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· Julien   Lepage

Retour sur Aldébaran, épisode 1
Leo
2018

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Illustration de critique : Retour sur Aldébaran, épisode 1
Leo marque en 2018 un tournant discret dans sa propre bibliographie : pour la première fois depuis 1994, il confie les couleurs à quelqu'un d'autre. C'est Florence Spitéri qui prend le relais au pinceau numérique. Leo l'annonce lui-même en début d'album, ce qui était probablement la bonne décision ; parce que sans cet avertissement, peu de lecteurs auraient vu la différence. Le résultat est dans la stricte continuité de ce que Leo faisait seul : les palettes, les ambiances lumineuses, les décors végétaux. On pourrait chipoter sur quelques détails, mais honnêtement, la transition est quasi imperceptible. Acte 1 réussi.

Ce premier épisode de Retour sur Aldébaran réunit enfin Kim et Manon : la grande promesse du cycle Survivants, celle qui faisait tenir le lecteur depuis des années. La rencontre a lieu, rapidement, un peu trop facilement peut-être pour une jonction narrative aussi longtemps annoncée. Mais elle a lieu, et c'est déjà ça. Les deux héroïnes élues par la Mantrisse se retrouvent donc face à face, avec tout ce que ça implique comme dynamiques narratives nouvelles. Et puis, à peine le temps de respirer l'air d'Aldébaran, le groupe repart… cette fois vers une planète inconnue. La promesse du titre n'est donc tenue qu'à moitié : on revient sur Aldébaran le temps d'une escale, pas d'un retour aux sources. Les lecteurs qui espéraient retrouver les décors du tout premier cycle risquent d'être un peu frustrés.

Ce qui fonctionne bien, en revanche, c'est le retour des antagonistes religieux dans l'équation. On les avait connus dans Bételgeuse, où ils apportaient un vrai sel dramatique à la saga : leur fanatisme opérait comme une menace concrète et humaine, bien plus insidieuse que n'importe quel prédateur extraterrestre. Les retrouver ici, toujours aussi imperméables au bon sens, fait son petit effet. C'est l'un des éléments les plus réussis du tome.

Ce qui inquiète un peu, c'est la tendance de Leo à multiplier les ouvertures sans les refermer. Chaque cycle ajoute des mystères, des personnages, des planètes, et ce premier épisode de Retour sur Aldébaran ne fait pas exception. On ouvre une nouvelle porte avant même d'avoir terminé de traverser les précédentes. Ce serait bien, à un moment, d'avancer dans l'intrigue plutôt que de l'élargir encore. La saga compte désormais vingt-deux albums, et on commence à se demander si Leo a un plan d'ensemble clairement défini ou s'il improvise au fil de sa propre curiosité. Ce n'est pas forcément un défaut (il y a quelque chose de généreux dans cette façon de construire un univers sans fin), mais ça finit par créer une légère lassitude chez le lecteur qui cherche une résolution. On suit. On verra.
Ma note66%
Lu le 30 Mars 2026


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