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· Julien   Lepage

Gen V (saison 2)
Craig Rosenberg
2025

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Illustration de critique : Gen V (saison 2)
Produite par Craig Rosenberg et supervisée par la showrunner Michele Fazekas, cette deuxième saison de Gen V arrive dans un contexte pour le moins particulier. Après le décès tragique de Chance Perdomo en mars 2024, le spin-off universitaire de The boys devait composer avec l'absence de l'un de ses piliers. Avec Jaz Sinclair, Lizze Broadway, London Thor et Derek Luh reprenant leurs rôles d'étudiants super-héros, la série devait prouver qu'elle pouvait survivre à ce coup du sort sans sombrer dans la facilité.

De retour à l'université Godolkin, nos jeunes Supers reprennent leurs cours après les événements explosifs de la première saison. Marie Moreau et ses camarades, désormais accusés d'avoir provoqué l'émeute du campus, doivent affronter un nouveau doyen, le mystérieux Cipher, qui prêche une formation plus intense que jamais. Pendant que Cate et Sam jouissent d'une notoriété héroïque usurpée, le reste de la bande découvre un programme secret enfoui depuis les années 60, tandis que le Protecteur consolide son emprise sur l'Amérique. Entre tensions politiques, secrets enterrés et guerre qui couve entre Humains et Supers, l'ambiance à Godolkin n'a jamais été aussi explosive.

Sur le papier, cette saison 2 aurait pu sombrer dans la facilité. L'écriture, pourtant, fait preuve d'une habileté surprenante. Là où la première saison peinait à justifier son existence au-delà du simple parasitage de The boys, cette suite trouve un équilibre plus satisfaisant. Les scénaristes ont accompli un travail remarquable pour intégrer la disparition d'Andre au récit, transformant ce qui aurait pu être un bouche-trou maladroit en véritable moteur narratif. La mort du personnage, survenue lors d'une tentative d'évasion, résonne tout au long des épisodes sans jamais tomber dans le pathos facile. Le twist final concernant Dean Cipher et le fondateur Thomas Godolkin révèle une vraie finesse d'écriture, même si l'on devine que certains internautes perspicaces l'ont flairé avant l'heure. Reste que l'ensemble manque encore de la mordant cynique qui fait le sel de la série mère. Les intrigues adolescentes (drames sentimentaux, questionnements identitaires, rivalités de couloir) peinent à s'harmoniser avec l'univers ultra-violent établi par Eric Kripke. On sent parfois une série tiraillée entre Gossip girl en costume moulant et satire gore du capitalisme tardif.

Marie Moreau demeure le talon d'Achille de cette saison. Personnage principal par défaut plus que par charisme, elle traverse les épisodes sans jamais véritablement imposer sa présence. Son arc narratif, pourtant central avec cette histoire de Projet Odessa et son lien avec les origines de l'université, peine à captiver. En revanche, le tandem Godolkin/Cipher fonctionne à merveille, offrant enfin à la série un antagoniste digne de ce nom. Jordan Li, le personnage bigenre interprété alternativement par London Thor et Derek Luh, gagne en profondeur et en temps d'écran, apportant une complexité bienvenue à l'ensemble. Emma Meyer, au contraire, se retrouve reléguée au second plan, ce qui n'est pas forcément un mal tant son sous-texte troubles alimentaires de la première saison était maladroitement traité. Les nouvelles venues Jessica Clement et Georgie Murphy apportent un sang neuf bienvenu, même si leurs personnages restent encore trop esquissés pour vraiment marquer.

La série continue de jongler avec les mêmes thématiques que sa grande sœur (corruption institutionnelle, manipulation médiatique, fascisme rampant), mais avec une approche plus scolaire, moins audacieuse. Le campus devient métaphore d'une société américaine divisée entre les Stellactivistes et le Protecteur, entre progressisme affiché et suprémacisme assumé. C'est malin sur le papier, mais l'exécution reste parfois didactique. La montée en puissance du Protecteur, vue depuis ce microcosme universitaire, aurait pu offrir un regard neuf sur les mécanismes du pouvoir autoritaire. Au lieu de ça, on a droit à des discours un peu trop explicites, des parallèles un peu trop appuyés avec notre réalité politique. La série veut absolument faire passer des messages sur l'identité, l'acceptation, la résistance à l'oppression, mais elle oublie parfois que The boys fonctionne mieux quand la satire reste implicite, nichée dans le gore et l'outrance. Ici, tout est souligné au stabilo fluo, comme si on ne pouvait pas faire confiance à l'intelligence du spectateur.

Visuellement, la série maintient le niveau d'exigence établi par la première saison. Les réalisateurs Nelson Cragg, Thomas Schnauz et Philip Sgriccia orchestrent des séquences d'action qui n'ont pas à rougir face à leur modèle. Les effets pratiques, privilégiés aux CGI, donnent aux scènes les plus extrêmes une texture organique réjouissante. On apprend que l'équipe a littéralement recouvert Asa Germann de sang et de tripes dans un tunnel reconstruit en studio, et ça se voit à l'écran. La photographie joue intelligemment sur les contrastes entre les espaces aseptisés de l'université et la violence brute qui couve sous la surface. La bande originale de Christopher Lennertz remplit son office sans jamais véritablement marquer, oscillant entre morceaux percutants pour les scènes d'action et ambiances plus atmosphériques pour les moments d'introspection.

Jaz Sinclair, vue précédemment dans Les nouvelles aventures de Sabrina, peine toujours à insuffler la présence nécessaire à son personnage. Elle n'est pas mauvaise, loin de là, mais elle semble constamment en retrait, éclipsée par un casting secondaire plus flamboyant. Hamish Linklater, en revanche, livre une prestation magnétique. Révélé dans Sermons de minuit de Mike Flanagan, où son prêtre ambigu glaçait le sang, il apporte ici cette même intensité inquiétante. Son Dean Cipher oscille entre charisme institutionnel et menace sous-jacente. L'acteur a d'ailleurs révélé avoir dû signer d'innombrables contrats de nudité, ce qui témoigne du niveau de folie assumée de la série. London Thor et Derek Luh forment un duo convaincant pour incarner les deux facettes de Jordan, leur jeu différencié permettant de vraiment croire à cette dualité corporelle. Sean Patrick Thomas, reprenant son rôle de Polarité suite à la disparition de son fils fictif, apporte une gravité bienvenue à l'ensemble. Asa Germann continue de surprendre en Sam, personnage instable qui aurait pu tomber dans la caricature, mais trouve une forme de vulnérabilité touchante.

Cette saison 2 de Gen V laisse une impression mitigée, mais globalement positive. C'est du divertissement efficace qui se laisse consommer sans déplaisir, même si l'on reste loin de l'excellence corrosive de The boys. Les scénaristes ont accompli l'exploit de transformer une tragédie réelle en véritable pilier narratif, et c'est déjà un tour de force en soi. Le twist final promet des développements intéressants pour The boys saison 5, ce qui reste la vraie raison d'être de ce spin-off : servir de pont, de complément, jamais vraiment d'œuvre autonome. Pour les fans absolus de l'univers, c'est un passage obligé. Pour les autres, c'est une série correcte qui oscille entre moments brillants et facilités narratives, entre gore jouissif et leçons de morale maladroites. On est loin du chef-d'œuvre, mais aussi du naufrage redouté.
Ma note67%
Vu le 27 Octobre 2025


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