Aller au contenu principal

· Julien   Lepage

Comment fossiliser son hamster, et autres expériences épatantes à faire chez soi
Mick O'Hare
2008

Précédent
Suivant

Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Illustration de critique : Comment fossiliser son hamster, et autres expériences épatantes à faire chez soi
Au rayon sciences de la librairie, on tombe parfois sur des OVNIs joyeux. Comment fossiliser son hamster fait clairement partie de cette famille-là : un livre qui ressemble à un cahier de vacances pour adultes curieux, signé par Mick O'Hare, vieux routier de la rédaction de New scientist. Avant ce volume de 2008, Mick O'Hare avait déjà orchestré des compilations de questions?réponses comme Mais qui mange les guêpes ? ou Pourquoi les manchots n'ont pas froid aux pieds ?, où les lecteurs posaient des questions bizarres et la science venait remettre un peu d'ordre. Avec Comment fossiliser son hamster, il passe à l'étape d'après : ce n'est plus seulement « pourquoi ? », c'est surtout « comment ? », et surtout « comment chez toi, avec ce qu'il y a dans tes placards ».

La version française, publiée au Seuil, profite de la plume de Nicolas Witkowski, traducteur et vulgarisateur qui a le chic pour rendre l'humour british sans le casser au passage. Le livre s'inscrit dans une petite galaxie d'ouvrages estampillés New scientist, une sorte de spin?off en papier de ce que la rubrique « last word » a fait pendant des années : prendre les interrogations du quotidien au sérieux. En 2014, un article de la revue pédagogique Science in school, signé Michalis Hadjimarcou, en faisait même l'éloge comme ressource de classe pour enseignants de sciences, ce qui en dit assez long sur sa place dans la petite histoire de la vulgarisation ludique.

Sur le papier, le concept est d'une simplicité déconcertante. Comment fossiliser son hamster enchaîne des mini?chapitres autonomes, chacun centré sur une question ou une observation étonnante : pourquoi est?ce si atroce de croquer par mégarde un bout de papier alu quand on a un plombage ? Comment se fait?il qu'un spaghetti cru se casse presque toujours en plus de deux morceaux ? L'eau chaude peut?elle vraiment geler plus vite que l'eau froide ? Est?il possible de mesurer la vitesse de la lumière avec une tablette de chocolat et un micro?ondes ? À chaque fois, le livre propose une expérience simple, réalisable en moins d'une heure, sans matériel de labo, puis une explication assez rigoureuse pour qu'on ne se sente pas pris pour un enfant.

Les « personnages » qui traversent ces pages sont tout sauf romanesques, et c'est précisément ce qui fait le charme du livre. En tête d'affiche, un hamster qui sert surtout de MacGuffin : le titre promet sa fossilisation, mais bien sûr, personne n'attend de toi que tu entres dans la cuisine avec une pelle, du ciment et un rongeur vivant. Le hamster est surtout le prétexte à parler de la vraie formation des fossiles, de minéralisation progressive et de temps géologiques impossibles à reproduire dans l'évier. Autour de lui gravitent une troupe d'objets du quotidien : spaghetti, chocolat, lait, céréales de petit déjeuner, papier aluminium, glaçons, ampoules et four à micro?ondes. Le seul véritable protagoniste, c'est le lecteur?expérimentateur : toi, en pyjama dans ta cuisine, dans une sorte de remake low?budget de C'est pas sorcier mélangé à MythBusters, mais sans camion?studio ni explosion contrôlée.

Le dispositif est toujours à peu près le même, ce qui donne une structure très lisible. Une observation intrigante pour accrocher (le choc électrique en croquant du papier alu avec un plombage), un protocole que tu peux réaliser avec ce que tu trouves au supermarché, une ou deux petites illustrations de montage, puis une explication qui te ramène à la physique, à la chimie ou à la géologie. Croquer de l'alu sur une dent plombée devient une histoire de pile galvanique improvisée dans ta bouche ; casser des spaghetti dans ta main sert à parler d'ondes de contraintes et de fracture des matériaux ; faire du « plastique » avec du lait et du vinaigre introduit les polymères et la caséine ; faire fondre du chocolat dans un micro?ondes sans plateau tournant mène à une mesure approximative de la vitesse de la lumière. On peut même extraire du fer de certaines céréales avec un aimant, ce qui est à la fois réjouissant et un peu inquiétant au moment du petit déjeuner.

Au fil des pages, je me suis mis à voir une sorte de petite troupe récurrente. Le hamster, victime conceptuelle, sert à rappeler que la vraie fossilisation ne se fait ni en un week?end ni dans une boîte Tupperware. Le lecteur tient le rôle de l'apprenti sorcier raisonnable, à mille lieues des délires de Breaking bad, mais avec la même fascination pour les réactions qui se déclenchent au fond d'un récipient. Les « sidekicks », ce sont ces objets banals qui se prennent soudain pour stars de la physique : un bol d'eau qui gèle « à l'envers », un four micro?ondes qui devient instrument de mesure, un paquet de céréales qui se transforme en mine de fer miniature. De temps en temps, on devine en arrière?plan les lecteurs de New scientist qui ont inspiré ces expériences, comme un chœur invisible de curieux qui posent des questions qu'on n'ose pas toujours formuler à voix haute.

En 2025, à l'ère où YouTube déborde de chaînes de vulgarisation et de tutos d'expériences maison, on pourrait se dire qu'un livre de ce genre a pris un coup de vieux. Pourtant, la lecture de Comment fossiliser son hamster reste étonnamment agréable. J'ai pris un vrai plaisir à le feuilleter par petites doses, comme on picore des vidéos courtes, et à me dire régulièrement : « ah oui, ça, j'ai toujours voulu comprendre ». Le ton est enjoué sans être infantilisant, l'humour britannique glisse bien en français, et l'ensemble garde cette élégance pédagogique qui consiste à laisser d'abord le lecteur réfléchir avant de lui asséner la solution. On sent que Mick O'Hare sait parler à des adultes qui ont gardé un reste de curiosité enfantine.

Cela dit, tout n'est pas au niveau des meilleures pages. Certains chapitres donnent vraiment envie de se lever du canapé et de sortir les ustensiles, d'autres tombent un peu dans la catégorie « amusant, sans plus ». L'enchaînement de petites fiches peut finir par donner un effet catalogue : on passe d'une expérience à l'autre comme dans une playlist, mais on garde parfois le sentiment d'effleurer les choses. Les explications scientifiques sont généralement correctes, mais pas toujours très approfondies : quand on a déjà quelques bases, on aimerait parfois que ça creuse davantage, que ça relie mieux une expérience à un cadre théorique plus large. On n'est pas au niveau d'un gros essai de vulgarisation qui t'emmène loin ; on est plutôt dans le domaine de la mise en appétit.

L'âge du livre se fait aussi un peu sentir. Certaines références, certains conseils pratiques ou liens vers le site de New scientist respirent les années 2000, avant la grande explosion des contenus vidéo. Rien de rédhibitoire, mais en 2025, on se surprend à se dire que beaucoup de ces expériences se trouvent désormais filmées, commentées, remixées, en trois clics sur son smartphone. La force du livre, c'est sa cohérence et la qualité de son écriture ; sa petite faiblesse, c'est qu'il n'a plus tout à fait l'effet de découverte qu'il pouvait avoir à sa sortie.

Malgré ces réserves, je trouve que l'ensemble tient la route. Pour un adulte curieux, c'est parfait à lire dans le train, sur une semaine de vacances ou en piochant un chapitre de temps en temps. Pour un parent, un oncle ou une tante qui doit improviser une activité scientifique un mercredi après?midi, c'est une mine d'idées immédiatement exploitables. Pour un enseignant de collège ou de lycée, c'est une boîte à outils : l'article de Michalis Hadjimarcou le soulignait déjà, la plupart des expériences rentrent dans une heure de cours et se prêtent à l'exercice pédagogique classique « hypothèse ? expérience ? discussion ». On ne referme pas le livre avec la sensation d'avoir découvert un chef?d'œuvre absolu, mais plutôt un compagnon fiable, malin et sympathiquement décalé.

Comment fossiliser son hamster n'est ni le livre que je placerai au sommet de ma bibliothèque scientifique, ni celui que je regrette d'avoir lu. C'est un de ces ouvrages que je suis content d'avoir sous la main, à ressortir de temps en temps, à prêter autour de moi, en sachant qu'il fera sourire, réfléchir un peu, et peut?être donner envie à quelqu'un de plus jeune d'aller voir ce qui se passe derrière la porte du labo de physique. Pour moi, c'est déjà beaucoup.
Ma note67%
Lu le 23 Octobre 2025


Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication.