Le mystère des dieux
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Troisième et dernier tome du Cycle des dieux — lui-même suite du Cycle des anges —, Le mystère des dieux marque en 2007 la conclusion de ce que Bernard Werber appelle lui-même sa Pentalogie du ciel, un chantier titanesque qu'il affirme avoir mis neuf ans à construire dans sa tête avant de le coucher sur papier. Auteur culte des années 90 avec sa trilogie des fourmis (Les fourmis, Le jour des fourmis, La révolution des fourmis), Werber a depuis installé une mécanique narrative bien rodée : des chapitres courts, des cliffhangers systématiques, une encyclopédie fictive disséminée dans le texte, et des grandes questions existentielles enveloppées dans des intrigues accessibles au plus grand nombre. Ça fonctionne. Ça a toujours fonctionné. Sauf que cette fois, au moment de boucler la boucle, quelque chose coince.
Michael Pinson revient de sa rencontre avec Zeus avec une information de taille : il existerait une montagne encore plus haute que celle du dieu des dieux. Une seconde montagne. Et au sommet, forcément, un mystère encore plus mystérieux. En attendant d'y grimper, Michael doit survivre à la finale du jeu d'Y, une sorte de Hunger games métaphysique entre apprentis dieux, dont il sort très mal. Il commet l'irréparable (tuer un autre élève), et se retrouve condamné au pire des châtiments : redevenir mortel et vivre parmi les humains sur Terre 18, cette planète qu'il a lui-même contribué à façonner. Là, surprise, ça se passe plutôt bien. Il trouve l'amour, réalise que même sans pouvoirs divins on peut changer les choses, et commence presqu'à apprécier la condition humaine. Presque. Parce que l'appel d'Æden finit par revenir, et Michael repart pour la grande odyssée finale vers le Créateur (avec un grand C, s'il vous plaît) pour connaître enfin le Grand Secret de l'Univers.
Le problème, c'est que ce Grand Secret, on l'attend depuis cinq tomes. Cinq. Et quand il arrive, on se retrouve dans la position inconfortable du gamin qui déballe son cadeau de Noël en retenant son souffle… pour découvrir des chaussettes. Pas des mauvaises chaussettes, hein. Mais des chaussettes quand même. La révélation finale est honnête, cohérente avec l'univers de Werber, vaguement amusante même… mais elle n'est pas à la hauteur de l'édifice. On pense à ce que J. J. Abrams fait souvent avec ses « mystery boxes » : construire une boîte mystérieuse si belle qu'aucun contenu ne pourrait jamais la justifier. Werber est tombé dans ce piège-là.
Ce qui aggrave les choses, c'est l'impression persistante d'un récit écrit dans la précipitation. Les longueurs s'accumulent, des fils narratifs sont abandonnés en cours de route (la guerre entre les dieux, les motivations de Zeus, le sens réel de l'exil sur Terre 18), et certains passages, comme la descente en Enfer avec Hadès, qui offrent pourtant un décor visuellement réussi, se terminent sur des réflexions philosophiques tellement réductrices qu'on en reste pantois. Le mal, c'est la culpabilité. Voilà. Merci Hadès. Il faut aussi mentionner que le roman servait en partie de vitrine pour le lancement d'un jeu en ligne également baptisé Nous les dieux (ce que plusieurs lecteurs de l'époque ont perçu comme un mélange des genres douteux, le roman devenant support publicitaire autant qu'œuvre à part entière).
Ce qui sauve le livre du naufrage complet, c'est l'Encyclopédie du savoir relatif et absolu. Ces petits encarts signés du fictif Edmond Wells restent la vraie signature de Werber : curieux, instructifs, souvent surprenants, ils rappellent pourquoi on a aimé cet auteur au départ. Et il y a dans ce tome un personnage d'écrivain (Gabriel Askolein) à travers lequel Werber règle ses comptes avec la critique littéraire qui ne l'a jamais vraiment pris au sérieux. La séquence est honnête et même touchante par endroits. Elle dit quelque chose de vrai sur la posture de l'auteur populaire en France, ce statut ingrat d'écrivain que les grands médias ne daignent généralement pas recenser, mais dont les livres se vendent par millions.
Reste que sur la durée, Le mystère des dieux confirme ce que la trilogie des fourmis avait déjà laissé pressentir : Werber sait ouvrir des cycles, il sait les développer, mais il ne sait pas les fermer. Le dernier tome est systématiquement le plus faible.
Michael Pinson revient de sa rencontre avec Zeus avec une information de taille : il existerait une montagne encore plus haute que celle du dieu des dieux. Une seconde montagne. Et au sommet, forcément, un mystère encore plus mystérieux. En attendant d'y grimper, Michael doit survivre à la finale du jeu d'Y, une sorte de Hunger games métaphysique entre apprentis dieux, dont il sort très mal. Il commet l'irréparable (tuer un autre élève), et se retrouve condamné au pire des châtiments : redevenir mortel et vivre parmi les humains sur Terre 18, cette planète qu'il a lui-même contribué à façonner. Là, surprise, ça se passe plutôt bien. Il trouve l'amour, réalise que même sans pouvoirs divins on peut changer les choses, et commence presqu'à apprécier la condition humaine. Presque. Parce que l'appel d'Æden finit par revenir, et Michael repart pour la grande odyssée finale vers le Créateur (avec un grand C, s'il vous plaît) pour connaître enfin le Grand Secret de l'Univers.
Le problème, c'est que ce Grand Secret, on l'attend depuis cinq tomes. Cinq. Et quand il arrive, on se retrouve dans la position inconfortable du gamin qui déballe son cadeau de Noël en retenant son souffle… pour découvrir des chaussettes. Pas des mauvaises chaussettes, hein. Mais des chaussettes quand même. La révélation finale est honnête, cohérente avec l'univers de Werber, vaguement amusante même… mais elle n'est pas à la hauteur de l'édifice. On pense à ce que J. J. Abrams fait souvent avec ses « mystery boxes » : construire une boîte mystérieuse si belle qu'aucun contenu ne pourrait jamais la justifier. Werber est tombé dans ce piège-là.
Ce qui aggrave les choses, c'est l'impression persistante d'un récit écrit dans la précipitation. Les longueurs s'accumulent, des fils narratifs sont abandonnés en cours de route (la guerre entre les dieux, les motivations de Zeus, le sens réel de l'exil sur Terre 18), et certains passages, comme la descente en Enfer avec Hadès, qui offrent pourtant un décor visuellement réussi, se terminent sur des réflexions philosophiques tellement réductrices qu'on en reste pantois. Le mal, c'est la culpabilité. Voilà. Merci Hadès. Il faut aussi mentionner que le roman servait en partie de vitrine pour le lancement d'un jeu en ligne également baptisé Nous les dieux (ce que plusieurs lecteurs de l'époque ont perçu comme un mélange des genres douteux, le roman devenant support publicitaire autant qu'œuvre à part entière).
Ce qui sauve le livre du naufrage complet, c'est l'Encyclopédie du savoir relatif et absolu. Ces petits encarts signés du fictif Edmond Wells restent la vraie signature de Werber : curieux, instructifs, souvent surprenants, ils rappellent pourquoi on a aimé cet auteur au départ. Et il y a dans ce tome un personnage d'écrivain (Gabriel Askolein) à travers lequel Werber règle ses comptes avec la critique littéraire qui ne l'a jamais vraiment pris au sérieux. La séquence est honnête et même touchante par endroits. Elle dit quelque chose de vrai sur la posture de l'auteur populaire en France, ce statut ingrat d'écrivain que les grands médias ne daignent généralement pas recenser, mais dont les livres se vendent par millions.
Reste que sur la durée, Le mystère des dieux confirme ce que la trilogie des fourmis avait déjà laissé pressentir : Werber sait ouvrir des cycles, il sait les développer, mais il ne sait pas les fermer. Le dernier tome est systématiquement le plus faible.
Ma note41%
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