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· Julien   Lepage

L'académie des ninjas
Kōichi Sasaki
1981

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Illustration de critique : L'académie des ninjas
Quelque part dans les archives poussiéreuses des anime des années 80, entre les sh?nen sérieux et les comédies lycéennes, se niche un objet bizarre dont peu de monde se souvient vraiment : L'Académie des Ninjas, réalisée par K?ichi Sasaki et adaptée du manga de Fujihiko Hosono, lequel paraissait dans le *Weekly Sh?nen Sunday* depuis 1980. Soixante-neuf épisodes de 22 minutes produits entre 1982 et 1984, avec une bande originale signée d'un certain Joe Hisaishi — oui, le futur compositeur attitré des films de Miyazaki — à une époque où il acceptait encore tout ce qui passait. Ce détail dit assez bien la trajectoire de la série : un matériau pas inintéressant sur le papier, qui ne tient jamais vraiment ses promesses. Le pitch est simple, presque séduisant : Nicolas Sarutobi, petit rondouillard vorace dont le nom japonais original, *Nikumaru*, signifie littéralement "boulette de viande", débarque dans la prestigieuse Académie des Ninjas des Chauves-Souris avec un rêve plein la tête — devenir grand espion international — et un pouvoir digne de lui : contrôler le vent pour soulever les jupes de ses camarades féminines. L'école est en guerre ouverte contre son voisin direct, l'Académie des Scorpions, école rivale de ninjas-espions elle aussi. Sur fond de ce conflit absurde et récurrent, la série déroule ses épisodes comme autant de petites saynètes comiques, avec à la clé une romance maladroite entre Nicolas et Mandoline, fille du directeur et unique élue de son cœur. Le problème est là, précisément dans cette structure épisodique répétitive jusqu'à l'épuisement. L'Académie des Ninjas n'a aucune architecture narrative : chaque épisode repart presque de zéro, sans progression dramatique réelle, sans enjeux qui s'accumulent. On tourne en rond dans le même décor, autour des mêmes ressorts. C'est le modèle du gag à répétition poussé à l'extrême, celui des comédies lycéennes japonaises de l'époque — pensez à Le Collège Fou Fou Fou (*Kimengumi High School*), sorti à peu près au même moment, mais en nettement plus inventif. Ici, la formule tourne à vide dès le premier tiers, faute de variation suffisante. L'humour repose presque intégralement sur la lourdeur physique de Nicolas, sa gloutonnerie pathologique et ses tentatives de voyeurisme — ce qui, en 2015, suscite davantage un malaise poli qu'un fou rire. C'est là que le vieillissement fait le plus de dégâts. Le personnage principal, présenté comme attachant, est en réalité bâti sur des stéréotypes assez caricaturaux : le gros comique, éternel perdant au grand cœur, qui réussit malgré tout grâce à son don unique. Archétype connu, traitement paresseux. Mandoline n'existe que comme récompense potentielle et miroir de validation. Les antagonistes de l'école des Scorpions sont interchangeables d'un épisode à l'autre, et aucun personnage secondaire ne bénéficie d'un vrai développement. En 69 épisodes, c'est maigre. La série aurait eu toute la place pour construire quelque chose — un arc, une évolution, une tension — mais elle préfère la facilité du *reset* permanent. Ce n'est pas qu'elle soit dénuée de charme. Le contexte initial — une école secrète de ninjas dans le Japon contemporain, avec ses codes parodiques — conserve une fraîcheur de principe. Il y a quelque chose de délicieusement absurde dans l'idée d'une guerre inter-établissements livrée à coups de techniques secrètes et de sabotages grotesques, un humour de l'escalade idiote que la série exploite par intermittence avec un certain plaisir. Quand ça marche, ça évoque les meilleures pages d'un Goscinny, ce sens du gag poussé jusqu'au délire pur. Mais ces moments restent trop rares pour compenser les longueurs. Du côté de la réalisation, K?ichi Sasaki n'emballe pas le tout avec grand enthousiasme. L'animation, produite par Tsuchida Production, est fonctionnelle — acceptable pour les standards de l'époque, sans plus. Les décors sont sommaires, les mouvements souvent limités au minimum syndical. On est loin de la fluidité d'un Cobra ou de l'ambition graphique d'un Albator, tous deux contemporains. La direction artistique reste terne, les personnages peu expressifs en dehors de leurs réactions comiques stéréotypées. La bande originale de Hisaishi, à l'époque encore loin de sa période dorée, est anecdotique — fonctionnelle, pas mémorable, sans le moindre thème qui s'accroche. La version française, elle, bénéficie d'un générique chanté par Jean-Paul Césari, voix familière aux enfants des années 90 pour avoir aussi interprété celui de Nicky Larson — ce qui confère à la série un parfum de nostalgie condescendante, celui des après-midis de La Cinq où elle fut diffusée pour la première fois en France à partir d'avril 1990, puis reprise dans le Club Dorothée. Le doublage VF, dans ce registre scolaire et bon enfant, assure l'essentiel sans viser davantage. Les voix japonaises originales, interprétées notamment par Y?ji Mitsuya dans le rôle de Nicolas et Saeko Shimazu dans celui de Mandoline, portent la comédie avec plus de nuances que ne le laisse percevoir l'adaptation française, laquelle aplatit le tout dans un registre gentiment bondissant. Au bout du compte, L'Académie des Ninjas est de ces séries qu'on regardait faute de mieux, dans un périmètre de diffusion où l'offre anime restait limitée. Ni catastrophique ni réellement enthousiasmante, elle illustre le paradoxe de nombreuses productions sh?nen de cette époque : une idée de départ qui aurait pu donner quelque chose d'irrésistible, sabordée par une exécution trop routinière et un humour trop vite daté. En 2015, il faut soit une bonne dose de nostalgie personnelle, soit une solide tolérance au gag répétitif pour s'y replonger sans impatience. Les amateurs de comédie lycéenne japonaise préféreront se tourner vers Ranma ½ ou le déjà cité Le Collège Fou Fou Fou, qui jouent dans la même cour avec infiniment plus de conviction.
Ma note41%
Vu le 22 Juillet 2015


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