Survivants : anomalies quantiques, épisode 1

Dix-sept ans après le début des Mondes d'Aldébaran, Leo fait quelque chose d'inédit dans sa bibliographie : il abandonne ses personnages principaux le temps d'un nouveau cycle. Kim, Marc, Alexa, Pad : tout ce petit monde reste coincé du côté d'Antarès pendant que ce spin-off, lancé en janvier 2011 alors qu'Antarès n'est qu'à son troisième tome sur six, introduit un groupe entièrement nouveau. C'est la première fois que Leo tente ce pari dans sa saga, et l'ambition mérite d'être saluée.
Un vaisseau interstellaire, le Tycho-Brahé, transportait plus de 2 500 colons en route vers Aldébaran. C'est le dram : le vaisseau se désintègre. Douze survivants se réveillent dans une navette de secours, seuls au monde… enfin, pas tout à fait, puisqu'ils atterrissent en catastrophe sur une planète inconnue, GJ1347-4, aussi accueillante que son nom est poétique. Parmi eux, Manon prend les choses en main : c'est elle l'héroïne de ce nouveau cycle, dans la tradition des femmes fortes chères à Leo. Le groupe doit s'organiser, survivre, explorer. Le schéma est connu.
Et c'est là le premier problème : quitter Kim et sa bande pour suivre un tout nouvel équipage, c'est intéressant en soi : du sang neuf, de nouvelles têtes, une planète encore vierge… mais ça veut aussi dire abandonner les mystères qu'on avait laissés en suspens du côté d'Antarès, et recommencer à zéro avec des personnages qu'on n'a pas encore de raison d'aimer. La comparaison avec Lost s'impose naturellement : même structure de groupe en survie, même hiérarchies qui se forment, même tension entre les membres ; mais Leo n'a jamais eu le talent de J. J. Abrams pour rendre des inconnus immédiatement attachants.
Ce qui déçoit davantage, c'est l'anthropomorphisme des extraterrestres découverts dans les dernières pages. Leo avait jusqu'ici réservé ses races intelligentes à des créatures non-humanoïdes (les iums de Bételgeuse, les entités liées à la Mantrisse). Ici, le peuple évolué qu'on aperçoit ressemble déconcertamment à des humains : mêmes proportions, mêmes gestes, des fusils, des sacs, des pièces d'or. Les us et coutumes sont d'une familiarité presque comique. Il y a fort à parier que les Européens qui débarquèrent en Amérique au XVe siècle furent bien plus dépaysés que nos héros devant ces extraterrestres-là. On attendait de Leo qu'il ose vraiment l'altérité : il recule au dernier moment. Les créatures de la jungle ne sont pas non plus à la hauteur du bestiaire habituel : on a un peu l'impression de tourner en rond, comme si la faune avait déjà été inventée ailleurs et recyclée ici.
Cela dit, le concept de fond — les anomalies quantiques qui vont provoquer des sauts temporels involontaires — est original dans l'univers des Mondes d'Aldébaran, et laisse présager quelque chose de plus ambitieux dans les tomes suivants. Le rythme est bon, l'album se lit d'une traite, et la planète a ses propres qualités visuelles même si elles restent en deçà de ce qu'on espérait. Ne boudons pas notre plaisir, donc, et attendons de voir où Leo nous emmène vraiment avec ce nouveau cycle.
Un vaisseau interstellaire, le Tycho-Brahé, transportait plus de 2 500 colons en route vers Aldébaran. C'est le dram : le vaisseau se désintègre. Douze survivants se réveillent dans une navette de secours, seuls au monde… enfin, pas tout à fait, puisqu'ils atterrissent en catastrophe sur une planète inconnue, GJ1347-4, aussi accueillante que son nom est poétique. Parmi eux, Manon prend les choses en main : c'est elle l'héroïne de ce nouveau cycle, dans la tradition des femmes fortes chères à Leo. Le groupe doit s'organiser, survivre, explorer. Le schéma est connu.
Et c'est là le premier problème : quitter Kim et sa bande pour suivre un tout nouvel équipage, c'est intéressant en soi : du sang neuf, de nouvelles têtes, une planète encore vierge… mais ça veut aussi dire abandonner les mystères qu'on avait laissés en suspens du côté d'Antarès, et recommencer à zéro avec des personnages qu'on n'a pas encore de raison d'aimer. La comparaison avec Lost s'impose naturellement : même structure de groupe en survie, même hiérarchies qui se forment, même tension entre les membres ; mais Leo n'a jamais eu le talent de J. J. Abrams pour rendre des inconnus immédiatement attachants.
Ce qui déçoit davantage, c'est l'anthropomorphisme des extraterrestres découverts dans les dernières pages. Leo avait jusqu'ici réservé ses races intelligentes à des créatures non-humanoïdes (les iums de Bételgeuse, les entités liées à la Mantrisse). Ici, le peuple évolué qu'on aperçoit ressemble déconcertamment à des humains : mêmes proportions, mêmes gestes, des fusils, des sacs, des pièces d'or. Les us et coutumes sont d'une familiarité presque comique. Il y a fort à parier que les Européens qui débarquèrent en Amérique au XVe siècle furent bien plus dépaysés que nos héros devant ces extraterrestres-là. On attendait de Leo qu'il ose vraiment l'altérité : il recule au dernier moment. Les créatures de la jungle ne sont pas non plus à la hauteur du bestiaire habituel : on a un peu l'impression de tourner en rond, comme si la faune avait déjà été inventée ailleurs et recyclée ici.
Cela dit, le concept de fond — les anomalies quantiques qui vont provoquer des sauts temporels involontaires — est original dans l'univers des Mondes d'Aldébaran, et laisse présager quelque chose de plus ambitieux dans les tomes suivants. Le rythme est bon, l'album se lit d'une traite, et la planète a ses propres qualités visuelles même si elles restent en deçà de ce qu'on espérait. Ne boudons pas notre plaisir, donc, et attendons de voir où Leo nous emmène vraiment avec ce nouveau cycle.
Ma note69%
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