Insoluble mais vrai !
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La vulgarisation scientifique a longtemps souffert d'un double problème : soit elle s'adressait aux initiés et perdait le grand public en route, soit elle se voulait tellement accessible qu'elle finissait par raconter n'importe quoi avec enthousiasme. David Louapre, lui, joue dans une troisième catégorie : celle des gens sérieux qui savent expliquer sérieusement. Docteur en physique, spécialiste de la gravité quantique reconverti dans la recherche sur les matériaux chez Saint-Gobain, il a créé en 2010 le blog Science étonnante, devenu depuis l'une des chaînes YouTube scientifiques les plus suivies du paysage francophone avec près de 300 000 abonnés à l'époque de la sortie de ce livre. La récompense a suivi : le prix Jean-Perrin de la Société française de physique lui a été décerné en 2016 pour sa contribution à la médiation scientifique, avant même que ce second ouvrage ne voie le jour. Un astéroïde porte même son nom — le (31426) Davidlouapre — ce qui est une façon assez définitive d'entrer dans l'histoire.
Insoluble mais vrai ! est donc son deuxième livre, un an après Mais qui a attrapé le bison de Higgs ?. La maquette est quasiment identique : même format, même esprit, même illustratrice Lison Bernet, avec du rose en lieu et place du bleu. Le signal est clair : on ne réinvente pas la formule, on la reconduit. Ce qui est à la fois rassurant et légèrement paresseux.
Le principe est simple et plutôt malin : plutôt que de répondre à des questions scientifiques comme le faisait le premier tome, Louapre s'attaque ici aux questions auxquelles la science ne sait pas encore répondre. Dix-huit chapitres, dix-huit énigmes ouvertes, en provenance de disciplines aussi diverses que les mathématiques, la physique fondamentale, la biologie et même la linguistique. Pourquoi dort-on ? Qu'est-ce que l'énergie noire ? Comment la vie est-elle apparue ? D'où vient le basque (langue dont l'origine demeure l'un des mystères les plus solides de la linguistique mondiale ?) Pourquoi vieillit-on ? Où sont les extraterrestres ? Chaque chapitre pose la question, installe son cadre conceptuel, décrit l'état des réflexions actuelles, et s'arrête là ; parce que c'est le principe. On ne sait pas. Fin du chapitre. Suivant.
C'est à la fois la grande force du livre et sa principale limite. La force, parce qu'il y a quelque chose d'intellectuellement honnête et même de jubilatoire dans cette idée que la science est essentiellement une discipline de l'interrogation plutôt que de la certitude ; qu'elle affirme finalement peu et s'interroge beaucoup. On referme chaque chapitre avec le sentiment d'avoir aperçu un gouffre, et il faut admettre que c'est stimulant. La limite, en revanche, c'est que le lecteur déjà un peu familier de la vulgarisation scientifique aura l'impression de reconnaître le terrain : les nombres premiers, le paradoxe du Soleil pâle, l'avant Big Bang, les décimales de ?, l'origine de la vie... Ce sont des marronniers du genre, et Louapre ne les renouvelle pas vraiment. On n'attendait peut-être pas Borges, mais un peu plus d'audace dans le choix des sujets n'aurait pas nui.
La qualité d'écriture, elle, est correcte sans être éblouissante. Louapre est un excellent pédagogue, ça se sent : il sait prendre une notion complexe par le bon bout et la rendre digeste sans la trahir. Mais il est visiblement plus à l'aise devant une caméra qu'avec une feuille blanche. Certaines formulations se révèlent légèrement alambiquées, quelques phrases demandent une deuxième lecture pour des raisons de forme plutôt que de fond. Rien de rédhibitoire, mais on sent que la vidéo reste son médium naturel. Les chapitres les plus réussis — celui sur le basque, celui sur le sommeil, celui sur le paradoxe de Fermi et les extraterrestres — sont aussi ceux où l'auteur semble le plus habité par son sujet. Le problème des déménageurs, en revanche, un casse-tête géométrique sur le déplacement d'un canapé dans un couloir, sonne creux à côté du reste.
Une petite curiosité technique a été relevée par des lecteurs exigeants : deux pseudo-démonstrations mathématiques sur les multiples entiers de 1/9, censées illustrer que 0,9999... est égal à 1, sont suffisamment approximatives pour faire sourciller ; ce qui est un comble dans un livre signé par un docteur en physique. Ce n'est pas une faute grave, mais c'est le genre de détail qui rappelle qu'entre l'oral et l'écrit, la relecture technique a ses exigences propres.
Au fond, Insoluble mais vrai ! est un bon livre de vulgarisation : honnête, pédagogique, stimulant par intermittences. Il ne révolutionne pas le genre, il ne transcende pas son propre auteur, mais il remplit correctement son office : donner envie de creuser, de se demander, de regarder une prochaine vidéo de la chaîne. Ce qui est peut-être, au fond, son vrai objectif. On ne va pas s'en plaindre.
Insoluble mais vrai ! est donc son deuxième livre, un an après Mais qui a attrapé le bison de Higgs ?. La maquette est quasiment identique : même format, même esprit, même illustratrice Lison Bernet, avec du rose en lieu et place du bleu. Le signal est clair : on ne réinvente pas la formule, on la reconduit. Ce qui est à la fois rassurant et légèrement paresseux.
Le principe est simple et plutôt malin : plutôt que de répondre à des questions scientifiques comme le faisait le premier tome, Louapre s'attaque ici aux questions auxquelles la science ne sait pas encore répondre. Dix-huit chapitres, dix-huit énigmes ouvertes, en provenance de disciplines aussi diverses que les mathématiques, la physique fondamentale, la biologie et même la linguistique. Pourquoi dort-on ? Qu'est-ce que l'énergie noire ? Comment la vie est-elle apparue ? D'où vient le basque (langue dont l'origine demeure l'un des mystères les plus solides de la linguistique mondiale ?) Pourquoi vieillit-on ? Où sont les extraterrestres ? Chaque chapitre pose la question, installe son cadre conceptuel, décrit l'état des réflexions actuelles, et s'arrête là ; parce que c'est le principe. On ne sait pas. Fin du chapitre. Suivant.
C'est à la fois la grande force du livre et sa principale limite. La force, parce qu'il y a quelque chose d'intellectuellement honnête et même de jubilatoire dans cette idée que la science est essentiellement une discipline de l'interrogation plutôt que de la certitude ; qu'elle affirme finalement peu et s'interroge beaucoup. On referme chaque chapitre avec le sentiment d'avoir aperçu un gouffre, et il faut admettre que c'est stimulant. La limite, en revanche, c'est que le lecteur déjà un peu familier de la vulgarisation scientifique aura l'impression de reconnaître le terrain : les nombres premiers, le paradoxe du Soleil pâle, l'avant Big Bang, les décimales de ?, l'origine de la vie... Ce sont des marronniers du genre, et Louapre ne les renouvelle pas vraiment. On n'attendait peut-être pas Borges, mais un peu plus d'audace dans le choix des sujets n'aurait pas nui.
La qualité d'écriture, elle, est correcte sans être éblouissante. Louapre est un excellent pédagogue, ça se sent : il sait prendre une notion complexe par le bon bout et la rendre digeste sans la trahir. Mais il est visiblement plus à l'aise devant une caméra qu'avec une feuille blanche. Certaines formulations se révèlent légèrement alambiquées, quelques phrases demandent une deuxième lecture pour des raisons de forme plutôt que de fond. Rien de rédhibitoire, mais on sent que la vidéo reste son médium naturel. Les chapitres les plus réussis — celui sur le basque, celui sur le sommeil, celui sur le paradoxe de Fermi et les extraterrestres — sont aussi ceux où l'auteur semble le plus habité par son sujet. Le problème des déménageurs, en revanche, un casse-tête géométrique sur le déplacement d'un canapé dans un couloir, sonne creux à côté du reste.
Une petite curiosité technique a été relevée par des lecteurs exigeants : deux pseudo-démonstrations mathématiques sur les multiples entiers de 1/9, censées illustrer que 0,9999... est égal à 1, sont suffisamment approximatives pour faire sourciller ; ce qui est un comble dans un livre signé par un docteur en physique. Ce n'est pas une faute grave, mais c'est le genre de détail qui rappelle qu'entre l'oral et l'écrit, la relecture technique a ses exigences propres.
Au fond, Insoluble mais vrai ! est un bon livre de vulgarisation : honnête, pédagogique, stimulant par intermittences. Il ne révolutionne pas le genre, il ne transcende pas son propre auteur, mais il remplit correctement son office : donner envie de creuser, de se demander, de regarder une prochaine vidéo de la chaîne. Ce qui est peut-être, au fond, son vrai objectif. On ne va pas s'en plaindre.
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