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· Julien   Lepage

Journal de crise 2025
Hervé Lepage
2026

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Illustration de critique : Journal de crise 2025
Depuis juillet 2011, Hervé Lepage entretient un rituel presque monastique : chaque mois, une lettre confidentielle où il ausculte l'économie mondiale et les convulsions politiques de son époque. Conseiller financier de métier, observateur obstiné du capitalisme contemporain, il appartient à cette catégorie d'essayistes qui préfèrent les faits aux slogans. Ce volume consacré à l'année 2025 s'inscrit dans une série déjà bien installée : quinze années d'analyses mensuelles accumulées comme un carnet de bord de la mondialisation. L'ensemble forme une chronique très particulière, à mi-chemin entre le rapport d'analyste, la note stratégique et le journal intellectuel. Dans une bibliographie dominée par l'économie politique et la réflexion libérale, ce projet occupe une place singulière : celle d'un observatoire continu du désordre international.

Le principe est simple et efficace. Douze mois, douze textes, chacun prenant le pouls d'une actualité parfois chaotique. L'année s'ouvre dans un climat d'incertitude : conflits persistants, tensions commerciales, inquiétudes monétaires autour du rôle du dollar. Le ton n'est pas alarmiste, mais lucide, avec cette manière très personnelle qu'a Hervé Lepage de poser les variables d'une équation mondiale. Au fil des chapitres, certains acteurs reviennent comme des personnages récurrents d'un roman géopolitique. Donald Trump, évidemment, dont l'ombre plane sur plusieurs analyses : ses choix diplomatiques, ses effets de choc sur l'économie internationale, ses tentatives de redéfinir les alliances. L'Europe apparaît presque comme un protagoniste tragique, coincé entre stagnation économique et paralysie politique. La France, elle, traverse ces pages avec une allure un peu mélancolique : puissance moyenne cherchant encore sa place dans un monde où les plaques tectoniques bougent vite.

Chaque chapitre fonctionne comme une scène distincte. Janvier évoque les craintes et les espoirs d'un début d'année fragile. Février décrit les premières répliques de « l'ouragan Trump ». Plus loin viennent les tensions au Moyen-Orient, la situation européenne ou les perspectives d'une détente internationale. Ce qui frappe, ce n'est pas seulement la diversité des sujets (énergie, géopolitique, monnaies, équilibres militaires), mais la manière dont ils s'emboîtent. L'auteur compose peu à peu une sorte de fresque annuelle où les événements, mois après mois, prennent sens.

Lecture étonnamment plaisante pour un livre d'économie politique. Le style reste clair, parfois ironique, souvent vif. On sent le praticien habitué aux notes confidentielles : phrases précises, arguments serrés, mais ponctués de petites piques humoristiques. Ce mélange donne au texte un ton particulier, presque conversationnel. Rien d'idéologique au sens caricatural ; plutôt un regard libéral, certes assumé, mais curieux de toutes les forces en présence. Loin des querelles droite-gauche qui saturent souvent le débat public, Hervé Lepage préfère examiner les mécanismes.

Certains passages rappellent ces grandes chroniques économiques anglo-saxonnes où l'analyse se mêle à la narration. Impossible de ne pas penser, par moments, aux décryptages cinématographiques de The big short d'Adam McKay, où la finance mondiale devient une intrigue dramatique. Ici, le procédé est plus discret, mais l'idée reste la même : montrer comment les décisions politiques, les marchés et les crises s'entrelacent.

L'exercice mensuel impose parfois un rythme un peu répétitif, et certains chapitres ressemblent davantage à des notes d'analyse qu'à de véritables essais. Mais ce léger aspect « bulletin stratégique » fait aussi le charme du projet : on lit ces pages comme les archives d'une année agitée, avec ses anticipations, ses paris et ses doutes.

Ce qui reste surtout, c'est la sensation d'avoir parcouru le journal de bord d'un observateur attentif. Un regard expérimenté, souvent perspicace, parfois discuté, mais jamais ennuyeux. Dans un paysage saturé d'opinions instantanées, cette chronique au long cours a quelque chose de rafraîchissant. On referme le livre avec l'impression d'avoir suivi, mois après mois, la mécanique fragile du monde contemporain ; et ce n'est déjà pas si mal.
Ma note78%
Lu le 25 Décembre 2025


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