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· Julien   Lepage

Les kaïra
Franck Gastambide
2012

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Illustration de critique : Les kaïra
**Les Kaïra**, réalisé par Franck Gastambide en 2012, s'inscrit dans la lignée des comédies de banlieue françaises, mais avec une audace et une fraîcheur qui lui permettent de se démarquer. Adapté de la web-série **Kaïra Shopping**, le film s'appuie sur le trio infernal composé de Medi Sadoun, Jib Pocthier, et Gastambide lui-même. Ce passage au grand écran aurait pu être un énième projet opportuniste condamné à l'oubli, mais il s'impose finalement comme une vraie surprise, à la fois hilarante et insolente, sans jamais se prendre trop au sérieux. L'intrigue suit les mésaventures de Mousten, Abdelkrim, et Momo, trois potes de Melun qui rêvent d'une vie meilleure, sans pour autant bouger un doigt pour l'obtenir. L'opportunité leur tombe dessus lorsqu'ils découvrent une annonce pour devenir acteurs dans l'industrie du X. Dans leur esprit simple et plein de fantasmes, cette carrière promet argent facile et filles à gogo. Mais avant de décrocher leur ticket d'entrée, ils doivent produire une bande-demo. Cette mission improbable devient le prétexte à une succession de péripéties délirantes, qui les mènera à croiser une série de personnages aussi déjantés qu'eux. Le scénario, écrit par Gastambide, repose sur une série de gags et de situations absurdes, tout en conservant une cohérence narrative. Si certaines scènes flirtent avec l'exagération, elles restent parfaitement en phase avec l'univers et le ton du film. Là où **Les Kaïra** marque des points, c'est dans son refus d'édulcorer son humour. Le film ose tout : dialogues crus, situations gênantes, et critiques à peine voilées de la société de consommation et des rêves futiles de gloire. Pourtant, sous cette couche de vulgarité, il y a une sincérité désarmante. Les trois héros, malgré leur crétinisme et leur absence totale de lucidité, parviennent à susciter l'empathie. Ce sont des losers magnifiques, des caricatures, mais des caricatures attachantes. Mousten est l'archétype du gars qui se rêve leader mais qui est incapable de prendre une décision sensée. Abdelkrim, lui, incarne l'éternel mytho qui se noie dans ses propres illusions, tandis que Momo, le gentil naïf, apporte un décalage comique irrésistible. Ce trio fonctionne grâce à la complicité évidente entre les acteurs, qui insufflent à leurs personnages une énergie communicative. Au-delà de leurs gags potaches, les trois protagonistes traduisent une réalité sociale : celle de jeunes perdus dans une cité sans avenir, dont les ambitions se limitent à ce qu'ils voient sur leurs écrans. Cette critique, jamais trop appuyée, évite au film de sombrer dans le cliché moralisateur. L'un des points forts du film réside également dans sa galerie de personnages secondaires, incarnés par des guests qui ajoutent chacun leur touche personnelle au chaos ambiant. François Damiens, en producteur porno véreux, livre une performance mémorable et absurde. Ramzy Bedia, en caïd de quartier, se moque des figures autoritaires de la banlieue avec un cynisme jouissif. Mention spéciale aussi à Éric Cantona, entraîneur d'une équipe de foot composée de nains, dont l'apparition est un sommet d'absurdité comique. Les caméos de figures comme Rocco Siffredi ou Katsuni ajoutent une dimension décalée, témoignant de l'audace du réalisateur à mélanger les genres et les milieux. Visuellement, **Les Kaïra** ne brille pas par son esthétique, mais ce n'est pas son but. La caméra de Gastambide reste fonctionnelle, au service des dialogues et des situations. La bande-son, elle, mérite d'être saluée : un mélange de rap et de RnB, en phase avec l'univers des protagonistes, qui participe à l'immersion dans leur quotidien. On y retrouve notamment des morceaux de **Mafia K'1 Fry**, qui ajoutent une touche authentique au film. Le film n'échappe pas à quelques faiblesses. Certaines blagues tombent à plat, et l'humour, parfois un peu trop appuyé, peut rebuter un public moins friand de ce type de comédie. La conclusion, avec ses multiples "happy ends", verse dans une mièvrerie un peu facile qui tranche avec le ton irrévérencieux du reste du film. Mais ces défauts sont largement compensés par l'énergie et la fraîcheur qui traversent l'ensemble. En fin de compte, **Les Kaïra** est une comédie populaire qui réussit là où tant d'autres échouent : faire rire sans trahir ses origines. Gastambide et son équipe livrent un film sincère, fidèle à l'esprit de leur web-série, tout en proposant une réflexion, légère mais présente, sur les rêves de grandeur et la quête de sens d'une jeunesse désabusée. Pour ceux qui apprécient l'humour de **Kaïra Shopping**, mais aussi pour les fans de films comme **Les Lascars**, **Neuilly sa mère !**, ou encore **Fatal**, cette comédie offre un excellent moment de divertissement. On en ressort en se disant que, finalement, même les losers peuvent marquer des points.
Ma note58%
Vu le 5 Décembre 2012


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