If wishes could kill
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Une application qui exauce les vœux avant de lancer un compte à rebours mortel : sur le papier, If wishes could kill avait tout du bonbon empoisonné idéal. Série sud-coréenne de Park Young-Soo, sortie en 2026, elle s’inscrit dans cette vague de productions Netflix venues de Corée qui mélangent adolescence, fantastique, trauma collectif et horreur très codifiée. Le casting, porté notamment par Jeon So-young, Kang Mi-na et Baek Sun-ho, évolue dans un univers de lycée où le téléphone devient à la fois gri-gri, piège et juge d’instruction surnaturel. Dit comme ça, on pense forcément à Red rose, à Choose or die, voire à une version plus adolescente et numérique de Destination finale. Une promesse simple, efficace, presqu'irrésistible.
L’idée de départ est même franchement excitante. Une mystérieuse application apparaît, propose d’exaucer un souhait, puis fait payer la facture avec une ponctualité de notaire démoniaque. Un groupe d’ados se retrouve alors embarqué dans une mécanique de survie où chaque désir, chaque frustration, chaque petite lâcheté peut se transformer en condamnation. Le concept fonctionne parce qu’il touche quelque chose de très contemporain : cette tentation absurde de croire qu’une interface peut résoudre nos vies en trois clics, comme si le destin avait enfin une version premium sans publicité. Les deux premiers épisodes exploitent assez bien cette idée. Le mystère intrigue, les règles semblent s’installer, le danger a une forme, et l’on se surprend à espérer une petite série vicieuse, tendue, capable de jouer autant sur la technologie que sur la culpabilité adolescente.
Puis, patatras. Au lieu de creuser cette piste, If wishes could kill bifurque progressivement vers une épouvante de possession vue mille fois. Pas une possession habitée, dérangeante, vraiment malsaine, à la L’exorciste ou même dans une veine plus moderne façon The strangers. Non : plutôt la possession automatique, avec regards possédés, voix qui changent, comportements bizarres, corps qui se tordent parce que le scénario ne sait plus quoi faire de son application. Ce qui était au départ une idée techno-horrifique plutôt stimulante devient une soupe surnaturelle très balisée, comme si la série avait lancé son propre vœu : « je veux devenir beaucoup moins intéressante à partir de l’épisode 3 ».
Le scénario donne alors l’impression de se dégonfler. Les règles du jeu perdent en netteté, les révélations arrivent sans véritable élégance, et les enjeux émotionnels restent trop souvent plaqués sur les personnages plutôt que vécus par eux. Le problème n’est pas que la série utilise des clichés : l’horreur en vit, les recycle, les maquille, les ressuscite tous les cinq ans avec une nouvelle coupe de cheveux. Le problème, c’est qu’elle les utilise sans assez de personnalité. L’application maudite aurait pu être un formidable miroir des désirs adolescents, de la pression sociale, du ressentiment, de cette brutalité très particulière des groupes où tout le monde veut être vu sans jamais être vulnérable. Mais la série préfère empiler des scènes d’effroi assez mécaniques, comme si le fantastique devait forcément écraser la petite idée cruelle du départ.
Les personnages n’aident pas beaucoup. On sent bien que la série veut leur donner des blessures, des dilemmes, des secrets, tout le kit de survie du teen drama surnaturel. Mais leur développement reste trop fonctionnel. Ils existent souvent pour activer une situation, provoquer une conséquence, lancer une dispute ou rappeler qu’un compte à rebours tourne. Les relations auraient pu être plus venimeuses, plus ambiguës, plus douloureuses. Au lieu de ça, on reste dans des archétypes assez sages : l’ado fragile, l’ami loyal, le personnage suspect, celui ou celle qui cache quelque chose. Rien d’infamant en soi, mais rien qui imprime durablement non plus. À côté de All of us are dead, qui savait transformer son lycée en cocotte-minute sociale et émotionnelle, If wishes could kill paraît souvent jouer dans un décor de crise plutôt que dans une vraie tragédie adolescente.
Les thèmes, pourtant, étaient là. Le désir, évidemment. Le prix à payer. La responsabilité. La façon dont les adolescents projettent dans le numérique leurs frustrations, leurs haines, leurs fantasmes de réparation immédiate. La série convoque aussi des éléments liés au chamanisme coréen, ce qui aurait pu lui donner une couleur plus singulière, surtout après le succès récent de films comme Exhuma. Mais cette dimension reste trop rarement organique. Elle arrive davantage comme une couche mythologique supplémentaire que comme une vraie colonne vertébrale. On sent l’envie de relier modernité technologique et croyances anciennes, smartphone et malédiction, notification et rituel. C’était une belle piste. Elle finit malheureusement traitée comme un raccourci narratif, pas comme une vision.
La mise en scène, elle, ne sauve pas grand-chose. Les deux premiers épisodes bénéficient encore d’une certaine efficacité : cadrages propres, tension correcte, mystère suffisamment entretenu. Ensuite, l’ensemble devient plat, parfois franchement maladroit. L’épouvante manque d’impact, les scènes censées faire peur semblent souvent téléphonées, et la photographie ne trouve jamais vraiment d’identité forte. Ce n’est ni assez stylisé pour être fascinant, ni assez brut pour être inquiétant. La bande-son souligne beaucoup, parfois trop, comme si elle essayait de pousser le spectateur dans le dos en criant : « Là, normalement, tu dois avoir peur ». Quant aux effets spéciaux et aux manifestations surnaturelles, ils font le travail minimum, mais sans cette petite trouvaille visuelle qui permettrait de pardonner le reste. On reste dans un catalogue de gestes horrifiques déjà vus, rangés dans le bon ordre, mais sans fièvre.
Côté interprétation, difficile de passer à côté du problème : beaucoup de scènes sonnent faux. Les émotions paraissent appuyées, les réactions parfois mécaniques, et les moments de panique ou de possession virent trop souvent au surjeu. Je ne dis pas que tout est catastrophique. Certains instants plus calmes fonctionnent mieux, surtout quand les personnages n’ont pas à hurler, trembler ou regarder dans le vide comme s’ils venaient de lire les conditions générales d’utilisation de l’Enfer. Mais dès que la série bascule dans l’intensité, elle perd en crédibilité. On ne ressent plus la terreur, on voit l’effort.
Le plus frustrant, c’est que If wishes could kill n’est pas ratée dès le départ. Elle commence même avec assez de nerf pour donner envie d’y croire. Les deux premiers épisodes font miroiter une série noire, ludique, peut-être cruelle, sur cette vieille idée fantastique du souhait qui se retourne contre celui qui l’a formulé. Puis elle choisit le chemin le moins intéressant, celui de l’épouvante générique, de la possession sans surprise, des révélations molles et des personnages qui s’agitent plus qu’ils ne vivent. À l’arrivée, c’est moins une catastrophe qu’un gros gâchis : le genre de série qu’on regarde en se disant régulièrement qu’elle aurait pu être beaucoup mieux avec trois idées en plus, deux épisodes en moins et une vraie confiance dans son concept de départ.
L’idée de départ est même franchement excitante. Une mystérieuse application apparaît, propose d’exaucer un souhait, puis fait payer la facture avec une ponctualité de notaire démoniaque. Un groupe d’ados se retrouve alors embarqué dans une mécanique de survie où chaque désir, chaque frustration, chaque petite lâcheté peut se transformer en condamnation. Le concept fonctionne parce qu’il touche quelque chose de très contemporain : cette tentation absurde de croire qu’une interface peut résoudre nos vies en trois clics, comme si le destin avait enfin une version premium sans publicité. Les deux premiers épisodes exploitent assez bien cette idée. Le mystère intrigue, les règles semblent s’installer, le danger a une forme, et l’on se surprend à espérer une petite série vicieuse, tendue, capable de jouer autant sur la technologie que sur la culpabilité adolescente.
Puis, patatras. Au lieu de creuser cette piste, If wishes could kill bifurque progressivement vers une épouvante de possession vue mille fois. Pas une possession habitée, dérangeante, vraiment malsaine, à la L’exorciste ou même dans une veine plus moderne façon The strangers. Non : plutôt la possession automatique, avec regards possédés, voix qui changent, comportements bizarres, corps qui se tordent parce que le scénario ne sait plus quoi faire de son application. Ce qui était au départ une idée techno-horrifique plutôt stimulante devient une soupe surnaturelle très balisée, comme si la série avait lancé son propre vœu : « je veux devenir beaucoup moins intéressante à partir de l’épisode 3 ».
Le scénario donne alors l’impression de se dégonfler. Les règles du jeu perdent en netteté, les révélations arrivent sans véritable élégance, et les enjeux émotionnels restent trop souvent plaqués sur les personnages plutôt que vécus par eux. Le problème n’est pas que la série utilise des clichés : l’horreur en vit, les recycle, les maquille, les ressuscite tous les cinq ans avec une nouvelle coupe de cheveux. Le problème, c’est qu’elle les utilise sans assez de personnalité. L’application maudite aurait pu être un formidable miroir des désirs adolescents, de la pression sociale, du ressentiment, de cette brutalité très particulière des groupes où tout le monde veut être vu sans jamais être vulnérable. Mais la série préfère empiler des scènes d’effroi assez mécaniques, comme si le fantastique devait forcément écraser la petite idée cruelle du départ.
Les personnages n’aident pas beaucoup. On sent bien que la série veut leur donner des blessures, des dilemmes, des secrets, tout le kit de survie du teen drama surnaturel. Mais leur développement reste trop fonctionnel. Ils existent souvent pour activer une situation, provoquer une conséquence, lancer une dispute ou rappeler qu’un compte à rebours tourne. Les relations auraient pu être plus venimeuses, plus ambiguës, plus douloureuses. Au lieu de ça, on reste dans des archétypes assez sages : l’ado fragile, l’ami loyal, le personnage suspect, celui ou celle qui cache quelque chose. Rien d’infamant en soi, mais rien qui imprime durablement non plus. À côté de All of us are dead, qui savait transformer son lycée en cocotte-minute sociale et émotionnelle, If wishes could kill paraît souvent jouer dans un décor de crise plutôt que dans une vraie tragédie adolescente.
Les thèmes, pourtant, étaient là. Le désir, évidemment. Le prix à payer. La responsabilité. La façon dont les adolescents projettent dans le numérique leurs frustrations, leurs haines, leurs fantasmes de réparation immédiate. La série convoque aussi des éléments liés au chamanisme coréen, ce qui aurait pu lui donner une couleur plus singulière, surtout après le succès récent de films comme Exhuma. Mais cette dimension reste trop rarement organique. Elle arrive davantage comme une couche mythologique supplémentaire que comme une vraie colonne vertébrale. On sent l’envie de relier modernité technologique et croyances anciennes, smartphone et malédiction, notification et rituel. C’était une belle piste. Elle finit malheureusement traitée comme un raccourci narratif, pas comme une vision.
La mise en scène, elle, ne sauve pas grand-chose. Les deux premiers épisodes bénéficient encore d’une certaine efficacité : cadrages propres, tension correcte, mystère suffisamment entretenu. Ensuite, l’ensemble devient plat, parfois franchement maladroit. L’épouvante manque d’impact, les scènes censées faire peur semblent souvent téléphonées, et la photographie ne trouve jamais vraiment d’identité forte. Ce n’est ni assez stylisé pour être fascinant, ni assez brut pour être inquiétant. La bande-son souligne beaucoup, parfois trop, comme si elle essayait de pousser le spectateur dans le dos en criant : « Là, normalement, tu dois avoir peur ». Quant aux effets spéciaux et aux manifestations surnaturelles, ils font le travail minimum, mais sans cette petite trouvaille visuelle qui permettrait de pardonner le reste. On reste dans un catalogue de gestes horrifiques déjà vus, rangés dans le bon ordre, mais sans fièvre.
Côté interprétation, difficile de passer à côté du problème : beaucoup de scènes sonnent faux. Les émotions paraissent appuyées, les réactions parfois mécaniques, et les moments de panique ou de possession virent trop souvent au surjeu. Je ne dis pas que tout est catastrophique. Certains instants plus calmes fonctionnent mieux, surtout quand les personnages n’ont pas à hurler, trembler ou regarder dans le vide comme s’ils venaient de lire les conditions générales d’utilisation de l’Enfer. Mais dès que la série bascule dans l’intensité, elle perd en crédibilité. On ne ressent plus la terreur, on voit l’effort.
Le plus frustrant, c’est que If wishes could kill n’est pas ratée dès le départ. Elle commence même avec assez de nerf pour donner envie d’y croire. Les deux premiers épisodes font miroiter une série noire, ludique, peut-être cruelle, sur cette vieille idée fantastique du souhait qui se retourne contre celui qui l’a formulé. Puis elle choisit le chemin le moins intéressant, celui de l’épouvante générique, de la possession sans surprise, des révélations molles et des personnages qui s’agitent plus qu’ils ne vivent. À l’arrivée, c’est moins une catastrophe qu’un gros gâchis : le genre de série qu’on regarde en se disant régulièrement qu’elle aurait pu être beaucoup mieux avec trois idées en plus, deux épisodes en moins et une vraie confiance dans son concept de départ.
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