Histoires délirantes du Piratesourcil

C'est l'histoire d'un renard qui avait quelque chose à dire… et qui a d'abord choisi de le dire sur un blog. Thomas Tuybens, alias Piratesourcil, est un gars de Lille qui, avant de croquer des strips en amateur éclairé, vendait des trucs dans la vraie vie. Commercial de métier, dessinateur de vocation, il lance son blog en 2009 et réussit en quelques mois à fédérer une communauté qui rigole de ce que les gens n'osent pas dire à voix haute. En 2010, La voix du Nord le classe parmi les blogs BD les plus visités du nord de la France. Logiquement, un éditeur finit par frapper à la porte, et Histoires délirantes du Piratesourcil débarque en librairie en septembre 2010 : son tout premier album, publié chez Le Stylo Bulle.
Le principe est simple : on prend les meilleurs strips du blog, on les enrichit de quelques inédits, on remet tout ça en forme, et on compile. Le personnage central, c'est Piratesourcil lui-même : un renard roux à la trogne inexpressive qui traverse des situations du quotidien et des détournements culturels avec un aplomb tranquille. Tuybens n'a pas inventé le format — le gag court en quelques cases avec chute inattendue, c'est vieux comme Gotlib — mais il y insuffle un humour volontiers dégueulasse, politiquement incorrect, avec ce petit grain de pyromanie sociale qu'on retrouvait au même moment du côté de Cyanide & Happiness outre-Atlantique. Dark Vador s'en prend pour son grade, les tabous de comptoir sont traités avec la délicatesse d'un marteau-piqueur, et les chutes reposent souvent sur un twist visuel qu'on n'a pas vu venir ; ce qui, pour le coup, fonctionne assez bien sur le papier.
Le résultat est honnête. Pas bouleversant, pas décevant non plus : honnête. Les strips qui fonctionnaient sur le blog continuent de fonctionner ici, portés par une forme d'énergie brute que le papier ne dénature pas. Quelques gags font vraiment mouche, notamment ceux qui jouent sur des détails cachés dans les cases : une tradition du blog que les lecteurs fidèles connaissent bien et que les nouveaux venus risquent de rater au premier passage. Le format histoires courtes est une vraie qualité : ça se lit comme on grignote des chips, sans effort, sans fioriture.
Mais voilà. L'album ne parvient pas tout à fait à se hisser au-dessus de sa propre nature de compilation. On sent le best-of à chaque page, avec ce que ça implique d'inégalités de rythme et d'absence de progression. Certains strips tombent à plat hors de leur contexte blog, d'autres semblent déjà datés dès leur mise en page. Et le dessin, qui fait partie intégrante de l'identité de Piratesourcil, reste volontairement sommaire, ce qui est une posture assumée, mais qui finit par lasser sur la longueur d'un album. À noter en passant que la première édition souffre d'un double péché originel : un format trop étroit dû à une erreur de fichier envoyé à l'imprimeur, et des fautes d'orthographe corrigées dans la réédition. On dira que c'est du folklore d'autoédition, mais ça contribue à donner à l'ensemble un air de produit encore en chantier.
Le public cible — les habitués du blog, les amateurs d'humour noir assumé, ceux qui trouvent Les Nuls trop sages — y trouvera largement son compte. Les autres risquent de hausser le sourcil (pirate ou non).
Tuybens a du potentiel, une voix, un sens du timing : les ingrédients sont là. Ce premier album est le genre de coup d'essai qu'on regarde avec sympathie en sachant qu'il ne sert qu'à prouver qu'un deuxième est possible. Ni une révélation, ni un ratage : un renard qui tâte le terrain.
Le principe est simple : on prend les meilleurs strips du blog, on les enrichit de quelques inédits, on remet tout ça en forme, et on compile. Le personnage central, c'est Piratesourcil lui-même : un renard roux à la trogne inexpressive qui traverse des situations du quotidien et des détournements culturels avec un aplomb tranquille. Tuybens n'a pas inventé le format — le gag court en quelques cases avec chute inattendue, c'est vieux comme Gotlib — mais il y insuffle un humour volontiers dégueulasse, politiquement incorrect, avec ce petit grain de pyromanie sociale qu'on retrouvait au même moment du côté de Cyanide & Happiness outre-Atlantique. Dark Vador s'en prend pour son grade, les tabous de comptoir sont traités avec la délicatesse d'un marteau-piqueur, et les chutes reposent souvent sur un twist visuel qu'on n'a pas vu venir ; ce qui, pour le coup, fonctionne assez bien sur le papier.
Le résultat est honnête. Pas bouleversant, pas décevant non plus : honnête. Les strips qui fonctionnaient sur le blog continuent de fonctionner ici, portés par une forme d'énergie brute que le papier ne dénature pas. Quelques gags font vraiment mouche, notamment ceux qui jouent sur des détails cachés dans les cases : une tradition du blog que les lecteurs fidèles connaissent bien et que les nouveaux venus risquent de rater au premier passage. Le format histoires courtes est une vraie qualité : ça se lit comme on grignote des chips, sans effort, sans fioriture.
Mais voilà. L'album ne parvient pas tout à fait à se hisser au-dessus de sa propre nature de compilation. On sent le best-of à chaque page, avec ce que ça implique d'inégalités de rythme et d'absence de progression. Certains strips tombent à plat hors de leur contexte blog, d'autres semblent déjà datés dès leur mise en page. Et le dessin, qui fait partie intégrante de l'identité de Piratesourcil, reste volontairement sommaire, ce qui est une posture assumée, mais qui finit par lasser sur la longueur d'un album. À noter en passant que la première édition souffre d'un double péché originel : un format trop étroit dû à une erreur de fichier envoyé à l'imprimeur, et des fautes d'orthographe corrigées dans la réédition. On dira que c'est du folklore d'autoédition, mais ça contribue à donner à l'ensemble un air de produit encore en chantier.
Le public cible — les habitués du blog, les amateurs d'humour noir assumé, ceux qui trouvent Les Nuls trop sages — y trouvera largement son compte. Les autres risquent de hausser le sourcil (pirate ou non).
Tuybens a du potentiel, une voix, un sens du timing : les ingrédients sont là. Ce premier album est le genre de coup d'essai qu'on regarde avec sympathie en sachant qu'il ne sert qu'à prouver qu'un deuxième est possible. Ni une révélation, ni un ratage : un renard qui tâte le terrain.
Ma note67%
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