Les meilleurs récits de Amazing stories (1926-1932)
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Jacques Sadoul, c'est un personnage à part dans le paysage SF francophone. Directeur de la collection science-fiction chez J'ai Lu à partir de 1970, il a littéralement façonné le goût de plusieurs générations de lecteurs français pour le genre. Sans lui, beaucoup d'entre nous n'auraient jamais croisé Philip K. Dick ou Isaac Asimov en édition de poche. Avec cette série des « Meilleurs récits de… », lancée en 1974, il endosse un rôle d'archiviste passionné : fouiller les vieux pulps américains des années 20 à 40, en extraire la substantifique moelle, et la servir aux lecteurs français avec une introduction soignée. Ce volume consacré à Amazing stories entre 1926 et 1932 est le premier d'une série qui en comptera treize.
Le magazine source, c'est quand même quelque chose. Amazing stories, fondé en avril 1926 par le Luxembourgeois-Américain Hugo Gernsback, est le premier magazine entièrement dédié à ce qu'il appelait alors la « scientifiction » ; le terme « science-fiction » ne sera officiellement forgé qu'en 1929. Gernsback voulait éduquer autant que divertir, mêler la rigueur scientifique au plaisir de l'aventure. Noble ambition. En pratique, il payait ses auteurs une misère, usait de montages financiers douteux pour éviter de les rémunérer, et finit par faire faillite en 1929. Barry N. Malzberg, lui-même ancien éditeur du magazine, l'a carrément traité d'escroc. Le contexte, donc, n'est pas exactement celui d'une grande maison d'édition littéraire soucieuse de ses auteurs.
Le recueil rassemble huit nouvelles. On y croise Abraham Merritt avec Les êtres de l'abîme, sorte de descente cauchemardesque vers des créatures souterraines mi-lovecraftiennes mi-feuilletonnesques. G. Peyton Wertenbaker signe L'arrivée des glaces, une dystopie glaciale sur la fin de l'humanité. David H. Keller propose La guerre du lierre, où une plante conquérante met l'humanité à genoux ; ce qui sonne presque comme une préfiguration de La guerre des mondes version botanique. Il y a aussi le texte de Wallace G. West, Le dernier homme, et plusieurs autres nouvelles d'auteurs aujourd'hui quasi-inconnus comme Francis Flagg ou R. F. Starzl. Et puis, en bout de recueil, la pièce maîtresse : Armageddon 2419 après J.-C. de Philip Francis Nowlan. C'est ici qu'est né Buck Rogers, le personnage qui inspirera dès 1929 un comic strip mondialement célèbre, puis des séries radio, des films, et une influence directe sur toute la SF d'action qui suivra ; jusqu'à Star wars, d'une certaine manière.
Alors, qu'est-ce que ça vaut aujourd'hui ? La réponse honnête, c'est : ça dépend de ce qu'on cherche. Si on vient ici pour vibrer comme devant Fondation ou s'interroger comme devant L'homme qui rétrécit, on va déchanter assez vite. Les textes portent leur âge comme un vieux pardessus : les ressorts narratifs sont prévisibles, la psychologie des personnages est quasi-inexistante, les prétentions scientifiques souvent ridicules au regard de ce qu'on sait aujourd'hui, et le style télégraphique des pulps, efficace pour vendre du rêve à dix cents le numéro, se révèle un peu aride sur la longueur. Sadoul lui-même, dans son introduction, prévient le lecteur : il faut de l'indulgence. Ce n'est pas un aveu anodin.
Et pourtant. Il y a quelque chose d'étrangement touchant dans ces récits. Une énergie brute, une candeur dans la démesure, un enthousiasme pour l'idée pure, quitte à sacrifier tout le reste sur son autel. Ces auteurs croyaient sincèrement que la fiction pouvait repousser les frontières du réel, qu'imaginer c'était déjà presqu'inventer. La nouvelle de Nowlan, en particulier, garde une vraie vigueur, un sens du rythme qui explique pourquoi elle a survécu à ses contemporains. Et le travail éditorial de Sadoul (la sélection, la mise en contexte, la traduction assurée par France-Marie Watkins) donne à l'ensemble une cohérence qu'il n'aurait pas eu sans lui.
Ce livre, au fond, se lit moins comme un recueil de grandes nouvelles que comme un document de fouilles archéologiques. On y voit le genre SF se construire en direct, balbutier, tâtonner, jeter des idées en l'air sans toujours savoir quoi en faire. C'est fascinant une heure, un peu répétitif deux heures. Les meilleurs récits de Amazing stories, c'est un livre qu'on est content d'avoir lu, sans forcément avoir envie d'y revenir. Une visite au musée plutôt qu'une invitation au voyage.
Le magazine source, c'est quand même quelque chose. Amazing stories, fondé en avril 1926 par le Luxembourgeois-Américain Hugo Gernsback, est le premier magazine entièrement dédié à ce qu'il appelait alors la « scientifiction » ; le terme « science-fiction » ne sera officiellement forgé qu'en 1929. Gernsback voulait éduquer autant que divertir, mêler la rigueur scientifique au plaisir de l'aventure. Noble ambition. En pratique, il payait ses auteurs une misère, usait de montages financiers douteux pour éviter de les rémunérer, et finit par faire faillite en 1929. Barry N. Malzberg, lui-même ancien éditeur du magazine, l'a carrément traité d'escroc. Le contexte, donc, n'est pas exactement celui d'une grande maison d'édition littéraire soucieuse de ses auteurs.
Le recueil rassemble huit nouvelles. On y croise Abraham Merritt avec Les êtres de l'abîme, sorte de descente cauchemardesque vers des créatures souterraines mi-lovecraftiennes mi-feuilletonnesques. G. Peyton Wertenbaker signe L'arrivée des glaces, une dystopie glaciale sur la fin de l'humanité. David H. Keller propose La guerre du lierre, où une plante conquérante met l'humanité à genoux ; ce qui sonne presque comme une préfiguration de La guerre des mondes version botanique. Il y a aussi le texte de Wallace G. West, Le dernier homme, et plusieurs autres nouvelles d'auteurs aujourd'hui quasi-inconnus comme Francis Flagg ou R. F. Starzl. Et puis, en bout de recueil, la pièce maîtresse : Armageddon 2419 après J.-C. de Philip Francis Nowlan. C'est ici qu'est né Buck Rogers, le personnage qui inspirera dès 1929 un comic strip mondialement célèbre, puis des séries radio, des films, et une influence directe sur toute la SF d'action qui suivra ; jusqu'à Star wars, d'une certaine manière.
Alors, qu'est-ce que ça vaut aujourd'hui ? La réponse honnête, c'est : ça dépend de ce qu'on cherche. Si on vient ici pour vibrer comme devant Fondation ou s'interroger comme devant L'homme qui rétrécit, on va déchanter assez vite. Les textes portent leur âge comme un vieux pardessus : les ressorts narratifs sont prévisibles, la psychologie des personnages est quasi-inexistante, les prétentions scientifiques souvent ridicules au regard de ce qu'on sait aujourd'hui, et le style télégraphique des pulps, efficace pour vendre du rêve à dix cents le numéro, se révèle un peu aride sur la longueur. Sadoul lui-même, dans son introduction, prévient le lecteur : il faut de l'indulgence. Ce n'est pas un aveu anodin.
Et pourtant. Il y a quelque chose d'étrangement touchant dans ces récits. Une énergie brute, une candeur dans la démesure, un enthousiasme pour l'idée pure, quitte à sacrifier tout le reste sur son autel. Ces auteurs croyaient sincèrement que la fiction pouvait repousser les frontières du réel, qu'imaginer c'était déjà presqu'inventer. La nouvelle de Nowlan, en particulier, garde une vraie vigueur, un sens du rythme qui explique pourquoi elle a survécu à ses contemporains. Et le travail éditorial de Sadoul (la sélection, la mise en contexte, la traduction assurée par France-Marie Watkins) donne à l'ensemble une cohérence qu'il n'aurait pas eu sans lui.
Ce livre, au fond, se lit moins comme un recueil de grandes nouvelles que comme un document de fouilles archéologiques. On y voit le genre SF se construire en direct, balbutier, tâtonner, jeter des idées en l'air sans toujours savoir quoi en faire. C'est fascinant une heure, un peu répétitif deux heures. Les meilleurs récits de Amazing stories, c'est un livre qu'on est content d'avoir lu, sans forcément avoir envie d'y revenir. Une visite au musée plutôt qu'une invitation au voyage.
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