Les tabous de la police : itinéraire d'un flic français

Quelque chose frappe d'emblée avec ce livre paru au printemps 2009 : son auteur n'écrit pas depuis une tour d'ivoire. Mohamed Douhane n'est ni essayiste médiatique ni intellectuel de plateau télé, mais commandant de police, entré dans la maison après un parcours personnel déjà chargé de symboles. Issu de l'immigration, formé sur le terrain, il signe ici un premier ouvrage qui tient à la fois du témoignage, de l'essai civique et du récit de trajectoire individuelle. Dans sa bibliographie, ce texte fait figure de manifeste inaugural : pas encore l'auteur récurrent, déjà le porte-voix d'un malaise qu'on préfère souvent contourner. À l'époque, les débats sur la sécurité saturent l'espace public, et ce livre arrive comme une tentative de remettre un peu de chair et de complexité dans un discours devenu binaire.
Le propos s'articule autour d'un constat simple : la police est à la fois omniprésente dans l'imaginaire collectif et profondément méconnue. Le récit s'appuie sur dix-sept années de carrière, évoquant commissariats, rues tendues, réunions hiérarchiques et face-à-face avec une délinquance qui ne ressemble ni tout à fait aux chiffres ni tout à fait aux slogans. Le personnage central, évidemment, c'est l'auteur lui-même, flic atypique, coincé entre l'institution qu'il sert et la société qu'il observe avec une lucidité parfois désabusée. Autour de lui gravitent des figures familières : collègues usés ou cyniques, jeunes délinquants pris trop tôt dans une spirale, responsables politiques éloignés du terrain, citoyens oscillant entre peur et défiance. L'ensemble ne cherche pas le sensationnel ; il dissèque plutôt ce que Douhane appelle les tabous, ces zones grises où se mêlent non-dits, fantasmes et contradictions françaises.
Ce qui séduit, c'est d'abord le ton. Pas de grand déballage émotionnel ni de posture héroïque : l'écriture reste sobre, presque clinique par moments, comme si l'auteur se méfiait de toute tentation romanesque. Cette retenue donne de la crédibilité au propos, même lorsqu'il aborde des sujets explosifs comme la délinquance des mineurs ou l'échec de certaines politiques de prévention. On pense parfois à ces films policiers français des années 1970, moins pour l'action que pour la sécheresse du regard, quand le réel dérange plus qu'il ne rassure. En revanche, cette volonté de rester « raisonnable » a aussi son revers : à force de prudence, certains chapitres semblent s'arrêter juste avant de devenir réellement dérangeants. Le titre promet des révélations fracassantes ; le contenu livre plutôt une analyse honnête, mais parfois attendue.
Le livre gagne néanmoins en intérêt lorsqu'il assume pleinement sa dimension personnelle. Les passages où Douhane évoque son rapport à l'institution, ses désaccords feutrés avec certaines pratiques, ou encore la manière dont son origine influe sur son regard et sur celui des autres, sont les plus justes. On sent qu'il a parfois payé ce franc-parler dans sa carrière, et cette tension donne au texte une épaisseur bienvenue. Tout n'est pas également convaincant : certaines analyses paraissent datées ou trop alignées sur un discours sécuritaire classique, et l'on aurait aimé que certaines zones d'ombre soient explorées plus avant, quitte à froisser davantage.
Reste un livre utile, sérieux, parfois frustrant, mais rarement creux, qui mérite d'être lu comme un instantané de la France de la fin des années 2000, coincée entre peur, crispations identitaires et besoin de solutions simples à des problèmes complexes. Ce n'est ni un brûlot ni un chef-d'œuvre, plutôt un témoignage solide qui ouvre des pistes sans toujours aller au bout.
Le propos s'articule autour d'un constat simple : la police est à la fois omniprésente dans l'imaginaire collectif et profondément méconnue. Le récit s'appuie sur dix-sept années de carrière, évoquant commissariats, rues tendues, réunions hiérarchiques et face-à-face avec une délinquance qui ne ressemble ni tout à fait aux chiffres ni tout à fait aux slogans. Le personnage central, évidemment, c'est l'auteur lui-même, flic atypique, coincé entre l'institution qu'il sert et la société qu'il observe avec une lucidité parfois désabusée. Autour de lui gravitent des figures familières : collègues usés ou cyniques, jeunes délinquants pris trop tôt dans une spirale, responsables politiques éloignés du terrain, citoyens oscillant entre peur et défiance. L'ensemble ne cherche pas le sensationnel ; il dissèque plutôt ce que Douhane appelle les tabous, ces zones grises où se mêlent non-dits, fantasmes et contradictions françaises.
Ce qui séduit, c'est d'abord le ton. Pas de grand déballage émotionnel ni de posture héroïque : l'écriture reste sobre, presque clinique par moments, comme si l'auteur se méfiait de toute tentation romanesque. Cette retenue donne de la crédibilité au propos, même lorsqu'il aborde des sujets explosifs comme la délinquance des mineurs ou l'échec de certaines politiques de prévention. On pense parfois à ces films policiers français des années 1970, moins pour l'action que pour la sécheresse du regard, quand le réel dérange plus qu'il ne rassure. En revanche, cette volonté de rester « raisonnable » a aussi son revers : à force de prudence, certains chapitres semblent s'arrêter juste avant de devenir réellement dérangeants. Le titre promet des révélations fracassantes ; le contenu livre plutôt une analyse honnête, mais parfois attendue.
Le livre gagne néanmoins en intérêt lorsqu'il assume pleinement sa dimension personnelle. Les passages où Douhane évoque son rapport à l'institution, ses désaccords feutrés avec certaines pratiques, ou encore la manière dont son origine influe sur son regard et sur celui des autres, sont les plus justes. On sent qu'il a parfois payé ce franc-parler dans sa carrière, et cette tension donne au texte une épaisseur bienvenue. Tout n'est pas également convaincant : certaines analyses paraissent datées ou trop alignées sur un discours sécuritaire classique, et l'on aurait aimé que certaines zones d'ombre soient explorées plus avant, quitte à froisser davantage.
Reste un livre utile, sérieux, parfois frustrant, mais rarement creux, qui mérite d'être lu comme un instantané de la France de la fin des années 2000, coincée entre peur, crispations identitaires et besoin de solutions simples à des problèmes complexes. Ce n'est ni un brûlot ni un chef-d'œuvre, plutôt un témoignage solide qui ouvre des pistes sans toujours aller au bout.
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