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· Julien   Lepage

LOL : qui rit, sort ! (saison 6)
Tristan Carné
2026

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Illustration de critique : LOL : qui rit, sort ! (saison 6)
La mécanique commence à avoir les rotules qui grincent, mais LOL : qui rit, sort ! continue d’avancer, un peu comme une vieille attraction de fête foraine : on sait très bien où ça va secouer, on connaît les virages, on repère les ficelles, et pourtant on monte encore dedans. Pour cette sixième saison, réalisée par Tristan Carné et menée par Philippe Lacheau, LOL : qui rit, sort ! réunit Jérémy Ferrari, Arnaud Tsamère, Baptiste Lecaplain, Jonathan Lambert, Kad Merad, Alban Ivanov, Paul Mirabel, Marine Leonardi, Paul de Saint-Sernin, GuiHome et Elena Nagapetyan. Sur le papier, c’est une belle affiche. Dans les faits, c’est plutôt un repas de famille où un seul cousin met vraiment l’ambiance pendant que les autres regardent la nappe.

Le principe, lui, reste d’une efficacité presque primitive : des humoristes enfermés pendant six heures, une cagnotte pour une association, et une règle qui tient sur un ticket de caisse : qui rit, sort. La saison ajoute cependant une variation importante avec un jeu par équipes, notamment autour du trio Jérémy Ferrari, Arnaud Tsamère et Baptiste Lecaplain. L’idée a du sens : créer des alliances, de la pression, des responsabilités partagées. Sauf qu’à l’écran, cela donne parfois l’impression de regarder une partie de Mario kart où l’on se prend une carapace bleue lancée par quelqu’un d’autre. On ne perd plus seulement parce qu’on craque, mais parce que son partenaire craque, ce qui peut créer une forme d’injustice assez frustrante. Le dispositif veut renouveler la formule, mais il la rend aussi plus brouillonne.

Tout repose toujours sur la même progression : l’observation prudente, les premières attaques, les jokers, les performances absurdes, les éliminations, puis la finale. Le format fonctionne parce qu’il transforme le rire en suspense. C’est presque du Battle royale version plateau télé, sans les machettes, mais avec des perruques, des regards gênés et des blagues qui sentent parfois le vestiaire de MJC. Cette saison a de bons moments, surtout lorsqu’elle accepte le chaos. Mais elle souffre aussi d’un manque de montée en puissance. Trop souvent, on attend le grand dérapage, le sketch qui renverse la table, le moment dont on reparlera après l’épisode. Il y en a quelques-uns, mais pas assez pour donner l’impression d’un cru vraiment mémorable.

Le programme a pourtant une vraie idée : montrer ce que deviennent des comiques privés de leur arme principale. Ne pas rire devient une posture, presque un personnage. Certains adoptent la statue grecque. D’autres jouent les snipers. D’autres encore semblent surtout chercher où ils ont posé leur présence scénique. La dynamique de groupe est intéressante parce qu’elle révèle vite les rapports de force : ceux qui prennent l’espace, ceux qui attendent leur tour, ceux qui subissent, ceux qui n’ont visiblement pas reçu le même manuel. Le problème, c’est que cette galerie n’est pas toujours bien équilibrée. On sent une saison pensée comme une mêlée générale, mais qui finit parfois en match désorganisé, avec Alban Ivanov obligé de courir partout pour sauver le score.

La réalisation de Tristan Carné reste propre, lisible, efficace. Rien ne déborde vraiment du cadre Prime Video : lumière confortable, montage nerveux, inserts de réactions, musiques de tension, ralentis sur les sourires suspects. C’est carré, parfois trop. Le montage fait beaucoup pour fabriquer du suspense, mais il donne aussi cette sensation un peu artificielle d’une émission qui nous montre constamment où il faut regarder et quand il faut rire. Les cartons, les ralentis, les regards de Philippe Lacheau depuis sa régie : tout cela fait partie du plaisir, mais aussi de la limite. On n’est jamais dans le documentaire brut. On est dans une machine à transformer chaque micro-rictus en événement national.


Côté performances, c’est là que la saison devient vraiment inégale. Le trio Jérémy Ferrari, Arnaud Tsamère et Baptiste Lecaplain promettait beaucoup. Trop, peut-être. Sur le papier, c’était une sorte d’Avengers du stand-up francophone, mais à l’arrivée, on reste un cran en dessous de leur niveau habituel. Il y a de la complicité, de la technique, quelques bonnes fulgurances, mais pas cette folie qu’on pouvait espérer. Dommage, parce qu’on sent qu’ils ont les armes, mais qu’ils les sortent parfois avec le frein à main.

Jonathan Lambert, lui, fait du Jonathan Lambert : lourd, appuyé, un peu envahissant. Il a ce côté vieux lutin malaisant qui débarque dans une pièce avec la certitude qu’un accessoire absurde suffit à provoquer une apocalypse de rire. Par moments, ça peut fonctionner. Souvent, ça fatigue. Kad Merad paraît un peu dépassé par la mécanique, comme s’il observait le jeu avec la distance polie d’un invité qui ne sait pas trop s’il est à un dîner ou à un escape game. Sa carte joker, en revanche, est excellente, et rappelle qu’il suffit parfois d’une vraie bonne idée, simple et bien exécutée, pour faire respirer la saison.

Pour le reste, c’est plus compliqué. Marine Leonardi traverse l’émission sans vraiment peser. Pas désagréable, pas catastrophique, mais presque transparente. Paul de Saint-Sernin peine franchement à exister autrement que par une forme de gêne, et pas toujours la bonne. Elena Nagapetyan donne l’impression d’être en visite scolaire dans un concept qu’elle regarde de loin : vraie touriste, aucun impact. GuiHome n’est pas beaucoup plus convaincant, même si son relatif anonymat permet quelques vannes assez savoureuses sur le fait que personne ne semble vraiment savoir qui il est. C’est cruel, mais au moins, cela produit quelque chose. Quant à Paul Mirabel, son flegme habituel devient ici une impasse. Sa nonchalance, qui peut avoir du charme ailleurs, ressemble dans cette configuration à une absence de rythme. Trop en retrait, trop étiré, pas assez drôle. On dirait parfois qu’il attend que la blague se dépose toute seule, comme une feuille morte.

Et puis il y a Alban Ivanov. Heureusement. Sans lui, la saison aurait eu la vivacité d’une salle d’attente un lundi matin. Il fait le spectacle, prend des risques, occupe l’espace, crée du mouvement. Il ne réussit pas tout, évidemment, mais il essaie. Il relance, provoque, s’agite, donne de la matière aux autres. Il a ce côté bulldozer sympathique, pas toujours subtil, mais indispensable ici. C’est lui qui rappelle que LOL : qui rit, sort ! n’est jamais aussi bon que lorsque les participants arrêtent de jouer petit bras et acceptent de se ridiculiser vraiment. Merci à lui d’avoir sauvé la saison du coma comique.

Au bout du compte, cette sixième saison reste regardable, parfois franchement amusante, mais rarement brillante. Elle possède quelques excellents moments, une mécanique toujours solide et un Alban Ivanov en mode pompier pyromane, mais elle souffre d’un casting trop inégal et d’une règle des équipes qui renouvelle autant qu’elle abîme. On rit, oui. Pas autant qu’espéré. Pas toujours pour les bonnes raisons. C’est une saison de transition, pas un naufrage, pas un triomphe : un épisode prolongé de cette grande sitcom du malaise qu’est devenue l’humour sous surveillance.
Ma note60%
Vu le 1 Mai 2026


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