Hercule
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La Grèce revue par John Musker et Ron Clements avait de quoi faire lever un sourcil, surtout quand on se souvenait que Disney, à cette époque, se cherchait encore entre tradition et modernité clinquante. L'annonce d'un récit mythologique dynamité façon blockbuster animé promettait au moins un certain dépaysement, et même en VF, la distribution restait suffisamment solide pour imaginer quelque chose d'enthousiasmant. Après tout, la mythologie grecque, c'est un buffet à volonté : des monstres, des rivalités divines, du tragique, du burlesque, tout y est. Je m'attendais donc à un film foisonnant, voire un peu déraisonnable, mais avec un minimum de respect pour les potentialités du mythe.
Le récit commence avec Hercule, fils de Zeus, victime d'un complot d'Hadès qui rêve d'un putsch olympien. Les sbires Peine et Panique, chargés de l'éliminer à coups de potion magique, ratent évidemment leur mission : le gamin devient mortel, mais garde une force phénoménale. Élevé par un couple de fermiers, il grandit avec l'énergie maladroite d'un adolescent qui casse plus de colonnes qu'il n'en touche. Quand il apprend enfin la vérité sur ses origines, il part suivre l'entraînement de Philoctète, ici porté par la voix très reconnaissable de Patrick Timsit, puis croise la route de Mégara, dont la duplicité initiale aurait pu être un ressort dramatique intéressant. De là, succession de combats, de quêtes, de chansons, jusqu'à un affrontement final contre les Titans libérés par Hadès.
Sur le papier, ça devrait fonctionner. En réalité, le scénario multiplie les idées sans jamais en développer une seule correctement. Le film hésite en permanence entre une parodie moderne et une aventure mythologique sincère, sans oser trancher. Résultat : le rythme part dans tous les sens, les ruptures de ton s'enchaînent et on n'a jamais l'impression que l'histoire sait vraiment où elle va. Et puis, soyons honnêtes : je n'avais déjà pas aimé Aladdin (humour lourdingue, personnages moches, ambiance braillarde)… eh bien ici, c'est pareil, en pire. La moindre tentative de tension dramatique est immédiatement pulvérisée par une vanne, un clin d'œil « contemporain » ou une chanson qui tombe comme un cheveu dans une amphore.
Les personnages n'aident pas. Hercule alterne constamment entre gentillesse maladroite et suffisance agaçante, sans progression convaincante. Mégara, qui aurait pu apporter de la nuance, se retrouve coincée dans une écriture qui la réduit à une posture sarcastique perpétuelle. Philoctète oscille entre mentor bougon et mascotte surexcitée, ce qui finit par épuiser. Quant à Hadès, il est amusant sur le moment, mais son ton moderne détonne tellement dans l'univers qu'il en casse l'immersion à chaque apparition. Même les Moires, qui sont pourtant des figures glaçantes dans les récits antiques, finissent ici en trio de comiques cartoonesques. Personne n'est vraiment insupportable, mais personne n'existe vraiment non plus.
Les thèmes, eux aussi, sont traités de manière superficielle. L'héroïsme, l'identité, la filiation… tout cela aurait pu donner quelque chose d'un peu ambitieux. Mais le film simplifie tout : l'héroïsme devient synonyme de popularité, la notion de destin tient du gadget scénaristique, et la dimension sacrée des dieux est réduite à quelques apparitions décoratives. On sent pourtant que Disney avait brièvement envisagé un ton plus sérieux (certaines premières versions du projet étaient nettement plus sombres), mais tout a été écrasé sous la volonté de faire « fun » avant tout. Au final, le mythe grec sert surtout de toile de fond à une sorte d'émission musicale animée.
Visuellement, quelques idées valent le détour. La patte graphique est directement inspirée des dessins de Gerald Scarfe, caricaturiste du Sunday times qui avait déjà travaillé sur Pink Floyd : the wall. D'où ces formes anguleuses, ces profils déformés, cette énergie nerveuse. C'est original, oui, mais ça ne crée pas un univers cohérent : certaines scènes sont superbes, d'autres semblent sorties d'un cahier de recherches non finalisé. Et si la séquence de l'Hydre avait impressionné en 1997 avec son mélange d'animation traditionnelle et d'images de synthèse, elle a pris un coup de vieux que même la nostalgie ne rattrape pas.
La bande-son, signée Alan Menken, s'appuie sur le gospel pour dynamiter la narration. Idée audacieuse… mais franchement discutée dès la sortie du film. Les Muses prennent tellement de place qu'on a parfois l'impression d'assister à un concert intercalé dans une aventure mythologique, et pas forcément dans le bon sens. Le style musical ne colle pas du tout à l'ambiance grecque, et les interruptions permanentes n'aident absolument pas à donner du souffle à l'histoire.
Du côté des performances, les comédiens sont investis, et certains sauvent littéralement des scènes qui se seraient effondrées sans eux. Patrick Timsit impose un ton reconnaissable à Philoctète, Hadès fonctionne plutôt bien, Mégara a un charme certain… mais aucun n'a vraiment les moyens de s'élever au-dessus d'une écriture qui hésite constamment entre caricature et demi-sérieux. On sent de la volonté, mais le film ne leur offre pas un terrain suffisamment solide.
Tout cela laisse au final une impression curieuse : un spectacle bruyant, sympathique par moments, mais affreusement inégal et souvent fatigant. On perçoit les ambitions, les tentatives, les idées (certaines vraiment intéressantes), mais tout est noyé dans un mélange de gags insistants, de chansons mal placées et de choix esthétiques qui ne se mettent jamais d'accord entre eux. Ce n'est pas tout à fait un désastre, mais c'est clairement un Disney mineur, brisé par un manque de cohésion. Hercule reste un divertissement tiède, bruyant et trop brouillon pour laisser une vraie trace.
Le récit commence avec Hercule, fils de Zeus, victime d'un complot d'Hadès qui rêve d'un putsch olympien. Les sbires Peine et Panique, chargés de l'éliminer à coups de potion magique, ratent évidemment leur mission : le gamin devient mortel, mais garde une force phénoménale. Élevé par un couple de fermiers, il grandit avec l'énergie maladroite d'un adolescent qui casse plus de colonnes qu'il n'en touche. Quand il apprend enfin la vérité sur ses origines, il part suivre l'entraînement de Philoctète, ici porté par la voix très reconnaissable de Patrick Timsit, puis croise la route de Mégara, dont la duplicité initiale aurait pu être un ressort dramatique intéressant. De là, succession de combats, de quêtes, de chansons, jusqu'à un affrontement final contre les Titans libérés par Hadès.
Sur le papier, ça devrait fonctionner. En réalité, le scénario multiplie les idées sans jamais en développer une seule correctement. Le film hésite en permanence entre une parodie moderne et une aventure mythologique sincère, sans oser trancher. Résultat : le rythme part dans tous les sens, les ruptures de ton s'enchaînent et on n'a jamais l'impression que l'histoire sait vraiment où elle va. Et puis, soyons honnêtes : je n'avais déjà pas aimé Aladdin (humour lourdingue, personnages moches, ambiance braillarde)… eh bien ici, c'est pareil, en pire. La moindre tentative de tension dramatique est immédiatement pulvérisée par une vanne, un clin d'œil « contemporain » ou une chanson qui tombe comme un cheveu dans une amphore.
Les personnages n'aident pas. Hercule alterne constamment entre gentillesse maladroite et suffisance agaçante, sans progression convaincante. Mégara, qui aurait pu apporter de la nuance, se retrouve coincée dans une écriture qui la réduit à une posture sarcastique perpétuelle. Philoctète oscille entre mentor bougon et mascotte surexcitée, ce qui finit par épuiser. Quant à Hadès, il est amusant sur le moment, mais son ton moderne détonne tellement dans l'univers qu'il en casse l'immersion à chaque apparition. Même les Moires, qui sont pourtant des figures glaçantes dans les récits antiques, finissent ici en trio de comiques cartoonesques. Personne n'est vraiment insupportable, mais personne n'existe vraiment non plus.
Les thèmes, eux aussi, sont traités de manière superficielle. L'héroïsme, l'identité, la filiation… tout cela aurait pu donner quelque chose d'un peu ambitieux. Mais le film simplifie tout : l'héroïsme devient synonyme de popularité, la notion de destin tient du gadget scénaristique, et la dimension sacrée des dieux est réduite à quelques apparitions décoratives. On sent pourtant que Disney avait brièvement envisagé un ton plus sérieux (certaines premières versions du projet étaient nettement plus sombres), mais tout a été écrasé sous la volonté de faire « fun » avant tout. Au final, le mythe grec sert surtout de toile de fond à une sorte d'émission musicale animée.
Visuellement, quelques idées valent le détour. La patte graphique est directement inspirée des dessins de Gerald Scarfe, caricaturiste du Sunday times qui avait déjà travaillé sur Pink Floyd : the wall. D'où ces formes anguleuses, ces profils déformés, cette énergie nerveuse. C'est original, oui, mais ça ne crée pas un univers cohérent : certaines scènes sont superbes, d'autres semblent sorties d'un cahier de recherches non finalisé. Et si la séquence de l'Hydre avait impressionné en 1997 avec son mélange d'animation traditionnelle et d'images de synthèse, elle a pris un coup de vieux que même la nostalgie ne rattrape pas.
La bande-son, signée Alan Menken, s'appuie sur le gospel pour dynamiter la narration. Idée audacieuse… mais franchement discutée dès la sortie du film. Les Muses prennent tellement de place qu'on a parfois l'impression d'assister à un concert intercalé dans une aventure mythologique, et pas forcément dans le bon sens. Le style musical ne colle pas du tout à l'ambiance grecque, et les interruptions permanentes n'aident absolument pas à donner du souffle à l'histoire.
Du côté des performances, les comédiens sont investis, et certains sauvent littéralement des scènes qui se seraient effondrées sans eux. Patrick Timsit impose un ton reconnaissable à Philoctète, Hadès fonctionne plutôt bien, Mégara a un charme certain… mais aucun n'a vraiment les moyens de s'élever au-dessus d'une écriture qui hésite constamment entre caricature et demi-sérieux. On sent de la volonté, mais le film ne leur offre pas un terrain suffisamment solide.
Tout cela laisse au final une impression curieuse : un spectacle bruyant, sympathique par moments, mais affreusement inégal et souvent fatigant. On perçoit les ambitions, les tentatives, les idées (certaines vraiment intéressantes), mais tout est noyé dans un mélange de gags insistants, de chansons mal placées et de choix esthétiques qui ne se mettent jamais d'accord entre eux. Ce n'est pas tout à fait un désastre, mais c'est clairement un Disney mineur, brisé par un manque de cohésion. Hercule reste un divertissement tiède, bruyant et trop brouillon pour laisser une vraie trace.
Ma note39%
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