Kuzco, l’empereur mégalo
Sorti en 2000 et réalisé par Mark Dindal, Kuzco, l'empereur mégalo s'inscrit dans la lignée des productions Disney post-années 90, marquant un virage vers un humour absurde et un ton décomplexé qui tranche avec les grandes épopées du studio. Avec David Spade en Kuzco, John Goodman en Pacha et Eartha Kitt en Yzma, le film semble vouloir miser sur son casting vocal et son énergie cartoonesque. Mais derrière cette façade exubérante se cache une œuvre qui, à défaut d'être catastrophique, est tout sauf mémorable.L'intrigue suit Kuzco, un jeune empereur inca insupportable, capricieux et méprisant, qui décide de raser un village pour y construire une résidence d'été à son image. Lorsque sa conseillère Yzma, excédée, tente de l'éliminer, son plan échoue et Kuzco se retrouve transformé en lama. Perdu dans la nature et contraint de s'allier avec Pacha, un paysan bienveillant, il doit apprendre à devenir une meilleure personne… ou du moins, c'est ce que le film tente de nous faire croire.
Le problème principal vient du scénario : une histoire qui pourrait être prenante, mais qui ne l'est jamais. À aucun moment l'aventure ne semble palpitante, aucun enjeu ne prend réellement forme. Le film semble naviguer à vue, enchaînant des péripéties prétextes sans jamais chercher à créer un véritable récit. Tout est prévisible, sans souffle, et surtout, sans la moindre magie. Là où Disney avait su nous transporter dans des univers riches et immersifs avec Aladdin ou Le roi lion, ici, l'environnement inca est d'une pauvreté affligeante. On aurait pu espérer une direction artistique qui exploite le cadre exotique, mais non : le décor est une toile de fond générique qui ne sert strictement à rien. Un film censé se dérouler dans un empire inspiré des civilisations précolombiennes aurait dû en tirer une atmosphère unique, mais tout est plat, interchangeable, et totalement américanisé.
Visuellement, le constat est tout aussi décevant. Certes, l'animation est fluide, mais le style graphique manque cruellement de charme. On est loin du raffinement des classiques Disney : pas de décors somptueux, pas de travail sur la lumière, pas d'effort particulier sur la mise en scène. Juste une esthétique cartoon simplifiée, fonctionnelle, mais sans aucune ambition. En comparaison, même un film mineur comme Hercule offrait une véritable direction artistique inspirée. İci, c'est juste un emballage vide, dépourvu de la moindre poésie visuelle.
L'humour, censé être le moteur du film, est une autre énorme faiblesse. Tout repose sur des gags lourdingues, martelés jusqu'à l'épuisement. Loin de l'élégance d'un Livre de la jungle ou de la subtilité des dialogues d'un Toy story, Kuzco s'enfonce dans la répétition de blagues pesantes, trop appuyées et souvent hystériques. Ça crie, ça gesticule, ça fait des grimaces, mais il n'y a jamais cette finesse d'écriture qui fait qu'un humour fonctionne vraiment. L'ensemble ressemble davantage à un mauvais cartoon du samedi matin qu'à un film d'animation digne de ce nom. Même les Looney tunes font mieux dans le genre.
Si l'ensemble du casting vocal fait son travail, cela ne suffit pas à rendre les personnages supportables. En VO comme en VF (qui est d'ailleurs de bonne facture), Kuzco est absolument imbuvable du début à la fin, Yzma est caricaturale jusqu'à l'excès, et Kronk, pourtant souvent cité comme le point fort du film, finit par lasser avec son jeu de benêt trop appuyé. Le seul qui pourrait être attachant, Pacha, se retrouve relégué au rôle de faire-valoir, et son interaction avec Kuzco n'a jamais le charme qu'elle aurait pu avoir.
Musicalement, le film ne relève pas le niveau. Malgré la participation de Sting, dont la majorité des chansons ont été supprimées en cours de production, il ne reste qu'un seul morceau chanté par Tom Jones, qui peine à être marquant. İl est loin le temps où une bande originale Disney pouvait à elle seule porter un film et lui donner une dimension supplémentaire.
En résumé, Kuzco, l'empereur mégalo est un film d'animation fade, bruyant et sans âme. Trop bruyant pour être charmant, trop superficiel pour être engageant, trop américain pour être dépaysant. Sans souffle épique, sans émotion, et sans véritable intention artistique, il se contente de remplir un cahier des charges minimaliste, accumulant les blagues lourdes en espérant que le spectateur y trouve son compte. Un Disney mineur, anecdotique, qui n'a ni la grandeur des classiques ni l'intelligence des meilleures comédies animées. Un film qui se regarde — et s'oublie — aussi vite qu'il est arrivé.
Ma note
14%
Lire la critique sur le site d'Antoine Lepage