La peur du Louvre
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Tout a commencé dans les pages d'Astrapi, le magazine de Bayard Presse qui accompagnait les récréations de toute une génération. C'est là que Claude Delafosse et Yvan Pommaux ont imaginé cette petite aventure avant qu'elle ne migre en album chez L'École des loisirs en 1986. Pommaux, il faut le rappeler, venait tout juste de décrocher le Grand Prix de la Ville de Paris l'année précédente : une consécration qui saluait un auteur déjà reconnu pour ses albums hybrides, quelque part entre le livre illustré et la bande dessinée franche. La peur du Louvre s'inscrit dans une trilogie de BD interactives qu'il signe avec Delafosse, aux côtés de Lulu a disparu et de Panique au cirque, et qui constitue une curiosité dans sa bibliographie : un accident de parcours assumé, en quelque sorte, avant qu'il ne s'impose définitivement avec John Chatterton détective au début des années 90.
L'album propose quelque chose d'assez simple dans le principe, mais d'assez malin dans l'exécution : le lecteur est le héros. Un gamin en visite scolaire au Louvre, aux prises avec une série de vols mystérieux portant sur des antiquités égyptiennes, qui décide de fausser compagnie à son groupe pour filer un individu louche. Dès les premières pages, on choisit trois objets parmi une liste (tournevis, lampe de poche, boule puante, bonbon au poivre) qui conditionneront la suite des événements. C'est ce genre de préparation un peu rituelle, presque solennelle, qui faisait tout le charme de ces lectures. Le héros, androgyne et sans prénom, sera du sexe que le lecteur décide : choix délibéré et assez rare pour l'époque, qui évite le travers du garçon aventurier par défaut. L'intrigue elle-même tourne autour d'un trafic d'antiquités et d'un secret de pharaon, avec des passages secrets, des faux semblants et quelques péripéties bien dosées pour le public cible.
Ce qui frappe à la relecture — et j'ai effectivement relu ce petit bouquin, retrouvé sur Le bon coin — c'est la qualité du dessin de Pommaux. La ligne claire est soignée, les galeries du Louvre dégagent une vraie atmosphère de musée labyrinthique, et le découpage par vignettes reste lisible malgré les contraintes narratives imposées par le format. L'auteur joue avec la pagination de manière assez inventive, faisant éclater les cases selon les besoins de l'histoire et ménageant quelques effets de surprise graphiques qui sortent du lot. On notera aussi que l'album sort en 1986, précisément au moment où le grand chantier de la Pyramide de Ieoh Ming Pei défraie la chronique : le Louvre est alors dans toutes les conversations, ce qui donne à ce décor une résonance d'actualité que les gamins de l'époque ont certainement perçue sans forcément le formuler.
Maintenant, soyons honnêtes. La peur du Louvre ne tient pas sur la longueur, et pour cause : il n'y en a pas. Soixante et onze pages, une seule fin victorieuse possible, contrairement à Panique au cirque qui multipliait les issues, et des embranchements narratifs qui restent dans la moyenne basse du genre. Les mordus de Défis fantastiques ou des Livres dont vous êtes le héros de Gallimard, habitués à des labyrinthes scénaristiques autrement plus touffus, trouveront l'expérience un peu courte, un peu sage, un peu trop raisonnable. C'est de la BD jeunesse calibrée pour des 8-10 ans, et ça ne cherche pas à être autre chose : l'ambition est clairement ciblée. Le rébus qu'on doit déchiffrer à la page 44 pour progresser est une bonne idée, mais l'ensemble manque de cette folie douce, de ce sens du détour qui fait les grands livres-jeux. On sent que le format magazine d'origine a imposé ses contraintes, et que le passage en album n'a pas permis d'étoffer vraiment la matière.
Reste un objet attachant, pétri d'une bienveillance pédagogique qui ne sonne jamais faux, et dont la mécanique de jeu — avec ce choix d'objets en début de partie qui engage le lecteur dès la première page — a quelque chose de proprement jouissif.
L'album propose quelque chose d'assez simple dans le principe, mais d'assez malin dans l'exécution : le lecteur est le héros. Un gamin en visite scolaire au Louvre, aux prises avec une série de vols mystérieux portant sur des antiquités égyptiennes, qui décide de fausser compagnie à son groupe pour filer un individu louche. Dès les premières pages, on choisit trois objets parmi une liste (tournevis, lampe de poche, boule puante, bonbon au poivre) qui conditionneront la suite des événements. C'est ce genre de préparation un peu rituelle, presque solennelle, qui faisait tout le charme de ces lectures. Le héros, androgyne et sans prénom, sera du sexe que le lecteur décide : choix délibéré et assez rare pour l'époque, qui évite le travers du garçon aventurier par défaut. L'intrigue elle-même tourne autour d'un trafic d'antiquités et d'un secret de pharaon, avec des passages secrets, des faux semblants et quelques péripéties bien dosées pour le public cible.
Ce qui frappe à la relecture — et j'ai effectivement relu ce petit bouquin, retrouvé sur Le bon coin — c'est la qualité du dessin de Pommaux. La ligne claire est soignée, les galeries du Louvre dégagent une vraie atmosphère de musée labyrinthique, et le découpage par vignettes reste lisible malgré les contraintes narratives imposées par le format. L'auteur joue avec la pagination de manière assez inventive, faisant éclater les cases selon les besoins de l'histoire et ménageant quelques effets de surprise graphiques qui sortent du lot. On notera aussi que l'album sort en 1986, précisément au moment où le grand chantier de la Pyramide de Ieoh Ming Pei défraie la chronique : le Louvre est alors dans toutes les conversations, ce qui donne à ce décor une résonance d'actualité que les gamins de l'époque ont certainement perçue sans forcément le formuler.
Maintenant, soyons honnêtes. La peur du Louvre ne tient pas sur la longueur, et pour cause : il n'y en a pas. Soixante et onze pages, une seule fin victorieuse possible, contrairement à Panique au cirque qui multipliait les issues, et des embranchements narratifs qui restent dans la moyenne basse du genre. Les mordus de Défis fantastiques ou des Livres dont vous êtes le héros de Gallimard, habitués à des labyrinthes scénaristiques autrement plus touffus, trouveront l'expérience un peu courte, un peu sage, un peu trop raisonnable. C'est de la BD jeunesse calibrée pour des 8-10 ans, et ça ne cherche pas à être autre chose : l'ambition est clairement ciblée. Le rébus qu'on doit déchiffrer à la page 44 pour progresser est une bonne idée, mais l'ensemble manque de cette folie douce, de ce sens du détour qui fait les grands livres-jeux. On sent que le format magazine d'origine a imposé ses contraintes, et que le passage en album n'a pas permis d'étoffer vraiment la matière.
Reste un objet attachant, pétri d'une bienveillance pédagogique qui ne sonne jamais faux, et dont la mécanique de jeu — avec ce choix d'objets en début de partie qui engage le lecteur dès la première page — a quelque chose de proprement jouissif.
Ma note72%
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