Là-haut
Il y a des films qui marquent dès leur première scène, et Là-haut en fait indéniablement partie. En quelques minutes, sans un mot, le film nous balade entre l'euphorie des rêves d'enfants, la tendresse d'une vie partagée et l'amertume du temps qui passe, jusqu'à nous broyer le cœur sans crier gare. Une introduction magistrale, d'une poignante justesse, qui aurait suffi à elle seule à faire de Là-haut un film marquant. Mais voilà, le film continue. Et c'est là que les problèmes commencent.L'histoire suit Carl Fredricksen, un vieux veuf bourru qui refuse obstinément de quitter sa maison, vestige de son passé avec Ellie. Condamné à la maison de retraite après un énième accrochage avec le monde moderne, il s'offre un dernier pied de nez en s'envolant vers l'Amérique du Sud, tracté par des milliers de ballons colorés. Jusque-là, pourquoi pas. L'idée d'une maison flottante, empreinte à la fois de mélancolie et de rêve d'enfant, fonctionne. Mais très vite, Là-haut bascule dans une aventure absurde et laborieuse. Carl découvre que Russell, un scout envahissant, s'est invité dans le voyage. Puis apparaissent un oiseau géant à l'air idiot, un chien qui parle grâce à un collier (idée qui aurait pu être amusante, mais qui vire au grotesque), et un méchant caricatural, Charles Muntz, censé être centenaire, mais plus fringant qu'un sexagénaire sous stéroïdes. L'élégance du début laisse place à un empilement d'éléments hétéroclites et un humour qui tombe à plat.
L'histoire souffre d'une cassure trop nette entre son introduction et ce qui suit. La promesse initiale — celle d'un homme portant son deuil, cherchant à réaliser le rêve de toute une vie — est vite délaissée au profit d'un scénario qui semble obligé de cocher toutes les cases du film d'aventure classique. La relation entre Carl et Russell aurait pu être touchante, mais elle manque de subtilité : le vieux grincheux qui finit par s'attendrir devant un enfant collant, c'est vu et revu. Ajoutez à cela un antagoniste aux motivations ridicules et des situations à la cohérence douteuse (un centenaire qui court sur un dirigeable, vraiment ?), et le film perd rapidement toute la grâce de ses premières minutes.
Les personnages eux-mêmes peinent à susciter l'attachement. Carl est un (em-) bon point de départ, mais il finit par s'enfermer dans un stéréotype du vieux ronchon qui n'évolue qu'à travers des ficelles trop épaisses. Russell, censé être attendrissant, oscille entre le lourdingue et l'agaçant. Quant à Doug, il est un exemple parfait de ce qui cloche dans la deuxième partie du film : l'idée du chien qui parle avait du potentiel, mais elle est exploitée de manière trop cartoon. Le comble revient à Muntz, personnage à peine ébauché dont la seule raison d'être est d'incarner une menace artificielle pour justifier un climax inutilement spectaculaire.
Le film tente d'aborder des thématiques profondes comme le deuil, le passage à autre chose et la transmission, mais il s'y prend avec trop de maladresse. L'idée de la maison comme métaphore du passé dont il faut savoir se détacher était intéressante, mais elle est expédiée avec une facilité décevante : Carl passe de l'obstination au renoncement en quelques plans, sans que le film prenne vraiment le temps d'explorer son cheminement intérieur. On nous sert également une morale un brin forcée sur l'amitié et la famille choisie, qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.
Techniquement, Là-haut est indéniablement réussi. L'animation est fluide, les paysages magnifiques, et l'utilisation de la couleur pour traduire les émotions est parfaitement maîtrisée. La mise en scène est inventive, notamment dans la première partie. La musique de Michael Giacchino est sans doute l'un des atouts majeurs du film : son thème principal, à la fois mélancolique et nostalgique, reste en tête bien après le visionnage. Mais aussi belle soit-elle, une mélodie ne peut pas sauver un film de ses errances scénaristiques.
Du côté des performances vocales, Edward Asner fait un travail impeccable en VO, donnant à Carl un grain de voix parfait pour son caractère bourru. En français, Charles Aznavour prête sa voix au personnage, ce qui avait tout pour être une idée géniale, mais son interprétation manque un peu d'énergie.
Là-haut est un film à deux visages. Sa première partie touche au sublime, tandis que le reste s'enfonce dans une aventure artificielle et bancale. Il aurait pu être un chef-d'œuvre, mais il finit par ressembler à un Pixar mineur qui a perdu en route son propre propos. Agréable par moments, frustrant souvent, il laisse un goût d'inachevé, comme une promesse non tenue. Dommage.
Ma note
46%