Les zinzins de l'espace
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Difficile de savoir exactement par quel bout attraper Les Zinzins de l'espace. La série de Jean-Yves Raimbaud et Philippe Traversat, réalisée en saison 1 par Thomas Szabo puis en saison 2 par Olivier Jean-Marie — le père d'Oggy et les Cafards — débarque sur France 3 en septembre 1997, dans le giron des Minikeums, avec un postulat aussi simple qu'inusable : quatre extraterrestres s'écrasent en soucoupe sur Terre et se planquent dans le grenier d'une maison à louer, coincés entre leur désir de rentrer sur leur planète Zygma-B et le défilé incessant de locataires dont il faut se débarrasser à chaque épisode. Produite initialement par Gaumont Multimédia — qui deviendra Xilam — la série s'inscrit dans une tradition de cartoon slapstick à l'américaine des années 50, celle des Looney Tunes et autres Hanna-Barbera, avec quelques oripeaux de sitcom familiale cousus par-dessus : chaque alien occupe une case précise, le savant (Etno), le glouton (Gorgious), l'efféminé (Candy), l'abruti cosmique (Bud), le dédoublé (Stéréo). L'ambition, elle, est portée par un générique signé par Iggy Pop en personne — *Monster Men* —, ce qui est, reconnaissons-le, une promesse qui mérite mieux que ce que la série tiendra la plupart du temps. La mécanique narrative, on l'a dit, est ultra-balisée : à chaque épisode de treize minutes, un ou plusieurs humains s'installent dans la maison, les aliens activent leur SMTV — le Super-Méga-Trans-Volteur, seul vrai gadget récurrent de la série — pour se métamorphoser en humains, en insectes ou en animaux, et tentent par des stratagèmes plus ou moins absurdes de reconquérir leur territoire. La boucle est bouclée à chaque fois, sans évolution, sans mémoire, sans progression. C'est le principe même du cartoon à la papa, assumé jusqu'à l'extrême, et la série ne s'en cache pas : la maison détruite dans un épisode réapparaît intacte le suivant, Stéréo peut être éjecté sur la Lune dans un épisode et revenir comme si de rien n'était dans un autre. Ce refus de toute continuité est cohérent avec l'héritage revendiqué, mais il interdit aussi à la série de jamais construire quelque chose, de jamais monter en tension ou en enjeux. On est là pour rire de gags isolés, pas pour s'attacher à un récit. Le problème, c'est que ces gags ne font pas toujours mouche, loin de là — surtout en saison 1. La première fournée d'épisodes trahit une écriture encore très tâtonnante, un pot-pourri maladroit d'idées inégales où l'inventivité réelle côtoie des séquences qui s'étirent dans le vide. Le comique de situation est surexploité sans toujours savoir où s'arrêter, et l'absurde, quand il n'est pas maîtrisé, vire à la simple incohérence. Les personnages sont campés avec une brutalité de trait qui laisse peu de place à la nuance : Bud est bête, Gorgious mange, Candy fait le ménage, Etno est le seul à avoir un cerveau fonctionnel mais personne ne l'écoute. Ce n'est pas en soi un défaut — c'est la grammaire du genre —, mais encore faut-il que les situations créées par ces archétypes aient de la consistance. Ce n'est pas toujours le cas. Le tandem de tête de la saison 1 souffre aussi de doublages franchement approximatifs pour Candy et Bud, qui ont contribué à rendre difficile l'adhésion initiale à la série. La deuxième saison, qui n'arrive qu'en septembre 2005, soit sept ans après la fin de la première — un gouffre pour un dessin animé, une éternité pour le jeune public visé —, constitue une amélioration notable. Jean-Marie resserre les gags, densifie l'absurde, monte en puissance dans le slapstick. Les personnages gagnent quelques aspérités supplémentaires : Etno devient plus prétentieux, plus manipulateur, ce qui crée une tension inédite au sein du groupe. Les épisodes sont globalement mieux construits, avec un sens du rythme plus affûté et des situations qui tirent mieux parti du potentiel sociologique latent de la série — car Les Zinzins de l'espace joue, en sourdine, sur le regard de l'étranger porté sur les coutumes humaines, ce qui lui donne par moments une petite saveur satirique. Malheureusement, ce changement de réalisateur et d'écriture s'accompagne d'un changement de voix pour trois des quatre personnages principaux — seul Patrick Préjean reste en tant que Gorgious —, et la rupture est déstabilisante pour quiconque avait une forme d'attachement à la saison 1. Les thèmes, on l'a effleuré, gravitent autour d'une altérité gentiment brocardée : les Zinzins ne comprennent rien à l'argent, aux impôts, à la propriété, au temps, à la politique ou à la religion, et chaque locataire humain est un prétexte à épingler un travers de la société — le voisin bruyant, le représentant véreux, le critique d'art qui s'approprie le talent des autres. C'est léger, sans profondeur véritable, mais le filtre de l'absurde évite à la série de tomber dans la morale poussive. À noter que Candy, personnage ouvertement homosexuel — l'un des premiers dans l'animation non-américaine à l'être explicitement —, tranche avec les conventions de l'époque, même si la série ne l'exploite jamais autrement que comme ressort comique un peu facile. Quant au nom de Bud, il est officiellement inspiré de l'Orange Bud, une variété de cannabis — ce qui explique son comportement et, avouons-le, ajoute un degré de lecture que les enfants de 1997 ne soupçonnaient probablement pas. Graphiquement, la série joue sur un style volontairement outrancier, avec des déformations expressives inspirées du cartoon américain classique. Les couleurs criardes, les membres qui s'étirent, les têtes qui s'aplatissent : c'est la promesse d'un grand délire visuel. En pratique, la réalisation de la saison 1 accuse son âge et sa production sous-traitée à plusieurs studios coréens et hongkongais, avec un résultat parfois inégal dans la qualité des tracés. La saison 2 montre une animation plus fluide et une direction artistique plus cohérente sous l'impulsion de Xilam, qui avait entre-temps affiné ses méthodes avec Oggy et les Cafards. La bande-son reste très basique en dehors du générique, les musiques d'ambiance étant fonctionnelles sans être mémorables — ce qui contraste avec l'énergie brute d'Iggy Pop qui ouvre chaque épisode. Côté voix, la saison 1 reste dans les mémoires malgré ses imperfections techniques, notamment grâce à des comédiens comme Patrick Préjean dans le rôle de Gorgious, efficace dans sa gourmandise vaguement pathétique. Le casting de la saison 2, bien que plus homogène dans son exécution, peine à générer le même sentiment de familiarité. Le tout reste honnête sans jamais atteindre les sommets de la VF, par exemple dans des séries comme Les Simpson ou Futurama, où le doublage constitue une valeur ajoutée en soi. Au bout du compte, Les Zinzins de l'espace, c'est une série qui a eu ses admirateurs sincères, ses moments de grâce absurde, et son lot de belles idées. Mais c'est aussi une série qui n'a jamais vraiment trouvé sa vitesse de croisière, coincée entre une saison 1 trop brouillonne et une saison 2 trop tardive, entre des ambitions slapstick qui excèdent souvent les moyens de l'exécution et un concept de base trop mince pour tenir 104 épisodes sans s'essouffler. Le projet de long-métrage en images de synthèse, qui aurait pu être une belle conclusion, est mort dans les limbes après la liquidation judiciaire d'Action Synthèse en 2013 — une fin assez symptomatique pour une série qui a toujours eu du mal à franchir la ligne d'arrivée. Ceux qui cherchent du cartoon français déjanté de la même époque trouveront dans Oggy et les Cafards une version plus aboutie de la même formule, avec une cohérence visuelle et narrative que les Zinzins n'ont jamais tout à fait atteinte. Une série de son temps, pas désagréable, mais dont la nostalgie est sans doute le principal carburant.
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