
Le roman "Les Malheurs de Sophie", publié en 1858 par la comtesse de Ségur, est un classique incontournable de la littérature française pour l'enfance. La trame du récit se concentre sur le plaisir principal de Sophie : désobéir à sa mère. Malheureusement, comme nous savons tous, les enfants qui désobéissent sont toujours punis. Pour ceux nés dans les années 80-90, la série d'animation "Les Malheurs de Sophie" est un souvenir de télévision inoubliable, mêlant avec une rare subtilité légèreté et tristesse. Elle abordait des thèmes aussi durs que la maltraitance et la mort. La série a déjà connu deux précédentes adaptations cinématographiques, mais la dernière date de 1980 et n'avait pas convaincu. Le projet était donc une superbe nouvelle adaptation, mais cela était sans compter sur son réalisateur indépendant, maître de l'auto-sabotage. Le film reprend les deux premiers livres de la trilogie, "Les petites filles modèles" et "Les malheurs de Sophie", et nous raconte l'enfance de Sophie de Réan, une petite fille capricieuse, voleuse et curieuse. Son principal passe-temps est de multiplier les bêtises. Peste pourrie gâtée qui se sert de son cousin Paul et des domestiques comme défouloir, elle connaîtra en revanche bien des malheurs. Le réalisateur a choisi d'utiliser la caméra Alexa pour monter au 4K, mais cela ne l'empêche pas de couper les bords du cadre pour un ratio "d'époque" et d'incorporer des animations ignobles que tout enfant de cinq ans aurait honte de montrer. Malheureusement, cela est apparemment plus facile à faire que de dresser des animaux et monsieur trouve intéressant les incrustations immondes. Niveau idée de génie, on notera aussi les monologues face caméra, histoire de bien casser le quatrième mur comme un porc, de même que le choix de prendre des acteurs qui n'ont pas "l'intelligence de la caméra" (qui jouent mal quoi). Du coup, on en viens à se dire que Anaïs Demoustier et Muriel Robin jouent bien, c'est dire. Et si au moins ça permettait d'avoir un casting fidèle, mais non : Camille, Madeleine et Marguerite sont particulièrement mal choisies. Sophie et sa mère (Golshifteh Farahani) sont elles aussi hors sujet mais ce sont de loin les personnages les plus intéressants et travaillés, mais cela reste léger. Aussi bien diabolique qu'angélique normalement, Sophie n'est ici qu'une peste qui ne fait guère acte de repentance, atténuant son côté attachant et attendrissant. Le film ne fait qu'enchaîner les bêtises de Sophie, perdant une grande partie de l'essence originelle. La plupart des personnages sont ratés, les enjeux dramatiques torpillés (état de santé prémonitoire et disparition désamorcée) et la sauce ne prend pas. La magie semble bien loin. Si vous cherchez un film qui aborde des thèmes similaires avec plus de finesse, je vous conseille "Le Petit Nicolas" ou même "Les Triplettes de Belleville", qui mettent l'accent sur la fantaisie et la complicité enfantine.
Commentaires
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !