeter le film en bloc. Simon, avec ses hésitations et ses contradictions, est un héros à la fois dépassé et plutôt attendrissant. Naïm, en dépit de son apparence de créature fantasque, n'est jamais caricaturé — on sent d'ailleurs que le réalisateur tient beaucoup à ce que son personnage soit toujours traité avec respect. La mère, envahissante à souhait, et les autres figures secondaires (la copine pragmatique, le fils, le collègue exaspéré…) remplissent leur rôle avec efficacité, mais sans réelle surprise.
Le film touche à des thèmes importants, sans pour autant les approfondir. On devine une volonté de parler du choc des cultures, des frontières poreuses entre les genres, de la transmission et de l'héritage, mais ces idées restent à l'état d'ébauche, jamais véritablement confrontées, jamais véritablement incarnées. Zilbermann semble vouloir dire quelque chose sur la tolérance, le sacré, la sexualité… mais il s'en remet trop souvent à des raccourcis ou à des métaphores un peu trop visibles pour convaincre.
C'est d'autant plus regrettable que la mise en scène ne parvient jamais à transcender ce matériau. Il y a là une paresse de réalisation qui plombe tout élan : plans plats, rythme languissant, transitions hasardeuses. Le film se contente trop souvent de poser sa caméra sans chercher à raconter visuellement ce que les dialogues exposent déjà. La dernière partie, censée prendre un virage plus dramatique, pâtit cruellement de ce manque d'ampleur et d'idées. Ça piétine là où ça devrait vibrer.
Reste un casting appliqué. Antoine de Caunes trouve un rôle à sa mesure, plus fin qu'il n'y paraît, même si on le sent parfois prisonnier d'une direction trop sage. Mehdi Dehbi, lui, s'en sort admirablement bien : son Naïm a ce trouble, cette ambivalence, cette élégance qui le rendent crédible autant qu'attachant. Il est sans doute la plus belle révélation du film. Judith Magre, en mère étouffante mais pas tout à fait dénuée de tendresse, donne du relief à un personnage qui aurait pu n'être qu'un cliché. Elsa Zylberstein, en ex compatissante, fait le job, sans génie, mais avec sincérité.
Au final, La folle histoire d'amour de Simon Eskenazy n'est pas désagréable à regarder. Il se laisse suivre, comme une série d'instants tendres et colorés, mais il laisse aussi une impression d'inachevé, de film qui ne prend jamais vraiment de risques, qui préfère la surface à la profondeur, le convenu à l'audace. C'est un film modeste, sans doute sincère, mais qui manque de nerf, de souffle, d'un vrai regard. Dispensable, donc, mais pas irritant. Un entre-deux qui peine à marquer, malgré son sujet et les qualités de ses interprètes.
Ma note47%
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