Gremlins 2, la nouvelle génération
Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Six ans après le chaos de Kingston Falls, Joe Dante remet ses créatures en liberté, retrouve Zach Galligan et Phoebe Cates, et déplace le terrain de jeu au cœur d'un New York clinquant de fin de décennie, encore grisé par la technologie et l'argent roi. L'attente est réelle à l'époque : le premier Gremlins a laissé des traces durables dans la pop culture, et cette suite annoncée tardivement promet d'aller plus loin, plus fort, plus fou.
Billy et Kate vivent désormais dans la Big Apple, employés dans l'immense gratte-ciel high-tech du fantasque Daniel Clamp. Gizmo est toujours là, évidemment, et comme prévu, une maladresse suffit à remettre en route la mécanique infernale : de l'eau, de la nourriture au mauvais moment, et une nouvelle génération de gremlins voit le jour. Coincées dans ce building ultramoderne, les petites créatures vont transformer ce temple du capitalisme en terrain de jeu anarchique, entre laboratoire génétique, studios télé et open spaces aseptisés.
Le récit, soyons honnête, tient surtout lieu de prétexte. Là où le film de 1984 prenait le temps de poser un cadre, d'installer une ambiance faussement tranquille avant de tout dynamiter, cette suite appuie très vite sur l'accélérateur. En une vingtaine de minutes, les règles sont posées et le film bascule dans une succession quasi ininterrompue de gags, de destructions et de variations autour du concept gremlin. Le scénario abandonne toute velléité de progression classique pour devenir un laboratoire à idées, parfois brillant, parfois un peu trop chargé. Cette surenchère permanente finit par user légèrement, comme si Dante refusait volontairement toute respiration, quitte à frôler l'excès.
Les personnages humains servent surtout de points d'ancrage dans ce chaos organisé. Billy et Kate restent fidèles à eux-mêmes, moins naïfs qu'autrefois, mais toujours dépassés par les événements. Daniel Clamp, caricature assumée de magnat médiatique, est sans doute l'ajout le plus marquant : figure à la fois ridicule et inquiétante, il incarne une Amérique fascinée par la réussite, la technologie et l'efficacité à tout prix. Autour d'eux gravitent scientifiques fous, cadres stressés et employés interchangeables, tous promis à devenir les jouets ou les victimes des monstres. Et puis il y a Gizmo, toujours mascotte attendrissante, double inversé de ses rejetons, observant le chaos qu'il a involontairement engendré.
Derrière le grand n'importe quoi apparent, le film continue de creuser des thèmes chers à Dante. La satire sociale est ici plus frontale : critique de l'ultra-capitalisme, de la déshumanisation des espaces de travail, de la foi aveugle dans la technologie. Le building de Clamp devient une Babylone moderne, froide, efficace, prête à s'effondrer au premier grain de sable. Les gremlins apparaissent alors comme une réponse nihiliste, une revanche grotesque et jubilatoire contre un système où tout se vend, tout s'achète, même le chaos. À cela s'ajoute un jeu constant avec le cinéma lui-même : références aux cartoons, à King Kong, à Rambo, aux films d'horreur classiques, jusqu'à cette mise en abyme culottée où le film semble sortir de l'écran pour interpeller le spectateur.
La mise en scène épouse totalement cette logique de cartoon live. Dante assume une réalisation plus hystérique, plus colorée, presqu'expérimentale. Les effets spéciaux animatroniques, confiés à l'équipe de Rick Baker, permettent une galerie de gremlins tous différents : araignée, chauve-souris, créature électrique, pin-up délirante ou gremlin intellectuel à la diction irréprochable. Visuellement, c'est souvent impressionnant et inventif, même si l'accumulation finit parfois par donner le sentiment d'un feu d'artifice permanent. La musique de Jerry Goldsmith, toujours enjouée et ironique, accompagne parfaitement ce déferlement d'idées.
Côté interprétation, le casting joue le jeu sans retenue. John Glover cabotine avec un plaisir communicatif en patron mégalo, Christopher Lee s'amuse visiblement à détourner son image de savant inquiétant, et les seconds rôles s'inscrivent tous dans cette logique de caricature assumée. Les voix, surtout en version française, participent beaucoup au charme de l'ensemble, donnant aux gremlins une personnalité immédiatement identifiable et renforçant le ton de farce cruelle.
Au final, cette suite apparaît moins équilibrée et moins surprenante que son aînée, mais elle compense largement par une énergie débordante et une liberté de ton rare. Trop longue, trop chargée par moments, elle n'en reste pas moins un objet joyeusement anarchique, une déclaration d'amour décomplexée à ses propres monstres et au cinéma de série B. À l'image de SOS fantômes 2, RoboCop 2 ou Predator 2, le film peine à retrouver l'impact du premier volet, mais affirme une personnalité propre, plus déviante, plus personnelle. Un plaisir un peu coupable, parfois lassant, souvent jubilatoire, qui confirme surtout que Dante préfère mille fois le chaos inventif à la sagesse bien rangée.
Billy et Kate vivent désormais dans la Big Apple, employés dans l'immense gratte-ciel high-tech du fantasque Daniel Clamp. Gizmo est toujours là, évidemment, et comme prévu, une maladresse suffit à remettre en route la mécanique infernale : de l'eau, de la nourriture au mauvais moment, et une nouvelle génération de gremlins voit le jour. Coincées dans ce building ultramoderne, les petites créatures vont transformer ce temple du capitalisme en terrain de jeu anarchique, entre laboratoire génétique, studios télé et open spaces aseptisés.
Le récit, soyons honnête, tient surtout lieu de prétexte. Là où le film de 1984 prenait le temps de poser un cadre, d'installer une ambiance faussement tranquille avant de tout dynamiter, cette suite appuie très vite sur l'accélérateur. En une vingtaine de minutes, les règles sont posées et le film bascule dans une succession quasi ininterrompue de gags, de destructions et de variations autour du concept gremlin. Le scénario abandonne toute velléité de progression classique pour devenir un laboratoire à idées, parfois brillant, parfois un peu trop chargé. Cette surenchère permanente finit par user légèrement, comme si Dante refusait volontairement toute respiration, quitte à frôler l'excès.
Les personnages humains servent surtout de points d'ancrage dans ce chaos organisé. Billy et Kate restent fidèles à eux-mêmes, moins naïfs qu'autrefois, mais toujours dépassés par les événements. Daniel Clamp, caricature assumée de magnat médiatique, est sans doute l'ajout le plus marquant : figure à la fois ridicule et inquiétante, il incarne une Amérique fascinée par la réussite, la technologie et l'efficacité à tout prix. Autour d'eux gravitent scientifiques fous, cadres stressés et employés interchangeables, tous promis à devenir les jouets ou les victimes des monstres. Et puis il y a Gizmo, toujours mascotte attendrissante, double inversé de ses rejetons, observant le chaos qu'il a involontairement engendré.
Derrière le grand n'importe quoi apparent, le film continue de creuser des thèmes chers à Dante. La satire sociale est ici plus frontale : critique de l'ultra-capitalisme, de la déshumanisation des espaces de travail, de la foi aveugle dans la technologie. Le building de Clamp devient une Babylone moderne, froide, efficace, prête à s'effondrer au premier grain de sable. Les gremlins apparaissent alors comme une réponse nihiliste, une revanche grotesque et jubilatoire contre un système où tout se vend, tout s'achète, même le chaos. À cela s'ajoute un jeu constant avec le cinéma lui-même : références aux cartoons, à King Kong, à Rambo, aux films d'horreur classiques, jusqu'à cette mise en abyme culottée où le film semble sortir de l'écran pour interpeller le spectateur.
La mise en scène épouse totalement cette logique de cartoon live. Dante assume une réalisation plus hystérique, plus colorée, presqu'expérimentale. Les effets spéciaux animatroniques, confiés à l'équipe de Rick Baker, permettent une galerie de gremlins tous différents : araignée, chauve-souris, créature électrique, pin-up délirante ou gremlin intellectuel à la diction irréprochable. Visuellement, c'est souvent impressionnant et inventif, même si l'accumulation finit parfois par donner le sentiment d'un feu d'artifice permanent. La musique de Jerry Goldsmith, toujours enjouée et ironique, accompagne parfaitement ce déferlement d'idées.
Côté interprétation, le casting joue le jeu sans retenue. John Glover cabotine avec un plaisir communicatif en patron mégalo, Christopher Lee s'amuse visiblement à détourner son image de savant inquiétant, et les seconds rôles s'inscrivent tous dans cette logique de caricature assumée. Les voix, surtout en version française, participent beaucoup au charme de l'ensemble, donnant aux gremlins une personnalité immédiatement identifiable et renforçant le ton de farce cruelle.
Au final, cette suite apparaît moins équilibrée et moins surprenante que son aînée, mais elle compense largement par une énergie débordante et une liberté de ton rare. Trop longue, trop chargée par moments, elle n'en reste pas moins un objet joyeusement anarchique, une déclaration d'amour décomplexée à ses propres monstres et au cinéma de série B. À l'image de SOS fantômes 2, RoboCop 2 ou Predator 2, le film peine à retrouver l'impact du premier volet, mais affirme une personnalité propre, plus déviante, plus personnelle. Un plaisir un peu coupable, parfois lassant, souvent jubilatoire, qui confirme surtout que Dante préfère mille fois le chaos inventif à la sagesse bien rangée.
Ma note73%
Commentaires
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !