Excel Saga
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Parfois, un anime arrive avec le seul projet déclaré d'être indéfinissable, et il tient sa promesse jusqu'au bout ; ce qui est à la fois sa plus grande qualité et son principal défaut. Excel Saga, diffusée sur TV Tokyo à partir d'octobre 1999, est l'œuvre de Shinichi Watanabe — surnommé Nabeshin, à ne surtout pas confondre avec Shin'ichir? Watanabe, celui de Cowboy Bebop —, un réalisateur qui a décidé un beau matin que la meilleure façon de faire de l'animation était de n'en faire qu'à sa tête, littéralement. Le titre officiel complet est Heppoko jikken animation Excel Saga, soit quelque chose comme « Animation expérimentale maladroite Excel Saga », ce qui donne le ton. Produite par le studio J.C. Staff, la série convoque dans ses rangs Kotono Mitsuishi à la voix principale — la même qui doublait Misato Katsuraagi dans Neon Genesis Evangelion — et Takehito Koyasu en maître mystérieux et affecté. En VF, le résultat est… potable. Honnêtement, la version française édulcore quelque peu les jeux de mots et les délires phonétiques de la VO, mais l'essentiel du chaos passe quand même.
L'histoire, dans les grandes lignes, tourne autour d'Excel, jeune fille fraîchement diplômée, fanatiquement dévouée à son seigneur Il Palazzo, dictateur parodique à la chevelure blanche et aux humeurs aussi imprévisibles que celles d'un oracle sous Xanax. Ensemble, ils forment l'organisation secrète ACROSS, dont la mission est de conquérir le monde en commençant par F City ; autrement dit Fukuoka, les noms des personnages principaux étant d'ailleurs empruntés à de vrais hôtels de la ville. Au fil des épisodes, Excel est rejointe par Hyatt, jeune femme venue d'on ne sait trop où, dont la principale caractéristique est de mourir régulièrement et de ressusciter sans explication. À ces deux-là s'ajoutent les voisins de palier — trois losers sans emploi ni ambition —, Pedro, travailleur immigré colombien mort dès le premier épisode et qui passe le reste de la série à errer dans un entre-deux métaphysique en réclamant sa famille, et enfin Menchi, le chien d'Excel, officiellement désigné comme « ration de survie d'urgence ». Voilà le dispositif. Maintenant, oubliez la cohérence narrative : ce n'est pas vraiment l'objet du contrat.
Ce qui fait l'originalité d'Excel Saga, et aussi une partie de ses limites, c'est son principe formel : chaque épisode est construit autour d'un genre différent (sentai, romance, sport, horreur, science-fiction militaire, drame social) que la série démonte pièce par pièce avec un enthousiasme qui force le respect. C'est une mécanique de parodie totale, qui n'épargne ni Dragon ball Z, ni Lupin III, ni Galaxy Express 999, ni les propres conventions du genre shōnen. La série brise le quatrième mur en continu, intègre Kōshi Rikudō, le mangaka original, comme personnage récurrent qui valide — souvent sous la contrainte — les libertés prises par la production avec son œuvre. C'est une trouvaille réjouissante, et le gag fonctionne pendant un bon tiers de la série. Le problème, c'est que la répétition finit par émousser ce qui était d'abord une bouffée d'air frais absurde. Ce que FLCL réussissait à distiller en six épisodes denses, Excel Saga dilue sur vingt-six, et les épisodes du milieu de saison — notamment les segments consacrés aux voisins et à la force municipale Daitenzin — tendent vers un ventre mou assez prononcé.
Les personnages, eux, sont des archétypes revendiqués plutôt que des caractères construits, ce qui est évidemment voulu. Excel est l'hystérie pure, moteur humoristique qui tourne à plein régime… parfois trop. Son hyperactivité vocale, qui fait la signature de la performance de Kotono Mitsuishi, est remarquable de bout en bout, mais elle peut épuiser quand l'épisode ne lui offre pas assez de ressorts pour s'y appuyer. Il Palazzo, en revanche, est une réussite : cette façon qu'il a de punir Excel en la faisant tomber dans une trappe avec une indifférence parfaite dit plus sur le rapport maître-serviteur que n'importe quel développement psychologique. Hyatt est trop effacée pour exister vraiment, et c'est probablement intentionnel, mais l'intention ne suffit pas toujours à produire de l'intérêt. Là où la série crée une vraie surprise, c'est avec Pedro, personnage inventé de toutes pièces par Watanabe — absent du manga original — dont l'arc tragicomique, aussi improvise qu'il paraisse, gagne en émotion dans les derniers épisodes. La parodie de Dragon Ball Z dans la ligne droite finale, avec un Nabeshin qui fait flamboyer sa coupe afro comme un Super Saiyen, est l'une des séquences les plus satisfaisantes de l'ensemble.
Nabeshin, justement : c'est l'autre trouvaille du show. Watanabe s'insère lui-même dans sa propre série sous les traits de cet aventurier à la coupe afro, vêtu à la façon de Lupin III ; la ressemblance avec le personnage de Monkey Punch étant assumée et multipliée en références tout au long de la série. C'est une forme de narcissisme parodique qui fonctionne précisément parce qu'il se moque de lui-même : Nabeshin est à la fois le deus ex machina tout-puissant et le premier à se faire ridiculiser. Le réalisateur a d'ailleurs prêté sa voix au personnage dans la version originale japonaise, et l'on apprend dans les bonus DVD qu'il rédigeait les paroles de l'opening dans le train, cinq minutes avant la deadline ; ce qui dit quelque chose sur le niveau de préparation générale du projet, dans le bon sens du terme.
Visuellement, la série joue avec les contraintes budgétaires plutôt qu'elle ne les subit. Chaque épisode adopte un style graphique différent selon le genre parodié, et J.C. Staff s'en tire avec une inventivité certaine, intégrant des images réelles dans l'animation, variant les niveaux de finition de façon délibérément comique. L'opening est une petite chose survoltée et entêtante, chanté par les deux voix principales sous le nom d'Excel?Girls. L'ending, en revanche, est un morceau d'anthologie : Menchi, le chien-ration, interprète une complainte en japonais de chien — traduite dans un coin de l'écran par une femme à l'air résigné — suppliant Excel de ne pas le manger. La bande originale composée par Toshio Masuda est efficace sans être mémorable.
Reste la question de ce 26e épisode, celui qui n'a jamais été diffusé à la télévision japonaise parce qu'il était délibérément trop violent et obscène pour passer à l'antenne. Watanabe a déclaré que ça lui avait « fait du bien de dépasser les limites d'une série TV », tout en reconnaissant que c'est probablement quelque chose qu'on ne devrait pas faire trop souvent. Cette honnêteté-là, au fond, résume bien l'esprit d'Excel Saga : une série qui sait exactement jusqu'où elle va, qui s'y rend avec une énergie communicative, mais qui n'a pas toujours la matière suffisante pour justifier chaque kilomètre du trajet.
Le bilan est celui d'une œuvre attachante et imparfaite, pionnière dans son genre — elle anticipe Gintama, elle préfigure certains délires méta de Gekkan Shoujo Nozaki-kun — mais dont l'humour ne résiste pas toujours à l'usure.
L'histoire, dans les grandes lignes, tourne autour d'Excel, jeune fille fraîchement diplômée, fanatiquement dévouée à son seigneur Il Palazzo, dictateur parodique à la chevelure blanche et aux humeurs aussi imprévisibles que celles d'un oracle sous Xanax. Ensemble, ils forment l'organisation secrète ACROSS, dont la mission est de conquérir le monde en commençant par F City ; autrement dit Fukuoka, les noms des personnages principaux étant d'ailleurs empruntés à de vrais hôtels de la ville. Au fil des épisodes, Excel est rejointe par Hyatt, jeune femme venue d'on ne sait trop où, dont la principale caractéristique est de mourir régulièrement et de ressusciter sans explication. À ces deux-là s'ajoutent les voisins de palier — trois losers sans emploi ni ambition —, Pedro, travailleur immigré colombien mort dès le premier épisode et qui passe le reste de la série à errer dans un entre-deux métaphysique en réclamant sa famille, et enfin Menchi, le chien d'Excel, officiellement désigné comme « ration de survie d'urgence ». Voilà le dispositif. Maintenant, oubliez la cohérence narrative : ce n'est pas vraiment l'objet du contrat.
Ce qui fait l'originalité d'Excel Saga, et aussi une partie de ses limites, c'est son principe formel : chaque épisode est construit autour d'un genre différent (sentai, romance, sport, horreur, science-fiction militaire, drame social) que la série démonte pièce par pièce avec un enthousiasme qui force le respect. C'est une mécanique de parodie totale, qui n'épargne ni Dragon ball Z, ni Lupin III, ni Galaxy Express 999, ni les propres conventions du genre shōnen. La série brise le quatrième mur en continu, intègre Kōshi Rikudō, le mangaka original, comme personnage récurrent qui valide — souvent sous la contrainte — les libertés prises par la production avec son œuvre. C'est une trouvaille réjouissante, et le gag fonctionne pendant un bon tiers de la série. Le problème, c'est que la répétition finit par émousser ce qui était d'abord une bouffée d'air frais absurde. Ce que FLCL réussissait à distiller en six épisodes denses, Excel Saga dilue sur vingt-six, et les épisodes du milieu de saison — notamment les segments consacrés aux voisins et à la force municipale Daitenzin — tendent vers un ventre mou assez prononcé.
Les personnages, eux, sont des archétypes revendiqués plutôt que des caractères construits, ce qui est évidemment voulu. Excel est l'hystérie pure, moteur humoristique qui tourne à plein régime… parfois trop. Son hyperactivité vocale, qui fait la signature de la performance de Kotono Mitsuishi, est remarquable de bout en bout, mais elle peut épuiser quand l'épisode ne lui offre pas assez de ressorts pour s'y appuyer. Il Palazzo, en revanche, est une réussite : cette façon qu'il a de punir Excel en la faisant tomber dans une trappe avec une indifférence parfaite dit plus sur le rapport maître-serviteur que n'importe quel développement psychologique. Hyatt est trop effacée pour exister vraiment, et c'est probablement intentionnel, mais l'intention ne suffit pas toujours à produire de l'intérêt. Là où la série crée une vraie surprise, c'est avec Pedro, personnage inventé de toutes pièces par Watanabe — absent du manga original — dont l'arc tragicomique, aussi improvise qu'il paraisse, gagne en émotion dans les derniers épisodes. La parodie de Dragon Ball Z dans la ligne droite finale, avec un Nabeshin qui fait flamboyer sa coupe afro comme un Super Saiyen, est l'une des séquences les plus satisfaisantes de l'ensemble.
Nabeshin, justement : c'est l'autre trouvaille du show. Watanabe s'insère lui-même dans sa propre série sous les traits de cet aventurier à la coupe afro, vêtu à la façon de Lupin III ; la ressemblance avec le personnage de Monkey Punch étant assumée et multipliée en références tout au long de la série. C'est une forme de narcissisme parodique qui fonctionne précisément parce qu'il se moque de lui-même : Nabeshin est à la fois le deus ex machina tout-puissant et le premier à se faire ridiculiser. Le réalisateur a d'ailleurs prêté sa voix au personnage dans la version originale japonaise, et l'on apprend dans les bonus DVD qu'il rédigeait les paroles de l'opening dans le train, cinq minutes avant la deadline ; ce qui dit quelque chose sur le niveau de préparation générale du projet, dans le bon sens du terme.
Visuellement, la série joue avec les contraintes budgétaires plutôt qu'elle ne les subit. Chaque épisode adopte un style graphique différent selon le genre parodié, et J.C. Staff s'en tire avec une inventivité certaine, intégrant des images réelles dans l'animation, variant les niveaux de finition de façon délibérément comique. L'opening est une petite chose survoltée et entêtante, chanté par les deux voix principales sous le nom d'Excel?Girls. L'ending, en revanche, est un morceau d'anthologie : Menchi, le chien-ration, interprète une complainte en japonais de chien — traduite dans un coin de l'écran par une femme à l'air résigné — suppliant Excel de ne pas le manger. La bande originale composée par Toshio Masuda est efficace sans être mémorable.
Reste la question de ce 26e épisode, celui qui n'a jamais été diffusé à la télévision japonaise parce qu'il était délibérément trop violent et obscène pour passer à l'antenne. Watanabe a déclaré que ça lui avait « fait du bien de dépasser les limites d'une série TV », tout en reconnaissant que c'est probablement quelque chose qu'on ne devrait pas faire trop souvent. Cette honnêteté-là, au fond, résume bien l'esprit d'Excel Saga : une série qui sait exactement jusqu'où elle va, qui s'y rend avec une énergie communicative, mais qui n'a pas toujours la matière suffisante pour justifier chaque kilomètre du trajet.
Le bilan est celui d'une œuvre attachante et imparfaite, pionnière dans son genre — elle anticipe Gintama, elle préfigure certains délires méta de Gekkan Shoujo Nozaki-kun — mais dont l'humour ne résiste pas toujours à l'usure.
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