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· Julien   Lepage

Ghosts of Mars
John Carpenter
2001

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Illustration de critique : Ghosts of Mars
Une production de science-fiction martienne signée John Carpenter, servie par un casting improbable réunissant Natasha Henstridge, Ice Cube et un jeune Jason Statham encore loin de son statut d'icône de l'action, mérite forcément qu'on s'y attarde. En 2001, on attendait davantage du père du Halloween originel et de New York 1997, d'autant que la promo parlait d'un mélange western-SF assez téméraire. Je me souvenais aussi, vaguement, qu'il s'agissait du film qui avait convaincu Carpenter de s'éloigner d'Hollywood pendant plusieurs années (ce qui, en soi, donne une idée de la réception à l'époque). Mais je préfère aborder l'objet tel qu'il est, aujourd'hui, avec un minimum de recul et un maximum de curiosité.

L'histoire nous catapulte en 2176, sur une Mars colonisée tant bien que mal par quelque 640 000 Terriens. Le lieutenant Melanie Ballard et son escouade doivent transférer le célèbre criminel James « Desolation » Williams vers la Cour de justice. À leur arrivée dans la petite ville minière de Shining Canyon, tout semble figé dans un silence sinistre : les habitants ont disparu, les couloirs sont jonchés de cadavres mutilés, et seuls Desolation et quelques prisonniers encore enfermés paraissent avoir survécu. Très vite, Ballard découvre que la colonie a été ravagée par des esprits martiens libérés d'une excavation trop profonde ; ces entités prennent possession des hommes et les transforment en guerriers déchaînés, menés par un chef possédé, hurlant et scarifié. Un bien inattendu syncrétisme où forces de l'ordre, criminels, civils et survivants doivent coopérer pour échapper à une armée de possédés prêts à tout.

Le scénario se permet un mélange audacieux : du western, de la SF industrielle, une pincée d'horreur façon siège, et une structure en flashbacks successifs qui se veut maligne, mais se révèle parfois encombrante. Carpenter recycle ici plusieurs de ses obsessions : la forteresse assiégée, les anti-héros forcés de collaborer, la menace invisible qui surgit du sous-sol. Et, même si l'ensemble manque parfois de finesse, il reste une curiosité. Certaines idées fonctionnent, notamment l'opposition entre technologie humaine et spiritualité martienne, mais l'histoire tombe régulièrement dans des automatismes du genre. La possession, les visions, les rituels sanglants : tout cela défile sans vraie surprise, même si l'intention de revisiter le mythe du western sous forme de combat tribal sur Mars apporte un léger décalage appréciable.

Les personnages, pour leur part, suivent une logique assez simple, mais cohérente. Melanie Ballard reste l'axe central : professionnelle, sombre, pas trop lisse, mais sans grande évolution personnelle. Desolation Williams incarne le bandit charismatique qui finit par devenir le partenaire pragmatique de l'héroïne. Les autres membres de l'équipe (Jericho, Bashira, Whitlock) ainsi que les détenus, apportent la diversité nécessaire à ce type de mission suicidaire : chacun a sa petite fonction dans l'équation, mais aucun n'est réellement creusé. Cela suffit pour un récit d'action-horreur, mais on sent qu'un peu plus de nuance aurait rendu l'ensemble plus mémorable.

Derrière les fusillades et les décapitations, le film brasse quelques thématiques intéressantes : l'obsession humaine de creuser toujours plus loin, quitte à réveiller ce qui dormait mieux en profondeur ; les dérives coloniales ; le danger d'un progrès qui ne comprend pas son terrain de jeu. Rien de révolutionnaire, mais sur Mars, ces idées prennent une couleur particulière. Le parallèle western fonctionne aussi comme un commentaire implicite sur la conquête et sur la façon dont les colons projettent leurs systèmes sur un environnement qu'ils ne maîtrisent pas. Le film essaye de faire passer quelque chose, même si cela reste assez brut et jamais vraiment articulé.

Côté mise en scène, la marque Carpenter est bien là, mais par intermittence. Le réalisateur dit lui-même avoir tourné beaucoup de scènes de nuit parce qu'il « se sentait être un animal nocturne », et cela donne à l'image une atmosphère rougeâtre et poussiéreuse qui n'est pas désagréable, sans être renversante. La photographie tire sur l'ocre et le métal, ce qui colle à l'univers minier, mais finit par manquer de variété. Les effets spéciaux, eux, oscillent entre corrects et datés : certains maquillages de possédés fonctionnent plutôt bien, d'autres sentent le plateau de tournage. Au moins, la direction artistique assume son côté brut. Quant à la bande-son, elle surprend toujours autant : Carpenter s'est entouré de musiciens très « fusion métal », avec la participation de membres de Anthrax et de Steve Vai. Le résultat est étonnant : parfois grisant, parfois un peu hors-sujet, mais jamais inodore.

Les performances d'acteurs s'inscrivent dans cette logique hybride. Natasha Henstridge, déjà connue pour La mutante, tient le rôle du lieutenant Ballard avec un sérieux qui fait tenir le film, même si la VF a tendance à lisser un peu les subtilités. Ice Cube campe un Desolation solide : pas subtil, mais suffisamment charismatique pour porter ses scènes. Jason Statham, avant d'être la machine d'Hyper tension ou du Transporteur, montre déjà les prémices de son style. Pam Grier fait plaisir à voir, même si elle n'est là que trop brièvement. Les seconds rôles sont globalement honnêtes, avec une mention pour Clea DuVall, qui réussit à exister malgré une écriture assez rigide.

Au final, difficile de s'ennuyer complètement, même si tout n'est pas abouti. Le film reste un objet bancal, énergique, pas toujours maîtrisé, mais suffisamment singulier pour susciter un intérêt. Il y a de bonnes intentions, quelques scènes qui fonctionnent vraiment, et un univers qui, malgré ses excès esthétiques, dégage une certaine identité. Ce n'est ni un sommet de la SF, ni un désastre absolu : quelque chose entre les deux, un film imparfait mais attachant, qui peut plaire aux amateurs de séries B musclées ou à ceux qui suivent Carpenter dans toutes ses expérimentations. Pour rester dans l'esprit, on peut recommander en contrepoint Pitch black ou Los Angeles 2013, qui partagent cette même envie de faire du genre un terrain de jeu un peu décalé.
Ma note70%
Vu le 31 Mai 2008


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