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· Julien   Lepage

Jaco, the galactic patrolman
Akira Toriyama
2014

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Illustration de critique : Jaco, the galactic patrolman
Treize ans. C'est le temps qu'il a fallu attendre entre Sand land et ce retour inattendu d'Akira Toriyama dans les pages du Weekly shōnen jump. Treize ans sans nouvelle série originale du bonhomme, et voilà qu'il déboule en 2013 avec un one-shot publié pour le 45e anniversaire du magazine. Autant dire que l'événement était suffisamment rare pour que même les non-fans lèvent le nez. Pour les autres, ceux qui ont grandi avec Dragon ball collé aux doigts, c'était carrément de l'ordre du miracle.

Ce qu'on découvre dans Jaco, the galactic patrolman, c'est un vaisseau spatial qui s'écrase sur une île isolée, à bord duquel se trouve Jaco, membre autoproclamé « super élite » de la patrouille galactique, envoyé sur Terre pour neutraliser un envahisseur venu d'une planète lointaine. Sa malchance voulant qu'il ait percuté la Lune en regardant un film pendant le pilotage automatique, le voilà coincé chez Omori, vieux scientifique misanthrope travaillant en solitaire sur une machine à remonter le temps. Ce duo improbable va bientôt se voir complété par Tights, une jeune femme débrouillarde au caractère bien trempé, dont on comprendra bien plus tard qu'elle est la grande sœur d'une certaine Bulma. Le récit se déroule dix ans avant le premier chapitre de Dragon ball, et cette précision chronologique n'est pas anodine : tout le sel de l'œuvre réside précisément dans ce qu'elle tait jusqu'aux dernières pages.

Retrouver la patte graphique de Toriyama, c'est comme remettre une vieille paire de lunettes qu'on croyait perdues. Le trait est toujours aussi lisible, économe et efficace : des personnages expressifs, des décors suffisamment détaillés pour ne pas être vides, et une gestion du gag visuel qu'on ne voit plus beaucoup dans le manga contemporain. Jaco lui-même, avec sa silhouette ramassée et son casque lisse, ressemble d'ailleurs furieusement à Ultraman ; jusqu'à la pose de victoire signature, hommage assumé qui fait sourire les connaisseurs. Dans sa façon d'être à la fois arrogant, incompétent et étrangement attachant, il rappelle directement les personnages de Neko majin, l'autre série comique de l'auteur : ces extraterrestres surpuissants qui se fichent complètement des humains tout en finissant par les sauver malgré eux.

C'est d'ailleurs l'humour qui tient tout l'édifice. Un humour potache, un peu absurde, qui n'essaie jamais d'être malin ; et c'est précisément pour ça qu'il fonctionne. La scène où Jaco, excédé par l'impolitesse des badauds en ville, propose tranquillement à Omori de « faire exploser la ville, pour commencer » résume assez bien l'esprit général. On est dans le registre du premier Dragon ball, celui d'avant les enjeux cosmiques et les muscles trop grands pour rentrer dans le cadre, et ça fait un bien fou. Le rythme est impeccable : deux cent quarante pages qui se lisent en une après-midi sans qu'on regarde une seule fois le nombre de chapitres restants.

Les réserves ? Il y en a, et il faut les dire. Pendant les deux premiers tiers, le récit ronronne gentiment sans jamais vraiment chercher à se dépasser. L'enjeu principal (réparer le vaisseau, trouver le métal rare, éviter la police) manque singulièrement de mordant, et on sent que Toriyama s'amuse davantage à dessiner ses personnages qu'à construire une intrigue. Le chapitre bonus Dragon ball minus, inclus dans le volume relié, est quant à lui une grenade dégoupillée dans la communauté des fans : en proposant sa propre version de l'envoi de Gokū sur Terre et en rendant enfin canon la mère du héros, il contredit frontalement le téléfilm animé Baddack contre Freezer, personnage que beaucoup considèrent comme un monument de la mythologie Dragon ball. Le débat a été houleux, et il n'est toujours pas clos.

Ce qui sauve tout, c'est le dernier acte. La révélation de l'identité de « l'envahisseur » que Jaco était censé intercepter, et les quelques pages qui suivent, constituent un de ces moments rares où un auteur sait exactement comment utiliser sa propre légende. C'est discret, bien amené, et ça donne envie de relire immédiatement les premières pages de Dragon ball avec un regard différent. Ça ne suffit pas à faire de Jaco, the galactic patrolman un chef-d'œuvre, mais ça le rend précieux d'une manière qu'on n'attendait pas.
Ma note80%
Lu le 9 Avril 2018


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