Aller au contenu principal

· Julien   Lepage

Tout va bien ! The kids are all right
Lisa Cholodenko
2010

Précédent
Suivant

Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Illustration de critique : Tout va bien ! The kids are all right
Derrière son apparence de comédie dramatique indépendante, Tout va bien ! The kids are all right de Lisa Cholodenko s'impose comme un film qui a beaucoup fait parler de lui à sa sortie, et pas forcément pour les bonnes raisons. En mettant en scène un couple lesbien établi depuis vingt ans, incarné par Julianne Moore et Annette Bening, la réalisatrice propose un regard sur l'homoparentalité à travers le prisme de la cellule familiale et des troubles que provoque l'arrivée du père biologique. Un sujet prometteur, traité avec une certaine habileté, mais qui finit par tomber dans des travers regrettables.

L'intrigue repose sur un point de départ intéressant : deux adolescents, élevés par leurs mères, décident de retrouver le donneur de sperme dont ils sont issus. Ce dernier, campé par Mark Ruffalo, est un quadragénaire à la cool, séducteur malgré lui, qui se retrouve propulsé dans une dynamique familiale bien rodée. Si l'idée de confronter un modèle parental non conventionnel à la figure traditionnelle du père absent était alléchante, le film ne sait pas vraiment où il veut aller avec cela. Il hésite entre le drame intimiste et la comédie douce-amère, et se perd parfois en chemin.

Le scénario souffre d'un déséquilibre certain, notamment dans son second acte, où l'on bascule dans des clichés particulièrement douteux. Voir Jules succomber aux charmes du mâle hétéro, alors qu'elle est en couple depuis vingt ans avec une femme, envoie un message dérangeant, presque maladroitement régressif. Plus problématique encore, le traitement du personnage de Nic, qui, parce qu'elle ne tombe pas sous le charme du donneur, est cantonnée à un rôle de femme froide et autoritaire. Loin d'être une observation fine des complexités relationnelles, cela ressemble davantage à un regard biaisé sur l'homosexualité féminine.

Les personnages, pourtant bien définis au début, peinent à évoluer de manière cohérente. Le couple lesbien fonctionne sur une dynamique de dominante-dominée qui frôle parfois la caricature, et les enfants, censés être au cœur de l'histoire, se retrouvent étrangement relégués au second plan. Paul, en revanche, évolue presque malgré lui, passant du statut de type cool et attachant à celui de perturbateur maladroit dont on se débarrasse une fois qu'il a causé suffisamment de dégâts. Une gestion frustrante de la narration qui donne l'impression que le film ouvre beaucoup de portes sans jamais les refermer correctement.

Là où le film aurait pu se démarquer, c'est dans son approche de la normalisation de l'homoparentalité. Plutôt que de surjouer la différence, il tente de montrer un couple lesbien comme une famille ordinaire, avec ses disputes, ses désaccords et ses doutes. Une approche louable, mais rapidement éclipsée par la manière dont la bisexualité (ou plutôt l'infidélité soudaine) de Jules est traitée. On passe ainsi d'une représentation inclusive et positive à un schéma éculé où la tentation du corps masculin semble inévitable.

La mise en scène de Cholodenko reste sobre et efficace, sans grande prise de risque. Le film bénéficie d'une photographie lumineuse, typique des drames indépendants américains, et la bande-son, ponctuée de morceaux pop-rock bien choisis, accompagne agréablement le récit. L'ensemble est cohérent, bien que manquant parfois d'aspérités. On aurait aimé une réalisation plus audacieuse, qui s'éloigne des sentiers battus du drame familial conventionnel.

Côté interprétation, Julianne Moore et Annette Bening livrent des performances impeccables, portées par une alchimie convaincante. Mark Ruffalo apporte une légèreté bienvenue, même si son personnage est sacrifié sur l'autel du scénario. Mia Wasikowska et Josh Hutcherson font le job sans éclat particulier, mais restent crédibles dans leurs rôles d'adolescents en quête d'identité.

Au final, Tout va bien ! The kids are all right est un film qui avait tout pour être un excellent drame familial, mais qui s'éparpille trop pour convaincre pleinement. Son regard sur l'homoparentalité oscille entre bienveillance et maladresse, et son traitement des relations amoureuses laisse un arrière-goût mitigé. Reste un casting impeccable et quelques belles scènes qui rendent l'ensemble regardable, malgré une impression persistante de gâchis. Un bon film, sans être mémorable.
Ma note48%
Vu le 4 Juin 2012


Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication.