L'école est finie
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Huit ans après Il reste du jambon ?, Anne Depetrini revient derrière la caméra avec L'école est finie, une comédie portée par Bérengère Krief et Grégory Fitoussi. Adaptation du livre Chronique d'une prof qui en saigne de Princesse Soso (une véritable enseignante qui avait livré son expérience sous ce pseudonyme), le film promettait d'explorer avec justesse les défis du système éducatif français à travers le prisme du choc culturel Paris-province.
Agathe Langlois, fraîchement titularisée professeure d'anglais, voit ses rêves parisiens s'effondrer quand elle apprend sa mutation forcée dans le collège de Trouilly-sur-Selle, quelque part en Picardie. Entre élèves dissipés, collègues blasés et logement de fortune chez un couple de retraités dont la femme souffre de pertes de mémoire, cette Parisienne aux ongles vernis va devoir troquer ses Louboutin contre des bottes de pluie et réapprendre les codes de la vie provinciale.
Le scénario, fruit de la collaboration entre quatre scénaristes, peine pourtant à dépasser le stade de l'esquisse. Si l'idée de départ présente un potentiel certain (explorer la double adaptation d'une enseignante déracinée entre sa classe et son nouveau foyer), l'exécution tombe dans l'écueil du cliché assumé sans la moindre tentative de subversion. Le film enchaîne les situations convenues avec la mécanique implacable d'un manuel de comédie française : la Parisienne snob qui découvre « l'authenticité » rurale, les élèves turbulents au grand cœur, le séduisant collègue masculin qui fera battre le cœur de l'héroïne. Même le nom du village, Trouilly-sur-Selle, témoigne d'une conception pour le moins basique de l'humour potache.
Le personnage d'Agathe cristallise les faiblesses du film. Caricature de la bourgeoise parisienne, elle véhicule une vision aussi réductrice de la capitale que de la province qu'elle découvre. Son évolution, censée nous mener vers une prise de conscience humaniste, se résume à quelques maladresses attendrissantes et à l'apprentissage de la solidarité rurale. Les élèves, eux, oscillent entre les archétypes du cancre attachant et de l'intello mal dans sa peau, sans qu'aucun ne trouve véritablement d'épaisseur. Quant au Raphaël de Grégory Fitoussi, professeur de mathématiques au charme évident, il se contente d'incarner l'objet de désir romantique sans autre profondeur que sa règle de tableau qui dépasse de son sac à dos.
Car c'est bien là que le bât blesse : pour que l'école soit finie, il faudrait d'abord qu'elle ait commencé. Le film effleure à peine les véritables enjeux de l'Éducation nationale (précarité des jeunes enseignants, difficultés de transmission, problèmes disciplinaires) pour mieux se concentrer sur une romance sirupeuse qui phagocyte rapidement l'intrigue. Les salles de classe ne servent que de décor à des gags visuels convenus, et les enseignants que nous croisons ne semblent jamais réellement enseigner, se contentant de se plaindre en salle des professeurs ou de photographier les copies de leurs élèves pour s'en amuser.
La réalisation d'Anne Depetrini manque cruellement de souffle et d'inspiration visuelle. La mise en scène statique peine à dynamiser des dialogues souvent plats, tandis que la photographie de Lucas Leconte reste dans un registre télévisuel sans ambition esthétique particulière. La bande originale de Gush, ponctuée de batteries agressives, tente vainement de insuffler un rythme à un récit qui s'étire mollement sur ses quatre-vingt-sept minutes. Seul le générique animé, avec ses petites illustrations façon rébus d'antan, apporte une touche d'originalité bienvenue à l'ensemble.
Bérengère Krief, pourtant attachante dans Adopte un veuf ou la série Joséphine, peine ici à donner de la substance à un personnage écrit de manière trop superficielle. Sa prestation, sans être désastreuse, manque de cette présence magnétique qui pourrait sauver le film de sa médiocrité. Grégory Fitoussi, cantonné au rôle du prince charmant de service, n'a guère l'occasion de déployer son talent habituel. Seul Patrick Chesnais, dans le rôle du logeur bourru au cœur tendre, apporte quelques moments de grâce et d'humanité à l'ensemble. Le film marquait d'ailleurs la dernière apparition à l'écran de Serge Larivière dans le rôle du proviseur, loin d'être un chant du cygne pour cet acteur discret mais attachant.
L'école est finie s'inscrit dans cette tradition du cinéma français qui mise sur des recettes éprouvées sans prendre le risque de la moindre originalité. Si le propos initial (questionner les mutations géographiques subies par les enseignants et leurs difficultés d'adaptation) méritait d'être exploré, le film préfère la facilité d'une comédie romantique prévisible qui évacue rapidement ses ambitions sociales. On ressort de cette récréation peu convaincante avec l'impression d'avoir assisté à un cours magistral de bienséance audiovisuelle, là où Entre les murs ou La vie scolaire parvenaient à capter la complexité du monde éducatif avec autrement plus de justesse et d'acuité.
Agathe Langlois, fraîchement titularisée professeure d'anglais, voit ses rêves parisiens s'effondrer quand elle apprend sa mutation forcée dans le collège de Trouilly-sur-Selle, quelque part en Picardie. Entre élèves dissipés, collègues blasés et logement de fortune chez un couple de retraités dont la femme souffre de pertes de mémoire, cette Parisienne aux ongles vernis va devoir troquer ses Louboutin contre des bottes de pluie et réapprendre les codes de la vie provinciale.
Le scénario, fruit de la collaboration entre quatre scénaristes, peine pourtant à dépasser le stade de l'esquisse. Si l'idée de départ présente un potentiel certain (explorer la double adaptation d'une enseignante déracinée entre sa classe et son nouveau foyer), l'exécution tombe dans l'écueil du cliché assumé sans la moindre tentative de subversion. Le film enchaîne les situations convenues avec la mécanique implacable d'un manuel de comédie française : la Parisienne snob qui découvre « l'authenticité » rurale, les élèves turbulents au grand cœur, le séduisant collègue masculin qui fera battre le cœur de l'héroïne. Même le nom du village, Trouilly-sur-Selle, témoigne d'une conception pour le moins basique de l'humour potache.
Le personnage d'Agathe cristallise les faiblesses du film. Caricature de la bourgeoise parisienne, elle véhicule une vision aussi réductrice de la capitale que de la province qu'elle découvre. Son évolution, censée nous mener vers une prise de conscience humaniste, se résume à quelques maladresses attendrissantes et à l'apprentissage de la solidarité rurale. Les élèves, eux, oscillent entre les archétypes du cancre attachant et de l'intello mal dans sa peau, sans qu'aucun ne trouve véritablement d'épaisseur. Quant au Raphaël de Grégory Fitoussi, professeur de mathématiques au charme évident, il se contente d'incarner l'objet de désir romantique sans autre profondeur que sa règle de tableau qui dépasse de son sac à dos.
Car c'est bien là que le bât blesse : pour que l'école soit finie, il faudrait d'abord qu'elle ait commencé. Le film effleure à peine les véritables enjeux de l'Éducation nationale (précarité des jeunes enseignants, difficultés de transmission, problèmes disciplinaires) pour mieux se concentrer sur une romance sirupeuse qui phagocyte rapidement l'intrigue. Les salles de classe ne servent que de décor à des gags visuels convenus, et les enseignants que nous croisons ne semblent jamais réellement enseigner, se contentant de se plaindre en salle des professeurs ou de photographier les copies de leurs élèves pour s'en amuser.
La réalisation d'Anne Depetrini manque cruellement de souffle et d'inspiration visuelle. La mise en scène statique peine à dynamiser des dialogues souvent plats, tandis que la photographie de Lucas Leconte reste dans un registre télévisuel sans ambition esthétique particulière. La bande originale de Gush, ponctuée de batteries agressives, tente vainement de insuffler un rythme à un récit qui s'étire mollement sur ses quatre-vingt-sept minutes. Seul le générique animé, avec ses petites illustrations façon rébus d'antan, apporte une touche d'originalité bienvenue à l'ensemble.
Bérengère Krief, pourtant attachante dans Adopte un veuf ou la série Joséphine, peine ici à donner de la substance à un personnage écrit de manière trop superficielle. Sa prestation, sans être désastreuse, manque de cette présence magnétique qui pourrait sauver le film de sa médiocrité. Grégory Fitoussi, cantonné au rôle du prince charmant de service, n'a guère l'occasion de déployer son talent habituel. Seul Patrick Chesnais, dans le rôle du logeur bourru au cœur tendre, apporte quelques moments de grâce et d'humanité à l'ensemble. Le film marquait d'ailleurs la dernière apparition à l'écran de Serge Larivière dans le rôle du proviseur, loin d'être un chant du cygne pour cet acteur discret mais attachant.
L'école est finie s'inscrit dans cette tradition du cinéma français qui mise sur des recettes éprouvées sans prendre le risque de la moindre originalité. Si le propos initial (questionner les mutations géographiques subies par les enseignants et leurs difficultés d'adaptation) méritait d'être exploré, le film préfère la facilité d'une comédie romantique prévisible qui évacue rapidement ses ambitions sociales. On ressort de cette récréation peu convaincante avec l'impression d'avoir assisté à un cours magistral de bienséance audiovisuelle, là où Entre les murs ou La vie scolaire parvenaient à capter la complexité du monde éducatif avec autrement plus de justesse et d'acuité.
Ma note37%
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