L'homme qui sauva le monde, et autres sources d'étonnement
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Ce qu'il y a d'un peu agaçant avec Patrick Baud, c'est qu'on ne sait pas trop par où le saisir. Avignonnais né en 1979, animateur radio à ses heures, créateur depuis 2009 du blog axolot.info sur lequel il recense avec une application de collectionneur les curiosités les plus déroutantes du monde réel : cet homme-là n'est ni journaliste, ni scientifique, ni écrivain au sens traditionnel du terme. Et pourtant, son premier livre, autoédité via lulu.com et sorti début 2012, tient parfaitement la route. Ce qui est à la fois rassurant et légèrement vexant pour tout le monde.
L'homme qui sauva le monde, et autres sources d'étonnement est exactement ce que son titre promet : un recueil des meilleurs articles d'Axolot, augmenté de contenu inédit et d'illustrations signées par quelques pointures de la bande dessinée franco-belge : Manu Larcenet, Boulet, Marion Montaigne, Libon, entre autres. Les histoires y sont classées par thèmes sur une centaine quatre-vingts pages : mystères inexpliqués, lieux improbables, expériences scientifiques limites, tours que nous joue notre propre cerveau. Le format est celui de la gélule : une anecdote, une à deux pages, avalée avant que le cerveau n'ait le temps de résister. Et ça marche. On ouvre le livre pour « jeter un œil » et on le referme une heure plus tard en réalisant qu'on a tout lu d'une traite.
L'histoire éponyme mérite qu'on s'y attarde, parce qu'elle est le cœur battant du projet. Le 26 septembre 1983, au plus fort de la Guerre froide, un lieutenant-colonel soviétique du nom de Stanislav Petrov se retrouve seul face à une alarme lui signalant le lancement de cinq missiles nucléaires américains en direction de l'URSS. Les protocoles sont clairs : il doit alerter immédiatement sa hiérarchie, enclencher la contre-attaque, et ainsi déclencher une guerre totale. Petrov réfléchit. Il doute. Il décide que c'est une erreur du système. Il a raison. L'humanité continue de s'ignorer mutuellement sans savoir qu'elle le doit à la prudence d'un homme dont personne ne connaît le nom. Baud raconte ça avec une économie de moyens et un sens du rythme qui forcent le respect : l'histoire est déjà extraordinaire, il n'en rajoute pas.
C'est d'ailleurs sa principale qualité : il ne cherche pas à écraser le lecteur sous son érudition, ne pontifie jamais, ne surjoue pas l'émerveillement. Le ton est celui d'un ami qui te glisse une information incroyable entre le fromage et le dessert, en sachant pertinemment que tu vas passer la soirée à vérifier sur Internet. On croise le pont d'Overtoun en Écosse, lieu mystérieux où des dizaines de chiens se jettent dans le vide depuis des décennies ; on rencontre Brooke Greenberg, cette fillette américaine dont le corps a refusé de grandir depuis sa naissance ; on frissonne devant l'incident du col Dyatlov, dont les victimes soviétiques sont mortes dans des circonstances que personne n'a jamais vraiment élucidées. Dans le genre, ça tient largement la comparaison avec ce que fait Marion Montaigne dans Tu mourras moins bête, à ceci près qu'ici on est dans le texte pur, sans le bénéfice d'un dessin qui compense les longueurs.
Cependant, pour un livre qui annonce des illustrations de Larcenet et de Boulet, le résultat est sensiblement plus chiche qu'espéré : quelques vignettes éparses qui donnent davantage l'impression d'un bonus que d'un vrai travail éditorial. On imagine sans peine ce que le livre aurait pu être avec une photo, un dessin, ou même une simple infographie par chapitre. À l'heure où chaque article du blog Axolot est soigneusement illustré en ligne, la version papier accuse un manque qui se fait sentir. S'ajoutent à ça quelques coquilles typographiques qui rappellent que l'autoédition a ses charmes mais aussi ses angles morts, et une ou deux approximations scientifiques que le lecteur exigeant ne manquera pas de relever : notamment une démonstration du paradoxe des faux positifs un peu trop rapidement expédiée pour être vraiment convaincante.
Rien de rédhibitoire, entendons-nous bien. Le livre reste ce qu'il est : un objet de curiosité sincère, fabriqué avec soin par quelqu'un qui aime profondément son sujet et sait le faire aimer. Pour les habitués du blog, certaines histoires seront déjà connues : le livre fonctionne alors davantage comme une anthologie confortable que comme une vraie découverte. Pour les nouveaux venus, c'est en revanche une excellente porte d'entrée dans l'univers Axolot, et un cadeau qui fera mouche à coup sûr. On referme ça avec le sentiment d'avoir passé un bon moment sans avoir été transformé, ce qui est honnêtement tout ce qu'on lui demandait.
L'homme qui sauva le monde, et autres sources d'étonnement est exactement ce que son titre promet : un recueil des meilleurs articles d'Axolot, augmenté de contenu inédit et d'illustrations signées par quelques pointures de la bande dessinée franco-belge : Manu Larcenet, Boulet, Marion Montaigne, Libon, entre autres. Les histoires y sont classées par thèmes sur une centaine quatre-vingts pages : mystères inexpliqués, lieux improbables, expériences scientifiques limites, tours que nous joue notre propre cerveau. Le format est celui de la gélule : une anecdote, une à deux pages, avalée avant que le cerveau n'ait le temps de résister. Et ça marche. On ouvre le livre pour « jeter un œil » et on le referme une heure plus tard en réalisant qu'on a tout lu d'une traite.
L'histoire éponyme mérite qu'on s'y attarde, parce qu'elle est le cœur battant du projet. Le 26 septembre 1983, au plus fort de la Guerre froide, un lieutenant-colonel soviétique du nom de Stanislav Petrov se retrouve seul face à une alarme lui signalant le lancement de cinq missiles nucléaires américains en direction de l'URSS. Les protocoles sont clairs : il doit alerter immédiatement sa hiérarchie, enclencher la contre-attaque, et ainsi déclencher une guerre totale. Petrov réfléchit. Il doute. Il décide que c'est une erreur du système. Il a raison. L'humanité continue de s'ignorer mutuellement sans savoir qu'elle le doit à la prudence d'un homme dont personne ne connaît le nom. Baud raconte ça avec une économie de moyens et un sens du rythme qui forcent le respect : l'histoire est déjà extraordinaire, il n'en rajoute pas.
C'est d'ailleurs sa principale qualité : il ne cherche pas à écraser le lecteur sous son érudition, ne pontifie jamais, ne surjoue pas l'émerveillement. Le ton est celui d'un ami qui te glisse une information incroyable entre le fromage et le dessert, en sachant pertinemment que tu vas passer la soirée à vérifier sur Internet. On croise le pont d'Overtoun en Écosse, lieu mystérieux où des dizaines de chiens se jettent dans le vide depuis des décennies ; on rencontre Brooke Greenberg, cette fillette américaine dont le corps a refusé de grandir depuis sa naissance ; on frissonne devant l'incident du col Dyatlov, dont les victimes soviétiques sont mortes dans des circonstances que personne n'a jamais vraiment élucidées. Dans le genre, ça tient largement la comparaison avec ce que fait Marion Montaigne dans Tu mourras moins bête, à ceci près qu'ici on est dans le texte pur, sans le bénéfice d'un dessin qui compense les longueurs.
Cependant, pour un livre qui annonce des illustrations de Larcenet et de Boulet, le résultat est sensiblement plus chiche qu'espéré : quelques vignettes éparses qui donnent davantage l'impression d'un bonus que d'un vrai travail éditorial. On imagine sans peine ce que le livre aurait pu être avec une photo, un dessin, ou même une simple infographie par chapitre. À l'heure où chaque article du blog Axolot est soigneusement illustré en ligne, la version papier accuse un manque qui se fait sentir. S'ajoutent à ça quelques coquilles typographiques qui rappellent que l'autoédition a ses charmes mais aussi ses angles morts, et une ou deux approximations scientifiques que le lecteur exigeant ne manquera pas de relever : notamment une démonstration du paradoxe des faux positifs un peu trop rapidement expédiée pour être vraiment convaincante.
Rien de rédhibitoire, entendons-nous bien. Le livre reste ce qu'il est : un objet de curiosité sincère, fabriqué avec soin par quelqu'un qui aime profondément son sujet et sait le faire aimer. Pour les habitués du blog, certaines histoires seront déjà connues : le livre fonctionne alors davantage comme une anthologie confortable que comme une vraie découverte. Pour les nouveaux venus, c'est en revanche une excellente porte d'entrée dans l'univers Axolot, et un cadeau qui fera mouche à coup sûr. On referme ça avec le sentiment d'avoir passé un bon moment sans avoir été transformé, ce qui est honnêtement tout ce qu'on lui demandait.
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