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· Julien   Lepage

Flashback (saison 2)
Clélia Constantine et Julie-Anna Grignon
2026

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Illustration de critique : Flashback (saison 2)
Flashback, ou l'art de remonter le temps à bord d'un véhicule qui a quelques ratés. La série créée par Clélia Constantine, avec la complicité de Julie-Anna Grignon, et réalisée par Vincent Jamain et Stephen Cafiero, revient pour une deuxième saison diffusée au printemps 2026 sur TF1, toujours portée par le duo Michaël Youn / Constance Gay. Après avoir rassemblé jusqu'à 5,4 millions de téléspectateurs pour son lancement, la première saison avait prouvé qu'il existait un public pour cette comédie policière à voyages temporels. La question était de savoir si la mécanique tiendrait au second tour.

La réponse est : à peu près. Si la saison 1 envoyait Elsa Letellier en 1994 pour élucider le meurtre de son père, la saison 2 la propulse en 1996 pour sauver sa mère, Anouk, assassinée en cascade comme une conséquence tragique et indirecte de ses précédentes manipulations temporelles. Le principe reste le même : un épisode, une enquête, un fil rouge familial qui court en dessous. C'était la mort du père en saison 1 ; c'est la mort de la mère ici. On connaît le schéma — on le retrouve d'ailleurs dans la cousine germaine de la série, HPI, autre locomotive du jeudi soir sur TF1 —, mais la formule est bien huilée, et le dénouement de cette saison s'avère nettement plus malin, moins cousu de fil blanc que celui de sa devancière. Les scénaristes ont appris de leurs erreurs, et ça se sent.

Là où le bât blesse davantage, c'est du côté de la reconstitution d'époque. La saison 2 se déroule en 1996, et on attendait de l'équipe une rigueur au moins équivalente à celle qu'elle avait affichée en saison 1. C'est raté. Les anachronismes s'accumulent avec une désinvolture qui interroge : une affiche de Fight club au mur — un film de 1999, rappelons-le — des références aux RTT qui n'apparaîtront dans la législation française qu'à partir de 1998, ou encore une allusion à José Bové démontant un McDonald's, ce qui ne se produira qu'en août 1999 à Millau. On ne parle pas ici de subtilités que seul un historien relèverait : ce sont des marqueurs culturels suffisamment célèbres pour que leur placement en 1996 fasse tressaillir plus d'un spectateur attentif. D'autant que Michaël Youn lui-même avait raconté en conférence de presse à quel point l'équipe traquait le moindre anachronisme ; une « guerre » avait même éclaté sur le plateau parce qu'il avait placé la réplique de la marmotte et du chocolat en aluminium, datant de 1998. Il y a donc un double discours un peu gênant entre l'ambition affichée et la réalité à l'image.

Elsa gagne pourtant en épaisseur cette saison. Coincée entre la femme qu'elle est devenue et la fille qu'elle a été, confrontée à un couple parental en pleine crise (Josselin, rétrogradé, joue les infiltrés dans le « gang des Jacquots » pour sauver sa carrière), elle doit simultanément démêler une enquête criminiale, colmater une famille qui se lézarde et rester dans l'ombre. Le fil narratif est plus tendu qu'en saison 1, le climax moins prévisible. Les seconds rôles, notamment Benoît, campé par le toujours impeccable Julien Pestel, contribuent à l'énergie d'ensemble avec un naturel désarmant.

La série continue d'explorer, sous couvert de comédie légère, des tensions qui l'étaient moins à l'époque : blagues racistes, machisme ordinaire, homophobie banalisée : autant de marqueurs culturels des années 90 que Michaël Youn a avoué avoir eu « honte » de jouer sur le plateau, mais qu'il reconnaissait aussi comme le moteur même du propos : montrer d'où l'on vient pour mesurer le chemin parcouru. C'est là que Flashback touche à quelque chose de plus profond que le simple divertissement télévisuel.

Côté réalisation, Vincent Jamain et Stephen Cafiero élargissent leur terrain de jeu cette saison. Le tournage, qui s'est déroulé de septembre à décembre 2025, a débordé du centre lyonnais vers sa périphérie (Villeurbanne, Chaponost, Fleurieu-sur-Saône), mais aussi vers la banlieue nord, où un vidéo-club a notamment été reconstitué à Villefranche-sur-Saône avec une attention touchante au détail. Une production qui n'a pas été sans accrocs : deux cambriolages successifs en quelques semaines ont interrompu le tournage, les voleurs ayant subtilisé en tout quatre caméras dans des camions garés sur des parkings ; de quoi provoquer un surcoût et une réorganisation en urgence. La reconstitution 90's garde ce charme un peu artificiel mais assumé, cette esthétique de carte postale nostalgique qui fait partie du contrat passé avec le spectateur. La bande-son fait son office sans déborder.

Michaël Youn est… Michaël Youn. C'est à la fois sa force et sa limite. Toujours à la lisière entre le registre dramatique et la comédie, il n'arrive jamais vraiment à trancher, maintenant son Josselin dans une zone grise qui peut fasciner autant qu'elle irriter. On ne sait jamais très bien si l'émotion qu'on voit est jouée ou calculée, si le burlesque est voulu ou une habitude de corps. Le résultat est inégal. Constance Gay, en revanche, s'est clairement affirmée depuis la saison 1. Elle impose sa présence avec davantage de relief, une autorité plus nette, presque rugueuse par moments, ce qui lui sied. La dynamique entre les deux reste le vrai moteur de la série, même quand le scénario s'essouffle.

La scène finale, elle, est franchement réjouissante : drôle, légère, et habile à laisser entrouverte une porte vers une éventuelle saison 3 qu'on espère voir se concrétiser. Flashback saison 2 reste une série honnête, bien rythmée, qui remplit son contrat de divertissement sans prendre de risques excessifs. Elle n'invente rien que Life on Mars, Retour vers le futur ou même HPI n'aient déjà balisé à leur manière, mais elle le fait avec une vraie générosité d'ensemble. Les amateurs du genre y trouveront leur compte ; les autres ne seront pas réconciliés avec la fiction française du prime time. Mais pour peu qu'on accepte ses règles, le voyage reste plaisant.
Ma note68%
Vu le 15 Avril 2026


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