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· Julien   Lepage

Galexy
Kalumis
2016

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Illustration de critique : Galexy
Dessiner une pin-up par jour pendant cinq ans et demi, soit plus de 2000 illustrations consécutives : c'est le genre de défi absurde et magnifique que s'est imposé Kalumis, illustratrice saint-germanoise gravitant dans l'orbite du glamour, du geek et de l'encre de Chine. Depuis mars 2012, son blog Bonjour Kalumis a fonctionné comme un laboratoire quotidien où se croisaient mythologies grecque, nordique et égyptienne, héroïnes de jeux vidéo et séries TV, le tout filtré par un trait sensuel et affirmé. Ce marathon créatif a donné naissance à un premier artbook, Milleniup, financé sur Ulule en 2014 pour fêter le cap symbolique des mille dessins. Galexy, publié en 2016, s'inscrit comme le deuxième jalon de cette aventure éditoriale en auto-édition, toujours via financement participatif. L'artiste n'en était d'ailleurs pas à son coup d'essai côté événementiel : elle avait déjà exposé au Hellfest et à Geekopolis aux côtés de la Galerie 3L1C, collectif qui fédérait des talents de la scène pin-up et steampunk française. Par la suite, Kalumis poursuivra sa route avec le webtoon Black ring, univers fantastique plus narratif, puis Alice et son miroir, né de l'Inktober 2021, où elle croisait les deux œuvres de Lewis Carroll pour tisser une sorte de troisième histoire. Galexy se situe donc à un moment charnière : celui où l'illustratrice, forte de quatre ans de pratique quotidienne acharnée, canalise enfin son énergie dans un projet thématique cohérent.

Le concept est limpide et joliment trouvé : revisiter les douze signes du zodiaque occidental et les douze signes de l'astrologie chinoise sous forme de pin-ups en noir et blanc, le tout issu du challenge Inktober, ce rendez-vous annuel d'octobre où les artistes du monde entier s'astreignent à produire un dessin encré par jour. Le résultat tient dans un petit format A5 de 64 pages, couverture en trois couleurs rehaussée d'une touche argentée, contenu intégralement monochrome. Les objectifs étendus de la campagne Ulule avaient d'ailleurs permis d'ajouter une série d'illustrations des planètes, enrichissant l'ensemble au-delà du programme initial. Pas de récit à proprement parler ici, pas de personnages récurrents ni de fil narratif : chaque signe se voit incarné par une figure féminine dont la pose, les attributs et l'attitude évoquent les traits de caractère traditionnellement associés à la constellation. Le Bélier dégage une énergie frontale, le Scorpion une tension magnétique, le Serpent chinois une grâce ondulante. C'est un catalogue d'archétypes sensuels qui fonctionne un peu comme un tarot visuel : on feuillette, on s'arrête sur son signe, on compare, on sourit.

Et c'est précisément là que se joue la réussite de Galexy. Le trait de Kalumis en 2016 porte la marque d'une artiste qui a accumulé un nombre presque déraisonnable d'heures de pratique. L'encrage est maîtrisé, les courbes sont sûres, et le noir et blanc confère à l'ensemble une élégance que la couleur aurait peut-être diluée : un choix aussi contraint par le format Inktober que judicieux sur le plan esthétique. On pense parfois aux planches de Milo Manara pour cette façon d'allier la sensualité à une vraie lisibilité graphique, même si Kalumis reste plus proche d'un registre pop et accessible que du sulfureux transalpin. La couverture argentée, petit luxe d'édition pour un objet autofinancé, témoigne d'un soin appréciable dans la fabrication.

Un artbook thématique sur l'astrologie a quelque chose de séduisant sur le papier (sans mauvais jeu de mots), mais le traitement reste essentiellement décoratif. Les correspondances entre les signes et leurs incarnations pin-up fonctionnent, mais elles restent sages, rarement surprenantes. On aurait aimé que l'artiste pousse davantage l'interprétation, qu'elle torde un peu les clichés astrologiques au lieu de les illustrer avec application. Le petit texte d'initiation à l'astrologie qui accompagne les dessins est une attention sympathique, mais il manque un vrai parti pris éditorial qui aurait fait de Galexy autre chose qu'un bel objet : un objet marquant. La comparaison avec Alice et son miroir, réalisé cinq ans plus tard, montre d'ailleurs le chemin parcouru : sur ce projet-là, Kalumis osait une relecture, une narration croisée entre deux œuvres de Carroll, quelque chose d'autrement plus ambitieux sur le plan conceptuel.

Reste que Galexy possède un charme indéniable, celui des projets nés de la passion et de la discipline plutôt que du calcul éditorial. C'est un objet sincère, bien exécuté, qui témoigne de la vitalité de cette scène française d'illustrateurs indépendants qui, au milieu des années 2010, faisaient vivre le crowdfunding avec une énergie communicative. Pour les amateurs du genre, c'est un petit plaisir à feuilleter entre deux horoscopes, et un document intéressant sur l'évolution d'une artiste qui n'a cessé, depuis, de gagner en ambition.
Ma note77%
Lu le 2 Mars 2026


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