Les meilleurs récits de Famous fantastic mysteries
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C'est un drôle de destin que celui de Jacques Sadoul. Pendant plus de trente ans, cet homme discret a tenu les rênes de la collection SF de J'ai Lu, orientant des générations entières de lecteurs français vers des territoires imaginaires qu'ils n'auraient jamais explorés sans lui. Anthologiste méticuleux, historien du genre, son Histoire de la science-fiction moderne reste une référence, il a publié au fil des années une vingtaine de recueils thématiques consacrés aux grandes revues pulp américaines. Des Weird tales aux Planet stories, en passant par Astounding, chaque volume constituait une leçon d'histoire littéraire emballée dans du papier bon marché. Ce volume consacré à Famous fantastic mysteries, paru en 1977, est le dernier maillon de cette chaîne. Et malheureusement, ça se sent.
La revue elle-même était un objet éditorial singulier : lancée en 1939 sous la direction de Mary Gnaedinger (première femme à occuper un tel poste dans l'univers des pulps, ce qui mérite d'être signalé), elle ne publiait strictement aucun texte original. Son principe était simple et assumé : exhumer les meilleurs récits parus entre 1912 et 1919 dans les grands magazines du groupe Munsey, ces Argosy et All-story weekly qui avaient vu naître la SF populaire américaine. Réimpressions sur réimpressions, donc. Sadoul reprend ce modèle à son compte et nous propose quatre textes datant de cette période pré-déluge.
Le plus long — et de loin, puisqu'il occupe à lui seul la moitié du volume avec ses cent quarante pages — est Les ténèbres et l'aurore de George Allan England, publié initialement en 1912. Un couple de jeunes New-Yorkais se réveille après huit siècles de sommeil inexpliqué pour découvrir une civilisation réduite en cendres et une humanité méconnaissable. L'idée est séduisante, le rythme tient la route, et on comprend pourquoi ce texte a marqué son époque. England était d'ailleurs considéré comme « le H. G. Wells américain » par ses contemporains ; éloge généreux, mais pas totalement usurpé. Sauf que le roman traîne avec lui un boulet idéologique que Sadoul, curieusement, ne signale pas dans son introduction : les antagonistes qui menacent les héros sont les descendants d'Afro-Américains, dans une logique raciste que le critique Richard Lupoff a qualifiée « d'élément regrettable » avec une diplomatie toute britannique. Pour un homme qui se présentait en 1912 comme candidat socialiste au poste de gouverneur du Maine, England naviguait dans des eaux idéologiquement troubles.
Les trois nouvelles qui complètent l'anthologie sont plus courtes et globalement plus honnêtes. La fille dans l'atome d'or de Ray Cummings était paraît-il considérée comme un chef-d'œuvre de la SF d'avant-guerre ; ce qui dit beaucoup sur le niveau du genre à l'époque. Le récit emmène son héros dans l'infiniment petit pour sauver une demoiselle en détresse, avec un arrière-goût des Voyages de Gulliver et une fin ouverte qui ne conclut pas vraiment. Ça se lit, on ne s'ennuie pas, mais le soufflé est retombé depuis longtemps. Trois lignes de vieux français d'Abraham Merritt est la plus anecdotique du lot. En revanche, L'île amie de Francis Stevens (pseudonyme masculin de Gertrude Barrows Bennett) réserve la vraie surprise du volume. Publiée en 1918, cette nouvelle imagine un futur où les femmes dominent la société et où un marin en détresse est secouru par une héroïne aussi solide que les conventions de l'époque étaient fragiles. Bennett a été surnommée « la femme qui a inventé la dark fantasy », et certains historiens du genre lui attribuent la paternité — ou plutôt la maternité — du premier roman de monde parallèle de la SF américaine. La voir figurer ici, dans ce recueil de bout de chaîne, avec si peu de mise en lumière, c'est presque un gâchis.
Car c'est peut-être ça, le vrai problème de ce volume : il arrive trop tard dans une série qui a déjà donné le meilleur d'elle-même. Les amateurs de Sadoul qui ont suivi la collection depuis le début trouveront ici le tome le moins généreux, le moins riche en grands noms, le moins varié. Là où Weird tales ou Planet stories offraient Bradbury, Leiber ou Sturgeon, on se retrouve ici avec des auteurs dont la postérité n'a retenu que les noms. C'est honnête, c'est bien présenté (les notices biographiques de Sadoul sont toujours aussi solides), mais c'est le fond de tiroir d'un genre en train de se découvrir lui-même, et ça ne décolle jamais vraiment.
La revue elle-même était un objet éditorial singulier : lancée en 1939 sous la direction de Mary Gnaedinger (première femme à occuper un tel poste dans l'univers des pulps, ce qui mérite d'être signalé), elle ne publiait strictement aucun texte original. Son principe était simple et assumé : exhumer les meilleurs récits parus entre 1912 et 1919 dans les grands magazines du groupe Munsey, ces Argosy et All-story weekly qui avaient vu naître la SF populaire américaine. Réimpressions sur réimpressions, donc. Sadoul reprend ce modèle à son compte et nous propose quatre textes datant de cette période pré-déluge.
Le plus long — et de loin, puisqu'il occupe à lui seul la moitié du volume avec ses cent quarante pages — est Les ténèbres et l'aurore de George Allan England, publié initialement en 1912. Un couple de jeunes New-Yorkais se réveille après huit siècles de sommeil inexpliqué pour découvrir une civilisation réduite en cendres et une humanité méconnaissable. L'idée est séduisante, le rythme tient la route, et on comprend pourquoi ce texte a marqué son époque. England était d'ailleurs considéré comme « le H. G. Wells américain » par ses contemporains ; éloge généreux, mais pas totalement usurpé. Sauf que le roman traîne avec lui un boulet idéologique que Sadoul, curieusement, ne signale pas dans son introduction : les antagonistes qui menacent les héros sont les descendants d'Afro-Américains, dans une logique raciste que le critique Richard Lupoff a qualifiée « d'élément regrettable » avec une diplomatie toute britannique. Pour un homme qui se présentait en 1912 comme candidat socialiste au poste de gouverneur du Maine, England naviguait dans des eaux idéologiquement troubles.
Les trois nouvelles qui complètent l'anthologie sont plus courtes et globalement plus honnêtes. La fille dans l'atome d'or de Ray Cummings était paraît-il considérée comme un chef-d'œuvre de la SF d'avant-guerre ; ce qui dit beaucoup sur le niveau du genre à l'époque. Le récit emmène son héros dans l'infiniment petit pour sauver une demoiselle en détresse, avec un arrière-goût des Voyages de Gulliver et une fin ouverte qui ne conclut pas vraiment. Ça se lit, on ne s'ennuie pas, mais le soufflé est retombé depuis longtemps. Trois lignes de vieux français d'Abraham Merritt est la plus anecdotique du lot. En revanche, L'île amie de Francis Stevens (pseudonyme masculin de Gertrude Barrows Bennett) réserve la vraie surprise du volume. Publiée en 1918, cette nouvelle imagine un futur où les femmes dominent la société et où un marin en détresse est secouru par une héroïne aussi solide que les conventions de l'époque étaient fragiles. Bennett a été surnommée « la femme qui a inventé la dark fantasy », et certains historiens du genre lui attribuent la paternité — ou plutôt la maternité — du premier roman de monde parallèle de la SF américaine. La voir figurer ici, dans ce recueil de bout de chaîne, avec si peu de mise en lumière, c'est presque un gâchis.
Car c'est peut-être ça, le vrai problème de ce volume : il arrive trop tard dans une série qui a déjà donné le meilleur d'elle-même. Les amateurs de Sadoul qui ont suivi la collection depuis le début trouveront ici le tome le moins généreux, le moins riche en grands noms, le moins varié. Là où Weird tales ou Planet stories offraient Bradbury, Leiber ou Sturgeon, on se retrouve ici avec des auteurs dont la postérité n'a retenu que les noms. C'est honnête, c'est bien présenté (les notices biographiques de Sadoul sont toujours aussi solides), mais c'est le fond de tiroir d'un genre en train de se découvrir lui-même, et ça ne décolle jamais vraiment.
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