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· Julien   Lepage

Kill Bill : volume 2
Quentin Tarantino
2004

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Illustration de critique : Kill Bill : volume 2
Si Kill Bill : volume 1 était une explosion de violence stylisée, un festival de sabres virevoltants et de geysers d'hémoglobine, Kill Bill : volume 2 prend une tournure plus introspective. Quentin Tarantino ralentit la cadence et troque les influences du cinéma d'arts martiaux hongkongais contre celles du western spaghetti, un genre qu'il vénère tout autant. Là où le premier volume était un carnage aux allures de manga live, le second est un film de dialogues, de tension psychologique et de règlements de comptes pesants. Ce basculement a été source de frustration pour certains spectateurs qui s'attendaient à une suite aussi frénétique que la première partie. Mais cette approche plus posée permet au film d'explorer en profondeur ses personnages, et surtout de donner à la confrontation finale entre Beatrix Kiddo et Bill un poids émotionnel plus fort que ce que la seule violence aurait pu offrir.

Le film reprend là où nous l'avions laissé : la Mariée, que nous connaissons désormais sous son véritable nom, Beatrix Kiddo, a déjà éliminé deux de ses cibles, Vernita Green et O-Ren Ishii. Il lui reste à affronter Budd, le frère de Bill, et Elle Driver, son ennemie jurée, avant d'atteindre son ultime objectif : tuer Bill. Là où le volume 1 enchaînait les scènes de combat spectaculaires, ce deuxième opus adopte une structure plus fragmentée, faite de longues conversations et de confrontations plus brutales, mais plus brèves.

Le scénario repose sur une construction plus linéaire que son prédécesseur, abandonnant presque totalement les flashbacks explosifs au profit d'une narration où chaque scène se charge de tension. Budd, loin d'être le guerrier redoutable qu'on pourrait imaginer, est un homme usé par la vie, qui vit reclus dans un mobil-home décrépit et travaille comme videur dans un club de strip-tease miteux. Son duel avec Beatrix est expédié en une seconde : une décharge de gros sel en plein torse qui la laisse agonisante, suivie d'un enterrement vivant d'une cruauté absolue. Tarantino joue ici avec la frustration du spectateur : on attendait un combat épique, on assiste à une défaite humiliante. Mais cette séquence permet d'amener l'un des moments les plus mémorables du film : le flashback de l'entraînement de Beatrix auprès de Pai Mei, maître d'arts martiaux sadique au regard perçant, incarné par Gordon Liu. Cette séquence rend hommage aux classiques du kung-fu des années 70, avec son grain d'image volontairement vieilli et ses dialogues exagérément théâtraux.

Le film se concentre énormément sur le développement des personnages, et c'est peut-être là qu'il est le plus réussi. Bill, qui n'était qu'une silhouette et une voix dans le premier film, devient enfin un personnage de chair et de sang. Incarné par David Carradine, il est bien plus qu'un simple antagoniste machiavélique : c'est un homme charmeur, manipulateur, intelligent et même attendrissant par moments. La relation entre lui et Beatrix est l'élément central du film : un mélange d'amour brisé, de trahison et de regrets. Leur confrontation finale, qui aurait pu être un duel grandiloquent, se transforme en un échange feutré, presqu'intime, où chaque mot pèse plus qu'un coup de sabre.

Les thèmes abordés dans ce deuxième volume diffèrent du premier. Si le volume 1 parlait de vengeance pure, celui-ci s'intéresse aux conséquences de cette quête. Tarantino joue sur l'idée du destin inévitable : Beatrix voulait échapper à son passé, mais son rôle d'assassin l'a toujours poursuivie. L'un des aspects les plus marquants du film est la façon dont la maternité est mise en avant. Là où d'autres récits de vengeance font de leurs héroïnes des machines à tuer dénuées d'émotions, Beatrix reste avant tout une mère qui découvre avec stupeur que sa fille est toujours en vie. Cet élément, au lieu de diminuer la violence du récit, lui donne une dimension encore plus tragique.

Sur le plan de la mise en scène, Tarantino délaisse les effets tape-à-l'œil et les ralentis stylisés du premier film pour adopter une approche plus brute. La photographie de Robert Richardson sublime les paysages désertiques du sud des États-Unis, donnant au film un parfum de western à la Le bon, la brute et le truand. La bande-son est encore une fois un mélange éclectique de musiques de films anciens, de ballades espagnoles et de morceaux iconiques d'Ennio Morricone.

Les performances des acteurs sont globalement solides, mais deux prestations ressortent particulièrement. Uma Thurman livre une performance habitée, jonglant entre froide détermination et vulnérabilité émotive. David Carradine, quant à lui, impose un charisme indéniable, transformant son personnage en une figure à la fois menaçante et paternelle. Michael Madsen, en Budd pathétique et résigné, joue également avec une retenue surprenante.

En fin de compte, Kill Bill : volume 2 est une suite qui prend un virage radical par rapport au premier volet, troquant le chaos pour une approche plus posée et plus dramatique. Ce changement de ton ne plaira pas à tout le monde, et ceux qui s'attendaient à un enchaînement de duels stylisés pourront être déçus. Mais en approfondissant ses personnages et en donnant à son histoire une conclusion plus nuancée qu'un simple bain de sang, Tarantino prouve qu'il sait faire autre chose que des pastiches ultra-violents. Un film qui, sans atteindre le niveau du premier, mérite sa place comme une pièce essentielle de la filmographie du réalisateur.
Ma note58%
Vu le 3 Septembre 2010


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