Histoires ultimes du Piratesourcil
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Le web comic de Thomas Tuybens, alias Piratesourcil, c'est une de ces histoires typiques du début des années 2010 : un type du Nord, ancien commercial reconverti dessinateur, qui ouvre un blog en 2009 en se demandant s'il aura « un ou deux lecteurs », et qui se retrouve quelques années plus tard avec plusieurs millions de visites cumulées. La recette n'a rien de mystérieux : un petit renard, de l'humour noir, des strips courts à chute unique, et un appétit assumé pour les sujets qui fâchent. Le genre de truc qui cartonne sur Internet précisément parce qu'il n'a aucun filtre éditorial à satisfaire.
Le problème, c'est que ce filtre éditorial qui lui manquait, il a fini par lui coûter cher. En 2012, après un strip traitant de pédophilie sur le ton de l'humour le plus noir qui soit, la gendarmerie a débarqué chez lui, saisi son matériel, et l'OCLCTIC (l'office de police en charge de la cybercriminalité) a ouvert une enquête. L'affaire s'est terminée par l'auto-censure de plusieurs planches, récupération du matos, et probablement une belle montée d'adrénaline dont il se serait bien passé. C'est directement de là que naît l'idée de ces Histoires ultimes du Piratesourcil : une intégrale autopubliée via Ulule sous sa propre enseigne, Sourcil Éditions, sortie en juillet 2017, avec comme argument de vente principal la présence des gags censurés, ceux qu'aucun éditeur traditionnel ne toucherait avec des pincettes. Un objet militant autant que commercial, en somme.
Le personnage central du blog — et donc de l'album — est ce renard à la tête ronde et au sourcil expressif qui navigue dans une société dont il croque les clichés avec une bienveillance inversement proportionnelle à son sens de la nuance. Pas de récit suivi, pas d'arc narratif : on est dans le strip pur, le gag en une poignée de cases, avec une chute qui soit fait mouche, soit tombe à plat, selon l'humeur du jour et la tolérance du lecteur. Tuybens assume lui-même le graphisme volontairement rudimentaire — « je fais des dessins simples parce que je ne sais pas faire autrement » a-t-il dit dans une interview de 2015 — ce qui a le mérite de la franchise, mais reste un vrai frein pour quiconque cherche une expérience visuelle un tant soit peu élaborée.
L'album fait cent dix pages en grand format cartonné (30 x 23 cm), couleurs, avec quelques collaborations signées DJ Caesar Jean et Yannick John, ce qui donne par endroits une légère variation de registre bienvenue. Le tout se lit en une heure, facilement, et c'est à la fois sa force et sa limite : ça glisse, ça ne résiste pas, ça ne laisse pas grand-chose. C'est le format snack par excellence, l'équivalent BD du feed Instagram humoristique, pensé pour l'attention fragmentée d'un public qui connaît déjà l'univers. Celui qui arrive sans avoir jamais croisé le blog risque de se sentir un peu largué, pas tant par la complexité que par la familiarité de ton que réclame ce type d'humour pour vraiment fonctionner.
Ce qui marche, marche bien : certains strips ont ce timing parfait qui caractérise les meilleures Idées noires de Franquin : la chute qu'on n'a pas vu venir, le malaise élégamment dosé, le dessin ingénument mignon qui amplifie la noirceur du propos. D'autres, et ce n'est pas une minorité, donnent l'impression d'une blague qui aurait mieux vécu dans le contexte du blog, avec les commentaires chauds et la complicité de la communauté pour amortir les ratés. Sur papier, sans ce filet de sécurité, certains gags restent en suspens, ni vraiment drôles ni franchement choquants, juste légèrement inconfortables… et pas dans le bon sens.
Les fameux strips censurés, eux, tiennent leur promesse d'inconfort. Qu'on les trouve brillants ou lourdingues dépendra entièrement de son rapport à l'humour trash, dans la lignée du Cyanide & Happiness américain plutôt que de la tradition franco-belge. En tout cas, ils justifient l'existence de cette édition autopubliée, qui n'aurait aucune raison d'être autrement que comme simple réédition.
Au fond, Histoires ultimes du Piratesourcil est un album honnête dans ses ambitions : il ne prétend pas à autre chose qu'être le livre-souvenir d'une aventure web, une version augmentée et définitive destinée aux fans. Pour eux, c'est une belle conclusion. Pour les autres, c'est une curiosité sympathique mais dispensable, qui dit beaucoup sur ce que le blog BD des années 2010 pouvait faire de mieux et de plus bancal à la fois.
Le problème, c'est que ce filtre éditorial qui lui manquait, il a fini par lui coûter cher. En 2012, après un strip traitant de pédophilie sur le ton de l'humour le plus noir qui soit, la gendarmerie a débarqué chez lui, saisi son matériel, et l'OCLCTIC (l'office de police en charge de la cybercriminalité) a ouvert une enquête. L'affaire s'est terminée par l'auto-censure de plusieurs planches, récupération du matos, et probablement une belle montée d'adrénaline dont il se serait bien passé. C'est directement de là que naît l'idée de ces Histoires ultimes du Piratesourcil : une intégrale autopubliée via Ulule sous sa propre enseigne, Sourcil Éditions, sortie en juillet 2017, avec comme argument de vente principal la présence des gags censurés, ceux qu'aucun éditeur traditionnel ne toucherait avec des pincettes. Un objet militant autant que commercial, en somme.
Le personnage central du blog — et donc de l'album — est ce renard à la tête ronde et au sourcil expressif qui navigue dans une société dont il croque les clichés avec une bienveillance inversement proportionnelle à son sens de la nuance. Pas de récit suivi, pas d'arc narratif : on est dans le strip pur, le gag en une poignée de cases, avec une chute qui soit fait mouche, soit tombe à plat, selon l'humeur du jour et la tolérance du lecteur. Tuybens assume lui-même le graphisme volontairement rudimentaire — « je fais des dessins simples parce que je ne sais pas faire autrement » a-t-il dit dans une interview de 2015 — ce qui a le mérite de la franchise, mais reste un vrai frein pour quiconque cherche une expérience visuelle un tant soit peu élaborée.
L'album fait cent dix pages en grand format cartonné (30 x 23 cm), couleurs, avec quelques collaborations signées DJ Caesar Jean et Yannick John, ce qui donne par endroits une légère variation de registre bienvenue. Le tout se lit en une heure, facilement, et c'est à la fois sa force et sa limite : ça glisse, ça ne résiste pas, ça ne laisse pas grand-chose. C'est le format snack par excellence, l'équivalent BD du feed Instagram humoristique, pensé pour l'attention fragmentée d'un public qui connaît déjà l'univers. Celui qui arrive sans avoir jamais croisé le blog risque de se sentir un peu largué, pas tant par la complexité que par la familiarité de ton que réclame ce type d'humour pour vraiment fonctionner.
Ce qui marche, marche bien : certains strips ont ce timing parfait qui caractérise les meilleures Idées noires de Franquin : la chute qu'on n'a pas vu venir, le malaise élégamment dosé, le dessin ingénument mignon qui amplifie la noirceur du propos. D'autres, et ce n'est pas une minorité, donnent l'impression d'une blague qui aurait mieux vécu dans le contexte du blog, avec les commentaires chauds et la complicité de la communauté pour amortir les ratés. Sur papier, sans ce filet de sécurité, certains gags restent en suspens, ni vraiment drôles ni franchement choquants, juste légèrement inconfortables… et pas dans le bon sens.
Les fameux strips censurés, eux, tiennent leur promesse d'inconfort. Qu'on les trouve brillants ou lourdingues dépendra entièrement de son rapport à l'humour trash, dans la lignée du Cyanide & Happiness américain plutôt que de la tradition franco-belge. En tout cas, ils justifient l'existence de cette édition autopubliée, qui n'aurait aucune raison d'être autrement que comme simple réédition.
Au fond, Histoires ultimes du Piratesourcil est un album honnête dans ses ambitions : il ne prétend pas à autre chose qu'être le livre-souvenir d'une aventure web, une version augmentée et définitive destinée aux fans. Pour eux, c'est une belle conclusion. Pour les autres, c'est une curiosité sympathique mais dispensable, qui dit beaucoup sur ce que le blog BD des années 2010 pouvait faire de mieux et de plus bancal à la fois.
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