L

Le L d'Edward de Bono fait partie de ces jeux qui semblent avoir été conçus sans aucune intention de séduire. Pas d'illustrations, pas de thème, pas de matériel spectaculaire : juste un carré 4×4, deux pièces en forme de L, deux pions neutres. On devine assez vite qu'en 1968, de Bono n'essayait pas de révolutionner le jeu de société, mais plutôt de proposer une petite expérience intellectuelle, un prolongement pratique à ses travaux sur la pensée latérale. Le jeu était même inclus dans certains exemplaires de son livre, glissé comme un exercice à manipuler entre deux chapitres. On est dans l'accessoire pédagogique, pas dans la grande tradition ludique.
Les règles tiennent sur un souffle : on déplace son L dans n'importe quelle autre position possible du plateau, du moment qu'il ne recouvre pas exactement les mêmes cases que précédemment ; ensuite, on peut déplacer un des deux pions neutres. Le but est simplement d'empêcher l'adversaire de jouer. C'est tout. Pas de points, pas de captures, pas de montée en puissance. Une mécanique entièrement centrée sur l'espace, sur la façon dont deux formes finissent par se gêner jusqu'à ce que l'une d'elles se retrouve immobilisée. Le plateau étant minuscule, chaque coup a un poids disproportionné, presque frustrant. Le jeu ne laisse aucune marge à l'approximation : chaque erreur se voit immédiatement, comme si la petite grille servait à grossir nos maladresses.
À force d'y revenir, on découvre ce mélange particulier de finesse et de répétition. La finesse vient de la contrainte : il y a très peu d'options, mais elles se combinent de manière subtile, ce qui donne quelques parties réellement intéressantes. La répétition, elle, apparaît assez vite : malgré ses jolis principes, le jeu n'a pas assez d'amplitude pour se renouveler durablement. Ce n'est pas un défaut dramatique, mais une limite structurelle. On sent pourquoi certains amateurs de jeux abstraits l'apprécient : il a ce côté sec, précis, presque clinique, qui plaît à ceux qui aiment les systèmes réduits à l'os. Et en même temps, on comprend pourquoi il n'a jamais dépassé le statut de curiosité. Même son nombre total de positions possibles (2 296, calculés par des passionnés) donne une idée de sa petite échelle. C'est un terrain d'expérimentation, pas un territoire à explorer pendant des mois.
Pour ma part, le L m'évoque un de ces courts métrages expérimentaux qu'on découvre en festival : une idée forte, un format rigoureux, une certaine élégance… mais une durée qui dépasse à peine celle de son intérêt réel. On voit ce que l'auteur veut dire, on apprécie l'intention, on reconnaît la cohérence de l'ensemble, puis on passe à autre chose.
Dans un paysage où les jeux deviennent plus généreux, plus narratifs, plus enveloppants, cet objet minimaliste a quelque chose de presque touchant. Il ne cherche pas à impressionner, il ne cherche pas à divertir à tout prix. Il propose une petite parenthèse abstraite, silencieuse, presqu'intime. On peut saluer cette honnêteté, même si elle s'accompagne d'une évidence : L n'est pas un jeu marquant. C'est un petit exercice brillant par moments, limité le reste du temps. Une expérience à connaître, mais pas forcément à poursuivre. Une appréciation tranquille, modérée, sincère.
Les règles tiennent sur un souffle : on déplace son L dans n'importe quelle autre position possible du plateau, du moment qu'il ne recouvre pas exactement les mêmes cases que précédemment ; ensuite, on peut déplacer un des deux pions neutres. Le but est simplement d'empêcher l'adversaire de jouer. C'est tout. Pas de points, pas de captures, pas de montée en puissance. Une mécanique entièrement centrée sur l'espace, sur la façon dont deux formes finissent par se gêner jusqu'à ce que l'une d'elles se retrouve immobilisée. Le plateau étant minuscule, chaque coup a un poids disproportionné, presque frustrant. Le jeu ne laisse aucune marge à l'approximation : chaque erreur se voit immédiatement, comme si la petite grille servait à grossir nos maladresses.
À force d'y revenir, on découvre ce mélange particulier de finesse et de répétition. La finesse vient de la contrainte : il y a très peu d'options, mais elles se combinent de manière subtile, ce qui donne quelques parties réellement intéressantes. La répétition, elle, apparaît assez vite : malgré ses jolis principes, le jeu n'a pas assez d'amplitude pour se renouveler durablement. Ce n'est pas un défaut dramatique, mais une limite structurelle. On sent pourquoi certains amateurs de jeux abstraits l'apprécient : il a ce côté sec, précis, presque clinique, qui plaît à ceux qui aiment les systèmes réduits à l'os. Et en même temps, on comprend pourquoi il n'a jamais dépassé le statut de curiosité. Même son nombre total de positions possibles (2 296, calculés par des passionnés) donne une idée de sa petite échelle. C'est un terrain d'expérimentation, pas un territoire à explorer pendant des mois.
Pour ma part, le L m'évoque un de ces courts métrages expérimentaux qu'on découvre en festival : une idée forte, un format rigoureux, une certaine élégance… mais une durée qui dépasse à peine celle de son intérêt réel. On voit ce que l'auteur veut dire, on apprécie l'intention, on reconnaît la cohérence de l'ensemble, puis on passe à autre chose.
Dans un paysage où les jeux deviennent plus généreux, plus narratifs, plus enveloppants, cet objet minimaliste a quelque chose de presque touchant. Il ne cherche pas à impressionner, il ne cherche pas à divertir à tout prix. Il propose une petite parenthèse abstraite, silencieuse, presqu'intime. On peut saluer cette honnêteté, même si elle s'accompagne d'une évidence : L n'est pas un jeu marquant. C'est un petit exercice brillant par moments, limité le reste du temps. Une expérience à connaître, mais pas forcément à poursuivre. Une appréciation tranquille, modérée, sincère.
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