Hurricanes
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Le foot et le dessin animé, c'est une combinaison qui peut produire des chefs-d'œuvre (Olive et Tom en est la preuve absolue) ou des accidents industriels soigneusement emballés. Hurricanes, série d'animation britannico-américano-canadienne diffusée à partir de 1993 et débarquée sur M6 Kid l'année suivante, appartient résolument à la seconde catégorie. Pilotée par Stan Phillips, réalisateur américain venu d'un circuit télévisuel rotatif où il avait déjà œuvré sur Les vrais chasseurs de fantômes et Capitaine Planète, la série convoque une équipe internationale de footballeurs à la réputation douteuse pour tenter de faire vibrer les gamins du monde entier. Le résultat est, au mieux, un honnête passe-temps.
L'histoire de départ n'est pourtant pas sans intérêt. Amanda Carey, seize ans, hérite des Hurricanes (club logé sur l'île caribéenne d'Hispaniola) après la mystérieuse disparition de son père en avion. Pour sauver l'équipe de la médiocrité et de la vente imminente à l'infâme Stavros Garkos, elle fait sortir de sa retraite l'américain Cal Casey, qu'elle propulse capitaine. L'entraîneur, le rugueux écossais Jock Stone — dont le nom et le caractère sont clairement calqués sur Jock Stein, légendaire manager du Celtic FC —, ramène dans le rang une brochette de bras cassés venus des quatre coins du globe. Les 65 épisodes de 26 minutes se structurent autour de deux axes : les matchs contre les Gorgons, l'équipe de voyous de Garkos, et des aventures exotiques hors-terrain qui emmènent les joueurs de la jungle africaine aux ruelles de Moscou. Sur le papier, c'est une formule qui a tout pour fonctionner.
Sauf que le scénario, à peine posé, s'enferme dans une répétition qui lasse rapidement. Chaque épisode obéit à un schéma quasi-liturgique : Garkos monte un plan tordu, les Hurricanes se font avoir, Cal improvise une solution de dernière minute, l'équipe s'en sort par miracle. La série prétend varier les décors — Égypte, Transylvanie, Australie — mais ces toiles de fond n'infléchissent jamais réellement l'intrigue. On est dans le même épisode, à Tokyo ou à Rio, avec les mêmes ressorts dramatiques. L'originalité du cadre globe-trotter vire vite à l'artifice décoratif. Par comparaison, Olive et Tom avait compris que le foot dessiné tient debout uniquement si les matchs dégagent une tension réelle, une progression dramatique. Ici, les rencontres sportives ne sont que des prétextes à des rebondissements puérils.
Le casting souffre d'un appétit d'exhaustivité culturelle qui tourne au catalogue. On a le Brésilien superstitieux (Plato Quiñones, terrorisé par les vampires), les jumeaux allemands en dispute permanente (Helmut et Jorg Beethoven, dont l'unique trait de caractère est de se disputer), le Japonais petit mais ingénieux (Stats Hiro, qui fabrique des gadgets technologiques), le Jamaïquain bougon (Oliver « Rude » Marley), et l'Anglais poète-excentrique (Napper Thompson, personnage le plus attachant de la série, à défaut d'être le plus crédible). Cette galerie multiculturelle a quelque chose de louable dans ses intentions — l'époque DIC Entertainment était à ce genre de pédagogie par l'image — mais chaque joueur est réduit à un stéréotype national si prévisible que le développement des personnages s'arrête dès le pilote. Amanda, pourtant la figure centrale, reste étrangement en retrait une fois l'équipe lancée, comme si les scénaristes avaient eu peur d'assumer une héroïne féminine dans un univers sportif masculin.
La série porte un discours sur le fair-play, l'amitié internationale et le respect de l'adversaire ; vertus répétées à intervalles réguliers comme autant de leçons de morale à destination du jeune téléspectateur. Le manichéisme est absolu : les Hurricanes incarnent le Bien sportif et chevaleresque, les Gorgons représentent le Mal trompeur et cupide. Garkos — avec son bâton à tête de Méduse qu'il brise à chaque défaite — est l'archétype du méchant télévisuel sans épaisseur, dont chaque apparition à l'écran annonce un plan foireux. Cette absence de nuance narrative était certes monnaie courante dans le dessin animé de l'époque, mais là où certaines séries contemporaines instillaient malgré tout une part d'ambiguïté, Hurricanes reste obstinément sur sa position binaire jusqu'au générique de fin.
Du côté de la réalisation, Stan Phillips tient le cadre sans élégance particulière, mais sans accidents majeurs. L'animation, confiée aux studios Rainbow Animation et Wonjin en Corée du Sud, est correcte pour son époque et son budget ; c'est-à-dire honnête sans jamais être fluide ni inventive. Les séquences de match manquent cruellement de dynamisme ; les courses, les tirs, les arrêts sont animés en économie de plans, sans la moindre chorégraphie visuelle. La bande-son de Michael Tavera remplit son contrat avec un générique entraînant et des musiques d'ambiance fonctionnelles qui ne marqueront pas les mémoires mais ne gênent pas non plus. La VF livrée sur M6 Kid est dans la veine standard du doublage de l'époque : appliquée, sans grands reliefs.
Les voix françaises font ce qu'elles peuvent avec des dialogues qui oscillent entre le scolaire et le simpliste. Napper, en anglais déjà le personnage le plus vivant, bénéficie d'un peu plus de relief à l'écrit, mais la plupart des répliques restent au ras des pâquerettes dramatiques. On ne demandera pas aux acteurs de doublage des miracles qu'aucune ligne d'écriture ne leur permet d'atteindre.
Il reste, à la décharge de la série, quelques touches d'inventivité : l'idée d'une jeune femme propriétaire de club était inédite dans le dessin animé sportif de l'époque, et la licence a engendré en 1994 trois adaptations vidéoludiques publiées par US Gold — sur Mega Drive, Game Gear et Super Nintendo — qui s'avèrent plus mémorables que la série elle-même, notamment la version Game Gear, dont le gameplay de collecte d'objets fonctionnait mieux que prévu. Mais ces curiosités anecdotiques ne suffisent pas à racheter une série qui arrive avec cinq ans de retard sur son propre sujet et dix ans après le passage du rouleau compresseur Olive et Tom. Hurricanes n'est ni assez fort pour convertir les sceptiques, ni assez singulier pour mériter la nostalgie. Une production de bon aloi industriel, regardable un dimanche matin à huit ans, oubliée avant le déjeuner.
L'histoire de départ n'est pourtant pas sans intérêt. Amanda Carey, seize ans, hérite des Hurricanes (club logé sur l'île caribéenne d'Hispaniola) après la mystérieuse disparition de son père en avion. Pour sauver l'équipe de la médiocrité et de la vente imminente à l'infâme Stavros Garkos, elle fait sortir de sa retraite l'américain Cal Casey, qu'elle propulse capitaine. L'entraîneur, le rugueux écossais Jock Stone — dont le nom et le caractère sont clairement calqués sur Jock Stein, légendaire manager du Celtic FC —, ramène dans le rang une brochette de bras cassés venus des quatre coins du globe. Les 65 épisodes de 26 minutes se structurent autour de deux axes : les matchs contre les Gorgons, l'équipe de voyous de Garkos, et des aventures exotiques hors-terrain qui emmènent les joueurs de la jungle africaine aux ruelles de Moscou. Sur le papier, c'est une formule qui a tout pour fonctionner.
Sauf que le scénario, à peine posé, s'enferme dans une répétition qui lasse rapidement. Chaque épisode obéit à un schéma quasi-liturgique : Garkos monte un plan tordu, les Hurricanes se font avoir, Cal improvise une solution de dernière minute, l'équipe s'en sort par miracle. La série prétend varier les décors — Égypte, Transylvanie, Australie — mais ces toiles de fond n'infléchissent jamais réellement l'intrigue. On est dans le même épisode, à Tokyo ou à Rio, avec les mêmes ressorts dramatiques. L'originalité du cadre globe-trotter vire vite à l'artifice décoratif. Par comparaison, Olive et Tom avait compris que le foot dessiné tient debout uniquement si les matchs dégagent une tension réelle, une progression dramatique. Ici, les rencontres sportives ne sont que des prétextes à des rebondissements puérils.
Le casting souffre d'un appétit d'exhaustivité culturelle qui tourne au catalogue. On a le Brésilien superstitieux (Plato Quiñones, terrorisé par les vampires), les jumeaux allemands en dispute permanente (Helmut et Jorg Beethoven, dont l'unique trait de caractère est de se disputer), le Japonais petit mais ingénieux (Stats Hiro, qui fabrique des gadgets technologiques), le Jamaïquain bougon (Oliver « Rude » Marley), et l'Anglais poète-excentrique (Napper Thompson, personnage le plus attachant de la série, à défaut d'être le plus crédible). Cette galerie multiculturelle a quelque chose de louable dans ses intentions — l'époque DIC Entertainment était à ce genre de pédagogie par l'image — mais chaque joueur est réduit à un stéréotype national si prévisible que le développement des personnages s'arrête dès le pilote. Amanda, pourtant la figure centrale, reste étrangement en retrait une fois l'équipe lancée, comme si les scénaristes avaient eu peur d'assumer une héroïne féminine dans un univers sportif masculin.
La série porte un discours sur le fair-play, l'amitié internationale et le respect de l'adversaire ; vertus répétées à intervalles réguliers comme autant de leçons de morale à destination du jeune téléspectateur. Le manichéisme est absolu : les Hurricanes incarnent le Bien sportif et chevaleresque, les Gorgons représentent le Mal trompeur et cupide. Garkos — avec son bâton à tête de Méduse qu'il brise à chaque défaite — est l'archétype du méchant télévisuel sans épaisseur, dont chaque apparition à l'écran annonce un plan foireux. Cette absence de nuance narrative était certes monnaie courante dans le dessin animé de l'époque, mais là où certaines séries contemporaines instillaient malgré tout une part d'ambiguïté, Hurricanes reste obstinément sur sa position binaire jusqu'au générique de fin.
Du côté de la réalisation, Stan Phillips tient le cadre sans élégance particulière, mais sans accidents majeurs. L'animation, confiée aux studios Rainbow Animation et Wonjin en Corée du Sud, est correcte pour son époque et son budget ; c'est-à-dire honnête sans jamais être fluide ni inventive. Les séquences de match manquent cruellement de dynamisme ; les courses, les tirs, les arrêts sont animés en économie de plans, sans la moindre chorégraphie visuelle. La bande-son de Michael Tavera remplit son contrat avec un générique entraînant et des musiques d'ambiance fonctionnelles qui ne marqueront pas les mémoires mais ne gênent pas non plus. La VF livrée sur M6 Kid est dans la veine standard du doublage de l'époque : appliquée, sans grands reliefs.
Les voix françaises font ce qu'elles peuvent avec des dialogues qui oscillent entre le scolaire et le simpliste. Napper, en anglais déjà le personnage le plus vivant, bénéficie d'un peu plus de relief à l'écrit, mais la plupart des répliques restent au ras des pâquerettes dramatiques. On ne demandera pas aux acteurs de doublage des miracles qu'aucune ligne d'écriture ne leur permet d'atteindre.
Il reste, à la décharge de la série, quelques touches d'inventivité : l'idée d'une jeune femme propriétaire de club était inédite dans le dessin animé sportif de l'époque, et la licence a engendré en 1994 trois adaptations vidéoludiques publiées par US Gold — sur Mega Drive, Game Gear et Super Nintendo — qui s'avèrent plus mémorables que la série elle-même, notamment la version Game Gear, dont le gameplay de collecte d'objets fonctionnait mieux que prévu. Mais ces curiosités anecdotiques ne suffisent pas à racheter une série qui arrive avec cinq ans de retard sur son propre sujet et dix ans après le passage du rouleau compresseur Olive et Tom. Hurricanes n'est ni assez fort pour convertir les sceptiques, ni assez singulier pour mériter la nostalgie. Une production de bon aloi industriel, regardable un dimanche matin à huit ans, oubliée avant le déjeuner.
Ma note36%
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