Le Diable au couvent

Quelque chose de délicieusement irrévérencieux circule dans ces trois minutes bricolées comme un numéro de théâtre forain sous acide. Le spectacle est bref, frontal, sans psychologie ni respiration, mais il a ce culot enfantin qui consiste à tout montrer, tout de suite, et à enchaîner les idées comme on jette des pétards. Le sacré y est traité comme un décor démontable, le mal comme un prestidigitateur cabotin, et le tout ressemble davantage à une farce anticléricale qu'à une fable morale. On sourit, parfois franchement, parfois par politesse historique, devant cette succession de métamorphoses qui relèvent plus du tour de magie que de la mise en scène au sens moderne.
Le diable, ici, n'est ni effrayant ni profondément subversif : c'est un trublion de foire, cousin éloigné de Méphistophélès, qui aurait raté son audition pour Faust et se serait rabattu sur un couvent en carton-pâte. Le film joue sur un anticléricalisme de pacotille, typique de la Belle Époque, où l'autorité religieuse devient un terrain de jeu idéal pour la transgression sans conséquence. Rien de vraiment blasphématoire, au fond, mais une irrévérence bon enfant qui fait penser aux dessins de presse de l'époque ou aux pitreries d'un Arlequin passé par le music-hall.
Visuellement, tout est à la fois fascinant et frustrant. Fascinant parce que chaque trucage, chaque apparition soudaine, rappelle à quel point le cinéma fut d'abord une affaire de magie avant de devenir un art du récit. Frustrant parce que tout reste figé, théâtral, prisonnier de son cadre comme un tableau vivant qui refuserait obstinément de respirer. On est loin de la fluidité narrative qu'apporteront plus tard D. W. Griffith ou des audaces visuelles de Nosferatu, mais on sent déjà poindre cette idée fondamentale : l'image peut mentir avec aplomb, et c'est précisément ce mensonge qui amuse.
Ce petit film amuse donc plus qu'il n'impressionne. Il n'a ni la poésie onirique du Voyage dans la Lune, ni l'inventivité continue qui fera la légende de son auteur, mais il possède une insolence tranquille et une efficacité primitive qui forcent le respect. Vu depuis 2014, l'objet tient autant du document historique que de la plaisanterie visuelle un peu datée. On ne crie pas au génie, on ne s'ennuie pas non plus : on regarde, on sourit, et on se rappelle que le cinéma est né en se moquant gentiment du monde, du ciel et de ceux qui prétendent en avoir les clefs.
Le diable, ici, n'est ni effrayant ni profondément subversif : c'est un trublion de foire, cousin éloigné de Méphistophélès, qui aurait raté son audition pour Faust et se serait rabattu sur un couvent en carton-pâte. Le film joue sur un anticléricalisme de pacotille, typique de la Belle Époque, où l'autorité religieuse devient un terrain de jeu idéal pour la transgression sans conséquence. Rien de vraiment blasphématoire, au fond, mais une irrévérence bon enfant qui fait penser aux dessins de presse de l'époque ou aux pitreries d'un Arlequin passé par le music-hall.
Visuellement, tout est à la fois fascinant et frustrant. Fascinant parce que chaque trucage, chaque apparition soudaine, rappelle à quel point le cinéma fut d'abord une affaire de magie avant de devenir un art du récit. Frustrant parce que tout reste figé, théâtral, prisonnier de son cadre comme un tableau vivant qui refuserait obstinément de respirer. On est loin de la fluidité narrative qu'apporteront plus tard D. W. Griffith ou des audaces visuelles de Nosferatu, mais on sent déjà poindre cette idée fondamentale : l'image peut mentir avec aplomb, et c'est précisément ce mensonge qui amuse.
Ce petit film amuse donc plus qu'il n'impressionne. Il n'a ni la poésie onirique du Voyage dans la Lune, ni l'inventivité continue qui fera la légende de son auteur, mais il possède une insolence tranquille et une efficacité primitive qui forcent le respect. Vu depuis 2014, l'objet tient autant du document historique que de la plaisanterie visuelle un peu datée. On ne crie pas au génie, on ne s'ennuie pas non plus : on regarde, on sourit, et on se rappelle que le cinéma est né en se moquant gentiment du monde, du ciel et de ceux qui prétendent en avoir les clefs.
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