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· Julien   Lepage

Good american family
Katie Robbins
2025

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Illustration de critique : Good american family
On attendait beaucoup de Good American family, ne serait-ce que par la promesse de son sujet, déjà exploré dans L'énigme Natalia Grace ou même, plus fictivement, dans Esther. Avec Katie Robbins aux commandes et un casting bien garni — Mark Duplass, Christina Hendricks, Ellen Pompeo —, on imaginait un drame tendu, complexe, dérangeant peut-être, mais intelligent. Une série capable de naviguer sur la ligne trouble entre vérité judiciaire, dérive médiatique et horreur intime. Sur le papier, donc, tout était là pour frapper fort. Et dans les faits… c'est une autre histoire.

L'intrigue s'inspire directement d'un fait divers ayant réellement secoué l'Amérique : celui d'un couple du Midwest qui adopte une fillette ukrainienne atteinte de nanisme. Rapidement, les parents commencent à douter de son âge réel. Est-elle une enfant vulnérable ou une femme adulte infiltrée dans leur foyer ? Cette question, centrale et obsédante, structure la série. Les épisodes s'organisent autour de points de vue croisés, alternant entre les ressentis des parents, leurs doutes, les failles de leur couple, et ceux de Natalia, dont on ne sait jamais vraiment si elle est victime ou manipulatrice. Le choix de cette narration à multiples voix donne une illusion d'épaisseur. Mais comme souvent avec les illusions…

Le scénario, bien qu'initialement prometteur, s'épuise vite. Trop linéaire dans son déroulé, trop hésitant dans ses ruptures de ton. On devine que les scénaristes ont voulu jouer la carte du réalisme et de la retenue, mais cela se traduit par une série qui ne prend jamais vraiment de risques. Les huit épisodes passent à côté de ce que le matériau d'origine permettait : une plongée dans l'ambiguïté, la manipulation et la déconstruction du mythe familial. Le vrai problème, c'est qu'on sent tout le long ce que la série aurait pu être… sans jamais qu'elle ne le devienne. Certaines pistes ne sont même pas effleurées — la psychologie du père adoptif, les véritables motivations des services sociaux, la perception médiatique de l'affaire… Et surtout, cette sensation persistante d'un récit qui aurait mérité deux saisons, pas une mini-série précipitée.

Les personnages, eux, oscillent entre figures crédibles et coquilles creuses. Michael, le père, est sans doute le plus nuancé : inquiet, parfois attendrissant, souvent aveuglé. Kristine, sa femme, a droit à quelques belles scènes, mais son personnage reste trop figé dans le rôle de la mère hystérique ou sacrifiée. Et Natalia… ah, Natalia. Elle est écrite comme un mystère permanent, mais cette énigme s'effrite vite, à force d'atermoiements scénaristiques. Rien ne permet vraiment de la cerner, si bien qu'elle devient au bout d'un moment un simple rouage narratif, là où elle aurait dû être le cœur battant — et déchiré — de l'histoire.

La série aborde plusieurs thèmes d'envergure : le droit à la vérité, la parentalité toxique, la projection des adultes sur leurs enfants, le regard public sur la souffrance privée. Tout cela aurait pu être passionnant si les auteurs avaient pris le temps de creuser. Mais la majorité des idées sont évoquées puis aussitôt abandonnées, comme si l'écriture elle-même n'osait pas aller trop loin. C'est d'autant plus regrettable que certaines scènes — notamment autour de la scolarisation de Natalia ou des services d'assistance — esquissent des problématiques éthiques très actuelles. Au lieu d'un miroir social, on se retrouve avec une fresque à moitié peinte.

La réalisation, quant à elle, est sobre et efficace, sans jamais chercher l'originalité. Pas de véritable parti-pris visuel, une lumière assez plate, une mise en scène correcte mais sans souffle. Il y a bien quelques beaux moments, notamment dans les scènes nocturnes ou dans certains dialogues tendus, mais l'ensemble manque de personnalité. On a l'impression que la série, comme ses personnages, se retient constamment. Même la bande-son, pourtant composée par Marcelo Zarvos, reste discrète à l'excès. Rien n'est mauvais, mais rien ne marque.

Du côté du casting, les choses se gâtent. Christina Hendricks, bien qu'assez peu présente, sort nettement du lot. Elle parvient à apporter une gravité, une présence silencieuse qui manque aux autres. Mark Duplass s'en sort honorablement, avec ce mélange de douceur et de tension qu'il maîtrise bien depuis Togetherness. Mais Ellen Pompeo… difficile de retrouver ici ce qu'on pouvait apprécier dans Grey's anatomy. Son jeu est souvent plat, comme en retrait, presque désincarné. Quant à Imogen Faith Reid, le casting est, disons-le franchement, une erreur. Ce n'est pas tant qu'elle joue mal : elle fait ce qu'elle peut. Mais elle a 27 ans. Et même atteinte de nanisme, cela se voit. Cela se sent. Cela trouble. Cela casse le pacte fictionnel. Le spectateur est sans cesse renvoyé à cette incongruité, qui mine la crédibilité de l'ensemble. Là où une véritable enfant actrice — comme Isabelle Fuhrman dans Esther — aurait pu créer le malaise, la terreur, ou la pitié, ici, on reste à distance.

Et c'est sans doute ce qui résume le mieux Good American family : une série qui tient à distance. On regarde, on s'interroge un peu, on n'est jamais vraiment saisi. L'histoire, pourtant atroce, aurait dû provoquer le vertige. Mais tout est trop sage. À force de vouloir éviter le sensationnalisme, la série devient presque tiède. Ce qui est un comble, vu son sujet. En regard parallèle, L'énigme Natalia Grace apparaît comme un indispensable complément. Ce documentaire, plus brut, plus direct, n'édulcore rien et montre une autre version des faits — notamment sur la troisième famille d'accueil, absente de la fiction. On comprend alors à quel point la série dramatique est restée en surface.

Au final, je suis partagé. J'ai regardé la série avec intérêt. J'ai apprécié certains aspects, notamment le rythme qui ne faiblit pas, et l'effort de nuance dans le traitement du sujet. Mais je suis aussi resté frustré. Par les choix de casting. Par le manque de souffle. Par ce sentiment d'inachevé. Comme si tout le monde avait eu peur d'aller au bout de ce que cette histoire implique. Alors oui, j'ai envie de voir une suite. Mais surtout, j'aurais aimé voir une série différente. Une série plus courageuse, plus audacieuse, plus... honnête.
Ma note39%
Vu le 30 Avril 2025


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