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· Julien   Lepage

Lieux secrets, merveilles insolites de l'humanité
Patrick Baud
2017

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Illustration de critique : Lieux secrets, merveilles insolites de l'humanité
Patrick Baud, c'est d'abord une voix. Celle qu'on connaît depuis des années sur YouTube, posée sur des images de créatures improbables ou de lieux qui semblent sortis d'un jeu vidéo, et qui sont pourtant bien réels. Patrick Baud, c'est le type qui a réussi l'exploit de transformer un blog sur les curiosités du monde en empire de l'insolite : chaîne YouTube Axolot, bandes bandes-dessinées chez Delcourt, et maintenant une collection de beaux livres chez Dunod dont Lieux secrets constitue le deuxième volet, après Terre secrète coécrit avec le géologue Charles Frankel. Cette fois, il est seul aux commandes, et le sujet se resserre sur les créations humaines : cent lieux construits, façonnés ou habités par l'homme, choisis pour leur étrangeté et leur relative discrétion sur la carte du tourisme mondial.

Le principe est simple et redoutablement efficace : une double page par site, une photographie pleine cadre d'un côté, un texte court de l'autre. Le puits initiatique du palais de la Regaleira au Portugal, les gratte-ciels en terre du Yémen vieux de plusieurs siècles, la mosquée Nasir ol-Molk en Iran avec ses vitraux qui transforment le sol en arc-en-ciel, les jardins suspendus futuristes de Singapour… Il y a là une centaine d'endroits que la plupart des gens n'iront jamais voir en vrai, et c'est précisément ce qui fait le charme de l'affaire. Baud ne fait pas du tourisme, il fait de la curiosité : nuance importante.

Et franchement, ça marche. On ouvre ce livre n'importe où, au hasard, et on se retrouve instantanément à lire la notice d'un site dont on ignorait jusqu'à l'existence cinq secondes plus tôt. C'est le talent propre à l'univers Axolot : cette capacité à susciter l'étonnement sans jamais condescendre, à vulgariser sans infantiliser. La dimension géologique ou architecturale de certains lieux est expliquée avec une clarté qui fait plaisir : on comprend pourquoi les choses sont comme elles sont, pas seulement qu'elles existent. Il y a quelque chose de sergio leonien là-dedans : le monde comme décor de quelque chose de plus grand que lui.

Cela dit, le livre a un défaut qu'on ne peut pas feindre d'ignorer une fois qu'on l'a remarqué : une seule photo par lieu. Systématiquement. Parfois c'est suffisant : un panorama dit tout. Mais souvent, on reste sur sa faim. Le musée sous-marin de Cancún, par exemple, avec ses centaines de sculptures immergées à plusieurs mètres de profondeur, mériterait bien trois ou quatre angles différents pour être vraiment rendu. Une seule image, aussi belle soit-elle, ne fait que gratter la surface. C'est l'équation un peu frustrante du format : cent lieux en deux cents pages, le calcul est vite fait, et l'approfondissement en prend un coup.

Le texte souffre du même problème de gabarit. Les notices sont courtes… trop courtes pour les lieux qui auraient une histoire riche à raconter. On effleure, on intrigue, mais on ne plonge jamais vraiment. Pour quelqu'un qui a passé des heures à regarder les vidéos Axolot, où Baud prend le temps de dérouler une anecdote sur dix minutes avec des archives, des cartes et des zooms bien sentis, le passage au format beau livre impose une concession narrative qui se ressent. C'est un peu comme regarder une bande-annonce en boucle : séduisant, mais incomplet.

Il n'empêche. En tant qu'objet — et c'en est un, clairement — Lieux secrets est réussi. C'est le genre de livre qu'on laisse sur une table basse sans honte, qu'on offre sans risque de se tromper, qu'on feuillette à trois heures du matin quand on ne sait plus quoi faire. C'est plaisant. Vraiment plaisant. Juste pas inoubliable.
Ma note74%
Lu le 21 Août 2018


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