L'archéologie interdite, de l'Atlantide au Sphinx
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Difficile de résumer Colin Wilson en quelques lignes sans avoir l'air de faire la biographie d'un homme qui, lui, n'en avait visiblement jamais fini. Né en 1931 dans les Midlands, ouvrier d'usine devenu autodidacte génial, il publie à vingt-quatre ans L'outsider, un essai sur l'aliénation sociale qui lui vaut une gloire immédiate… avant que la critique britannique ne se retourne contre lui avec une violence rare. Qu'à cela ne tienne : Wilson continue, inlassablement, accumulant plus de cent bouquins sur des sujets aussi variés que la criminologie, le paranormal, la psychologie existentielle ou l'histoire de l'occultisme. L'archéologie interdite, publié en France en 2001, s'inscrit dans ce mouvement perpétuel. C'est la traduction de From Atlantis to the Sphinx, paru en anglais dès 1996, et qui constitue le premier volet d'une trilogie informelle que Wilson consacre aux civilisations perdues, avant The Atlantis blueprint, coécrit avec Rand Flem-Ath.
Le point de départ du livre est une vraie question scientifique, et c'est précisément ce qui le rend intéressant : en 1991, le géologue Robert Schoch, de l'université de Boston, publie des résultats troublants sur l'érosion du Grand Sphinx de Gizeh. Selon lui, les traces visibles sur le corps du monument ne correspondent pas à une érosion éolienne (du sable et du vent, comme on l'admet depuis toujours), mais bien à une érosion hydrique, causée par des pluies intenses. Or l'Égypte est sèche depuis des millénaires. Conclusion logique : le Sphinx serait bien plus vieux que ce que les égyptologues admettent, peut-être dix mille ans avant notre ère, voire davantage. Wilson s'empare de cette thèse, l'articule à d'autres énigmes : les cartes médiévales de Piri Reis représentant l'Antarctique sans glace, les connaissances astronomiques étonnantes des Toltèques, les mégalithes européens construits sur une unité de mesure commune que l'ingénieur écossais Alexander Thom baptisa le « yard mégalithique »… et il en tire une hypothèse générale : avant Sumer, avant l'Égypte pharaonique, avant la Grèce, il aurait existé une civilisation avancée, maritime et globale, dont nos monuments les plus mystérieux seraient les vestiges ou les héritages.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la générosité du livre. Wilson ne prétend pas avoir tout découvert seul. Il assume ouvertement sa dette envers Graham Hancock, dont il avait reçu le manuscrit de Empreintes des dieux avant même sa publication et qui l'avait profondément marqué, mais aussi envers John Anthony West, Robert Bauval, Charles Hapgood ou encore René Schwaller de Lubicz. Il synthétise, relie, contextualise. C'est à la fois sa force et sa limite. Parce qu'à lire Wilson, on finit par se demander si on lit un essai ou une bibliographie commentée. Les lecteurs déjà familiers de Hancock risquent de ressentir une certaine lassitude dès le tiers du livre : le sentiment de repasser sur un terrain balisé, avec un guide certes agréable, mais qui ne fait pas vraiment découvrir de nouvelles contrées.
Cela dit, Wilson apporte une couche supplémentaire que Hancock n'avait pas vraiment explorée : une réflexion sur la nature même de la pensée ancienne. Pour lui, les bâtisseurs de ces monuments ne raisonnaient pas comme nous. Ils auraient développé une forme d'intelligence intuitive, holiste, radicalement différente de notre logique analytique : une pensée presque « extraterrestre » selon ses propres mots. C'est la partie la plus ambitieuse du livre, et aussi la plus contestable, car elle repose sur des spéculations philosophiques que les preuves archéologiques ne peuvent pas vraiment étayer.
Le style, lui, est impeccable. Wilson écrit comme il pense : avec clarté, curiosité, et une certaine élégance britannique qui rend la lecture fluide même quand les arguments perdent pied. On pense parfois à Arthur C. Clarke dans sa capacité à rendre le vertigineux accessible, ou à ces documentaires de vulgarisation scientifique qu'on regardait enfant sans bien saisir où s'arrêtait la science et où commençait la légende.
Au fond, L'archéologie interdite est un bon livre pour qui cherche une porte d'entrée vers ces questions, un panorama stimulant qui donne envie de creuser. Mais il frustrera ceux qui attendent une démonstration solide, avec des preuves, des réfutations sérieuses des contre-arguments, une honnêteté intellectuelle totale sur ce qui est fait, établi, et ce qui reste pure hypothèse. Wilson flirte souvent avec la frontière sans vraiment la signaler. Il n'invente rien, mais il arrange. Et quand on referme le livre, on est séduit… sans être tout à fait convaincu.
Le point de départ du livre est une vraie question scientifique, et c'est précisément ce qui le rend intéressant : en 1991, le géologue Robert Schoch, de l'université de Boston, publie des résultats troublants sur l'érosion du Grand Sphinx de Gizeh. Selon lui, les traces visibles sur le corps du monument ne correspondent pas à une érosion éolienne (du sable et du vent, comme on l'admet depuis toujours), mais bien à une érosion hydrique, causée par des pluies intenses. Or l'Égypte est sèche depuis des millénaires. Conclusion logique : le Sphinx serait bien plus vieux que ce que les égyptologues admettent, peut-être dix mille ans avant notre ère, voire davantage. Wilson s'empare de cette thèse, l'articule à d'autres énigmes : les cartes médiévales de Piri Reis représentant l'Antarctique sans glace, les connaissances astronomiques étonnantes des Toltèques, les mégalithes européens construits sur une unité de mesure commune que l'ingénieur écossais Alexander Thom baptisa le « yard mégalithique »… et il en tire une hypothèse générale : avant Sumer, avant l'Égypte pharaonique, avant la Grèce, il aurait existé une civilisation avancée, maritime et globale, dont nos monuments les plus mystérieux seraient les vestiges ou les héritages.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la générosité du livre. Wilson ne prétend pas avoir tout découvert seul. Il assume ouvertement sa dette envers Graham Hancock, dont il avait reçu le manuscrit de Empreintes des dieux avant même sa publication et qui l'avait profondément marqué, mais aussi envers John Anthony West, Robert Bauval, Charles Hapgood ou encore René Schwaller de Lubicz. Il synthétise, relie, contextualise. C'est à la fois sa force et sa limite. Parce qu'à lire Wilson, on finit par se demander si on lit un essai ou une bibliographie commentée. Les lecteurs déjà familiers de Hancock risquent de ressentir une certaine lassitude dès le tiers du livre : le sentiment de repasser sur un terrain balisé, avec un guide certes agréable, mais qui ne fait pas vraiment découvrir de nouvelles contrées.
Cela dit, Wilson apporte une couche supplémentaire que Hancock n'avait pas vraiment explorée : une réflexion sur la nature même de la pensée ancienne. Pour lui, les bâtisseurs de ces monuments ne raisonnaient pas comme nous. Ils auraient développé une forme d'intelligence intuitive, holiste, radicalement différente de notre logique analytique : une pensée presque « extraterrestre » selon ses propres mots. C'est la partie la plus ambitieuse du livre, et aussi la plus contestable, car elle repose sur des spéculations philosophiques que les preuves archéologiques ne peuvent pas vraiment étayer.
Le style, lui, est impeccable. Wilson écrit comme il pense : avec clarté, curiosité, et une certaine élégance britannique qui rend la lecture fluide même quand les arguments perdent pied. On pense parfois à Arthur C. Clarke dans sa capacité à rendre le vertigineux accessible, ou à ces documentaires de vulgarisation scientifique qu'on regardait enfant sans bien saisir où s'arrêtait la science et où commençait la légende.
Au fond, L'archéologie interdite est un bon livre pour qui cherche une porte d'entrée vers ces questions, un panorama stimulant qui donne envie de creuser. Mais il frustrera ceux qui attendent une démonstration solide, avec des preuves, des réfutations sérieuses des contre-arguments, une honnêteté intellectuelle totale sur ce qui est fait, établi, et ce qui reste pure hypothèse. Wilson flirte souvent avec la frontière sans vraiment la signaler. Il n'invente rien, mais il arrange. Et quand on referme le livre, on est séduit… sans être tout à fait convaincu.
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