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· Julien   Lepage

LOL : in real life (saison 1)
Filip Trad
2025

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Illustration de critique : LOL : in real life (saison 1)
Amazon Prime Video avait-il vraiment besoin de sortir son émission phare du confortable studio parisien pour la transplanter dans les halls anxiogènes de Roissy-Charles de Gaulle ? Voilà la question qui taraude après avoir visionné cette version « in real life » de LOL : qui rit, sort !, toujours orchestrée par Philippe Lacheau mais désormais armée de 80 caméras cachées et d'un casting composé de Franck Dubosc, Redouane Bougheraba, Clara Luciani, Michou et Paola Locatelli. L'attente était palpable : après cinq saisons en huis clos, le concept promettait de se réinventer en plongeant les célébrités dans le grand bain du réel.

Le principe reste globalement intact : pendant six heures, nos cinq compétiteurs doivent garder leur sérieux tout en tentant de décrocher des éclats de rire chez des voyageurs lambda. Un point par rire, cinquante si plus de dix personnes s'esclaffent à la chaîne. Le tout filmé en septembre 2025 dans le Terminal 2E, entre les boutiques duty-free et les portes d'embarquement, avec des passagers censés ignorer totalement qu'ils participent malgré eux à une émission de télévision. Celui qui accumule le plus de points remporte 100 000 euros pour l'association de son choix : une carotte caritative qui ne suffit hélas pas à masquer les faiblesses structurelles du dispositif.

Le scénario, si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi, souffre d'un paradoxe fondamental : comment créer de la spontanéité dans un aéroport saturé de caméras ? L'idée de transposer le concept en situation réelle rappelle les grandes heures de Surprise sur prise ou de Candid Camera, mais là où ces émissions cultivaient l'art du piège bien huilé, cette version IRL peine à trouver son rythme. Les quatre épisodes de trente minutes s'étirent comme une attente interminable devant la porte d'embarquement, alternant entre tentatives laborieuses et moments de gêne pure. On sent que la production a voulu capitaliser sur l'imprévisibilité du lieu public, mais c'est précisément cette imprévisibilité qui devient le talon d'Achille : les voyageurs pressés ne sont pas un public captif, et leur rire nerveux face à des célébrités qu'ils reconnaissent instantanément sonne terriblement faux.

Les personnages (car c'est bien ce qu'ils deviennent, malgré eux) se retrouvent piégés dans des archétypes qui ne leur correspondent qu'à moitié. Dubosc endosse le costume du vétéran bonhomme qui tente des jeux de mots avec un poing en plastique, Bougheraba joue les snipers marseillais en multipliant les punchlines qui tombent comme des parpaings, Clara Luciani se transforme en performeuse décalée dormant avec une couette en plein terminal, tandis que Michou court dans tous les sens et Paola Locatelli semble chercher désespérément sa raison d'être là. Cette distribution des rôles forcée crée une dynamique bancale où chacun semble jouer dans son coin plutôt que de créer une véritable alchimie collective.

Thématiquement, l'émission interroge malgré elle notre rapport à la célébrité et à l'authenticité. Peut-on vraiment faire rire des inconnus quand on est connu ? Le rire est-il sincère ou dicté par la reconnaissance sociale ? Ces questions affleurent sans jamais être vraiment explorées, noyées dans un flot de gags téléphonés. La dimension caritative, censée apporter une noblesse au projet, ressemble davantage à un cache-misère moral qu'à une véritable démarche altruiste. On est loin de la jubilation anarchique des premières saisons en studio, où l'enfermement créait une pression créative palpable.

La réalisation, techniquement impressionnante avec ses quatre-vingts caméras dissimulées, peine paradoxalement à capturer la magie de l'instant. Les plans larges de l'aéroport donnent une impression de vide et de froideur qui contraste douloureusement avec l'intimité du studio originel. Le montage, visiblement laborieux au vu des douze heures de rush pour quatre petits épisodes, semble avoir privilégié la quantité à la qualité, conservant des séquences qui auraient mérité le placard. La bande-son, noyée dans le brouhaha ambiant des annonces de vols et des conversations parasites, achève de diluer l'impact comique des interventions.

Côté performances, le bilan est cruellement inégal. Dubosc s'en sort avec les honneurs, sa bonhomie naturelle et son expérience de la scène lui permettant de naviguer dans ce dispositif hostile avec une certaine aisance, même si on est loin de ses prestations dans Camping ou ses spectacles solo. Bougheraba, malgré sa victoire finale avec 329 points, peine à trouver le ton juste, oscillant entre agressivité mal placée et tentatives d'humour qui sentent le réchauffé. Sa revanche personnelle après l'humiliation du montage de la saison 4 classique ressemble davantage à une victoire à la Pyrrhus qu'à un triomphe mérité. Clara Luciani, catapultée dans un univers qui n'est manifestement pas le sien, fait peine à voir. La chanteuse de La grenade tente courageusement de jouer le jeu, dormant par terre, prétendant représenter la France à l'Eurovision avec une chanson sur le fromage, mais chaque tentative accentue le malaise. Ses maigres 114 points témoignent d'une inadéquation totale avec l'exercice. Quant à Michou et Paola Locatelli, leur présence relève du mystère insondable : le premier court partout comme un poulet sans tête, la seconde semble avoir été téléportée là par erreur, distribuant des CV imaginaires avec la conviction d'un figurant payé au SMIC.

Cette première saison de LOL : in real life laisse un goût amer de rendez-vous manqué. Le concept, prometteur sur le papier, se heurte à la réalité prosaïque d'un aéroport où les gens ont autre chose à faire que de servir de faire-valoir à des célébrités en mal d'inspiration. L'alchimie qui faisait le sel des saisons studio s'est évaporée dans les courants d'air du Terminal 2E, laissant place à un spectacle poussif qui peine à justifier son existence. On pense avec nostalgie aux délires de Pierre Niney ou aux improvisations géniales d'Alexandra Lamy dans les éditions précédentes.
Ma note25%
Vu le 21 Novembre 2025


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