Enterrement de vie de garçon
Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

En 2024, les trois humoristes Panayotis Pascot, Adib Alkhalidey et Fary se réunissaient pour co-créer une mini-série Canal+ en quatre épisodes de vingt-cinq minutes. On pouvait alors s'attendre à une déferlante de vannes ciselées et de répliques qui claquent. Après tout, ces trois-là ont fait leurs armes dans le stand-up, ce terrain miné où chaque seconde compte. Ajoutez à l'équation Jason Brokerss et Guillermo Guiz, et vous obtenez une « dream team » de l'humour français contemporain à la sauce Jamel comedy club. Tournée en 2023 à Tours et ses environs sur une grosse vingtaine de jours, Enterrement de vie de garçon ambitionne de nous parler de masculinité, de deuil et d'amitié virile. Le titre joue d'ailleurs sur l'ambiguïté : on croit à une beuverie déjantée, un Very bad trip à la française, mais non.
Le pitch est simple et malin : cinq potes se retrouvent pour une nuit avant « un événement capital ». On découvre rapidement qu'il s'agit de l'enterrement de Daniel, le grand frère de Paul (Panayotis Pascot), mort prématurément dans un accident de voiture. Ces cinq amis, Paul donc, Adib (Adib Alkhalidey), Noah (Fary), Zach (Jason Brokerss) et Oscar (Guillermo Guiz), vont passer cette nuit à vagabonder de décors en décors : strip-club miteux, salle d'attente d'hôpital, maison familiale pour un méchoui, cimetière, et pour finir, barque sur un lac. Un road movie nocturne où chacun est censé confronter ses peurs et ses blocages émotionnels. L'idée de départ tient la route : utiliser l'humour comme mécanisme de défense face à la mort, montrer des mecs qui parlent de tout sauf de l'essentiel, qui fuient leur chagrin à coups de blagues. Jusqu'au petit jour, on ira faire la fiesta, comme dirait Patrick Sébastien.
Sauf que le scénario, justement, peine à tenir sa promesse. La série est extrêmement courte : quatre fois vingt-cinq minutes, on parle d'à peine plus d'une heure et demie au total. Trop court, sans doute, pour développer correctement cinq personnages et leur donner une vraie profondeur. Et pourtant, paradoxalement, Enterrement de vie de garçon se permet des temps morts, des séquences contemplatives, des scènes banales qui s'étirent. On sent l'influence assumée de Xavier Dolan (Pascot ne cache pas son admiration pour le réalisateur québécois, et Alkhalidey jouait d'ailleurs dans Matthias et Maxime). La série tente de reproduire cette alchimie émotionnelle dolanienne, ces ralentis, ces moments de grâce entre potes, mais ça tombe souvent à plat. L'épisode 3, censé constituer un hommage autour de la figure de la mère au bord du craquage émotionnel, se vautre dans la caricature avec ses ralentis appuyés et sa musique poussive. Les situations s'enchaînent de manière parfois improbable, le scénario s'englue et on se demande ce qu'on fait là.
Le problème majeur, c'est que les personnages sont criants de caricature. On a le droit au casting Netflix de la diversité : le Québécois, le Noir, l'Arabe, le je-ne-sais-quoi, le je-ne-sais-qui. Chacun incarne un archétype de la masculinité en crise : Oscar qui veut se battre avec le videur pour prouver sa virilité, Noah incapable de dire « je t'aime » à sa copine parce qu'un vrai homme multiplie les conquêtes, Zach qui sombre dans la dépression, mais refuse de l'admettre, Paul qui ne parvient pas à pleurer son frère. On a compris le message, merci. Les dialogues tentent de sonder la masculinité d'aujourd'hui avec des discussions philosophiques sur ce que c'est qu'être un homme, mais tout sonne terriblement faux, comme si on récitait un manuel de déconstruction viriliste. Les personnages se coupent la parole en permanence, balancent des punchlines à tour de bras, mais rien ne fait vraiment mouche. On sent bien qu'ils sont tous issus du stand-up ; Pascot l'a lui-même confirmé, ils ont tous participé à l'écriture, mais justement, ça se voit trop. Chaque réplique veut être une vanne, chaque situation veut être absurde, et au final, c'est gênant. Le pire, c'est le personnage d'Oscar, pourtant incarné par Guillermo Guiz qu'on peut apprécier ailleurs. Ici, il est insupportable, coincé dans un rôle qui oscille entre provocation vide et lourdeur.
Le groupe, surtout, ne fonctionne pas. On ne croit pas une seconde à cette amitié censée être indéfectible. Ces cinq-là semblent totalement incompatibles, issus d'univers différents, et on se demande bien ce qui les lie vraiment. L'alchimie n'opère jamais, et c'est pourtant le nerf de la guerre dans ce type de récit choral. Comment s'attacher à une bande de potes si on ne sent pas la complicité entre eux ? Le cœur des hommes version jeune et absurde, a-t-on pu lire, mais justement, même dans le film de Marc Esposito, malgré tous ses défauts, on sentait quelque chose passer entre les personnages. Ici, rien. Ils parlent de leurs émotions, de leurs peurs, de leur difficulté à pleurer ou à aimer, mais tout reste en surface. Les thématiques sont pourtant universelles : le deuil, l'amitié masculine, la difficulté de devenir adulte, la quête d'identité. La série pose de vraies questions sur la déconstruction de la masculinité toxique, sur le fait que ces garçons tentent de s'extraire des modèles virilistes qu'on leur a imposés. Mais le traitement est trop appuyé, trop didactique. On n'a pas besoin qu'on nous explique pendant vingt minutes que les hommes ont le droit de pleurer, merci.
La réalisation, justement, n'arrange rien. Co-signée par Pascot et Alkhalidey, elle manque cruellement de solidité. On sent la volonté de faire « beau », de plaquer des influences (Dolan, donc, mais aussi une certaine esthétique clip), mais l'exécution est pataude. Du lourd champ-contre-champ qui donne la parole à tout le monde sans vraiment créer de rythme, des ralentis mal venus, une photographie sans âme. Rien ne se dégage vraiment visuellement, et c'est dommage parce que le format court aurait justement permis de prendre des risques, de proposer quelque chose de plus audacieux. La bande-son tente bien de rattraper le coup avec quelques morceaux bien choisis, mais ça ne suffit pas à insuffler une véritable émotion. On est loin de l'univers soigné qu'on pouvait attendre d'une production Canal+ estampillée « Création Décalée ».
Côté performances, c'est en demi-teinte. Panayotis Pascot, qu'on a découvert adolescent dans Quotidien puis dans son spectacle Presque (mis en scène par Fary, d'ailleurs), apporte sa sensibilité habituelle, mais son jeu manque parfois de naturel face caméra. On sent qu'il est plus à l'aise sur scène ou dans l'écriture que dans l'incarnation. Fary, de son côté, s'en sort mieux, mais son personnage de Noah est tellement unidimensionnel qu'il ne peut pas faire de miracles. Adib Alkhalidey reste discret, presqu'effacé, comme si son Adib était là par obligation plus que par choix. Jason Brokerss fait ce qu'il peut avec Zach, mais encore une fois, le personnage est trop écrit, trop construit, pas assez vivant. Et Guiz, malheureusement, tombe dans tous les travers de l'humour agressif et bruyant qui ne fonctionne jamais vraiment. Les acteurs secondaires, eux, sont presqu'invisibles, réduits à quelques répliques déconnectées, comme si on les avait casés là parce qu'ils étaient potes avec la bande.
Au final, Enterrement de vie de garçon reste une expérience frustrante. L'ambition était là, les intentions louables, mais l'exécution laisse vraiment à désirer. La série aurait pu marcher avec des personnages moins caricaturaux, une réalisation plus solide et un groupe auquel on puisse croire. Là, on se retrouve avec un objet bancal qui ne parvient ni à faire rire (l'humour tombe systématiquement à côté), ni à émouvoir (tout sonne faux). On aurait voulu y croire, on aurait voulu vibrer avec ces cinq gars en pleine nuit existentielle, mais la mayonnaise ne prend pas. C'est dommage, parce qu'il y avait de quoi faire quelque chose de touchant et de moderne sur la fragilité masculine.
Le pitch est simple et malin : cinq potes se retrouvent pour une nuit avant « un événement capital ». On découvre rapidement qu'il s'agit de l'enterrement de Daniel, le grand frère de Paul (Panayotis Pascot), mort prématurément dans un accident de voiture. Ces cinq amis, Paul donc, Adib (Adib Alkhalidey), Noah (Fary), Zach (Jason Brokerss) et Oscar (Guillermo Guiz), vont passer cette nuit à vagabonder de décors en décors : strip-club miteux, salle d'attente d'hôpital, maison familiale pour un méchoui, cimetière, et pour finir, barque sur un lac. Un road movie nocturne où chacun est censé confronter ses peurs et ses blocages émotionnels. L'idée de départ tient la route : utiliser l'humour comme mécanisme de défense face à la mort, montrer des mecs qui parlent de tout sauf de l'essentiel, qui fuient leur chagrin à coups de blagues. Jusqu'au petit jour, on ira faire la fiesta, comme dirait Patrick Sébastien.
Sauf que le scénario, justement, peine à tenir sa promesse. La série est extrêmement courte : quatre fois vingt-cinq minutes, on parle d'à peine plus d'une heure et demie au total. Trop court, sans doute, pour développer correctement cinq personnages et leur donner une vraie profondeur. Et pourtant, paradoxalement, Enterrement de vie de garçon se permet des temps morts, des séquences contemplatives, des scènes banales qui s'étirent. On sent l'influence assumée de Xavier Dolan (Pascot ne cache pas son admiration pour le réalisateur québécois, et Alkhalidey jouait d'ailleurs dans Matthias et Maxime). La série tente de reproduire cette alchimie émotionnelle dolanienne, ces ralentis, ces moments de grâce entre potes, mais ça tombe souvent à plat. L'épisode 3, censé constituer un hommage autour de la figure de la mère au bord du craquage émotionnel, se vautre dans la caricature avec ses ralentis appuyés et sa musique poussive. Les situations s'enchaînent de manière parfois improbable, le scénario s'englue et on se demande ce qu'on fait là.
Le problème majeur, c'est que les personnages sont criants de caricature. On a le droit au casting Netflix de la diversité : le Québécois, le Noir, l'Arabe, le je-ne-sais-quoi, le je-ne-sais-qui. Chacun incarne un archétype de la masculinité en crise : Oscar qui veut se battre avec le videur pour prouver sa virilité, Noah incapable de dire « je t'aime » à sa copine parce qu'un vrai homme multiplie les conquêtes, Zach qui sombre dans la dépression, mais refuse de l'admettre, Paul qui ne parvient pas à pleurer son frère. On a compris le message, merci. Les dialogues tentent de sonder la masculinité d'aujourd'hui avec des discussions philosophiques sur ce que c'est qu'être un homme, mais tout sonne terriblement faux, comme si on récitait un manuel de déconstruction viriliste. Les personnages se coupent la parole en permanence, balancent des punchlines à tour de bras, mais rien ne fait vraiment mouche. On sent bien qu'ils sont tous issus du stand-up ; Pascot l'a lui-même confirmé, ils ont tous participé à l'écriture, mais justement, ça se voit trop. Chaque réplique veut être une vanne, chaque situation veut être absurde, et au final, c'est gênant. Le pire, c'est le personnage d'Oscar, pourtant incarné par Guillermo Guiz qu'on peut apprécier ailleurs. Ici, il est insupportable, coincé dans un rôle qui oscille entre provocation vide et lourdeur.
Le groupe, surtout, ne fonctionne pas. On ne croit pas une seconde à cette amitié censée être indéfectible. Ces cinq-là semblent totalement incompatibles, issus d'univers différents, et on se demande bien ce qui les lie vraiment. L'alchimie n'opère jamais, et c'est pourtant le nerf de la guerre dans ce type de récit choral. Comment s'attacher à une bande de potes si on ne sent pas la complicité entre eux ? Le cœur des hommes version jeune et absurde, a-t-on pu lire, mais justement, même dans le film de Marc Esposito, malgré tous ses défauts, on sentait quelque chose passer entre les personnages. Ici, rien. Ils parlent de leurs émotions, de leurs peurs, de leur difficulté à pleurer ou à aimer, mais tout reste en surface. Les thématiques sont pourtant universelles : le deuil, l'amitié masculine, la difficulté de devenir adulte, la quête d'identité. La série pose de vraies questions sur la déconstruction de la masculinité toxique, sur le fait que ces garçons tentent de s'extraire des modèles virilistes qu'on leur a imposés. Mais le traitement est trop appuyé, trop didactique. On n'a pas besoin qu'on nous explique pendant vingt minutes que les hommes ont le droit de pleurer, merci.
La réalisation, justement, n'arrange rien. Co-signée par Pascot et Alkhalidey, elle manque cruellement de solidité. On sent la volonté de faire « beau », de plaquer des influences (Dolan, donc, mais aussi une certaine esthétique clip), mais l'exécution est pataude. Du lourd champ-contre-champ qui donne la parole à tout le monde sans vraiment créer de rythme, des ralentis mal venus, une photographie sans âme. Rien ne se dégage vraiment visuellement, et c'est dommage parce que le format court aurait justement permis de prendre des risques, de proposer quelque chose de plus audacieux. La bande-son tente bien de rattraper le coup avec quelques morceaux bien choisis, mais ça ne suffit pas à insuffler une véritable émotion. On est loin de l'univers soigné qu'on pouvait attendre d'une production Canal+ estampillée « Création Décalée ».
Côté performances, c'est en demi-teinte. Panayotis Pascot, qu'on a découvert adolescent dans Quotidien puis dans son spectacle Presque (mis en scène par Fary, d'ailleurs), apporte sa sensibilité habituelle, mais son jeu manque parfois de naturel face caméra. On sent qu'il est plus à l'aise sur scène ou dans l'écriture que dans l'incarnation. Fary, de son côté, s'en sort mieux, mais son personnage de Noah est tellement unidimensionnel qu'il ne peut pas faire de miracles. Adib Alkhalidey reste discret, presqu'effacé, comme si son Adib était là par obligation plus que par choix. Jason Brokerss fait ce qu'il peut avec Zach, mais encore une fois, le personnage est trop écrit, trop construit, pas assez vivant. Et Guiz, malheureusement, tombe dans tous les travers de l'humour agressif et bruyant qui ne fonctionne jamais vraiment. Les acteurs secondaires, eux, sont presqu'invisibles, réduits à quelques répliques déconnectées, comme si on les avait casés là parce qu'ils étaient potes avec la bande.
Au final, Enterrement de vie de garçon reste une expérience frustrante. L'ambition était là, les intentions louables, mais l'exécution laisse vraiment à désirer. La série aurait pu marcher avec des personnages moins caricaturaux, une réalisation plus solide et un groupe auquel on puisse croire. Là, on se retrouve avec un objet bancal qui ne parvient ni à faire rire (l'humour tombe systématiquement à côté), ni à émouvoir (tout sonne faux). On aurait voulu y croire, on aurait voulu vibrer avec ces cinq gars en pleine nuit existentielle, mais la mayonnaise ne prend pas. C'est dommage, parce qu'il y avait de quoi faire quelque chose de touchant et de moderne sur la fragilité masculine.
Ma note55%
Commentaires
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !