La petite fille sous la neige
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Netflix aime les séries espagnoles qui font parler. Après La Casa de Papel et ses hommages à répétition, la plateforme a mis en avant début 2023 La Petite Fille sous la neige, mini-série en six épisodes signée Jesús Mesas et Javier Andrés Roig, portée notamment par Milena Smit et Jose Coronado. La série a rapidement grimpé dans les tendances, ce qui, rappelons-le, mesure surtout le nombre de connexions et non la qualité intrinsèque de l'œuvre — nuance utile à garder en tête. L'intrigue démarre le 6 janvier 2010, lors de la parade des Rois mages à Málaga. Dans la foule en liesse, le père de la petite Amaya, six ans, lui lâche la main l'espace d'un instant. Elle disparaît. La police locale, menée par l'inspectrice Belén Millán, ouvre une enquête sur ce qui ressemble rapidement à un enlèvement. Parallèlement, une jeune stagiaire en journalisme, Miren Rojo, traumatisée par un viol dont les auteurs courent encore, s'empare de l'affaire avec une obstination qui va bien au-delà du simple reportage. Six ans passent sans réponse. En 2016, une cassette VHS refait surface : Amaya serait encore en vie. C'est ce double fil temporel, cette mécanique en dents de scie entre le présent et le passé, qui constitue le vrai dispositif narratif de la série — et d'ailleurs, le titre lui-même fait référence à la neige qu'on voit apparaître sur les vieilles cassettes avant et après chaque enregistrement, une métaphore plutôt jolie pour une série qui joue beaucoup sur l'effacement et la mémoire. L'idée de départ est assez forte, il faut le reconnaître. La série est adaptée du roman La chica de nieve de Javier Castillo, paru en 2020 et dont l'histoire se déroulait à l'origine à New York — c'est l'adaptation télévisée qui a relocalisé l'ensemble à Málaga, ville natale de l'auteur. Le succès de la série a d'ailleurs précipité la publication de la version française du roman chez Albin Michel, en mars 2023, preuve que la machine Netflix peut encore faire vendre du papier. Sur le plan du dispositif scénaristique, la structure en allers-retours chronologiques fonctionne correctement, et les six épisodes s'enchaînent avec une vraie fluidité — la série est bien dosée, elle ne s'embourbe pas, elle avance. Sauf que. Sauf qu'à partir de la scène d'ouverture, ou presque, le scénario trahit sa résolution. Dès le premier épisode, la mère d'une patiente salue Miren lors du carnaval, et le spectateur un tant soit peu attentif apprend que cette femme travaille dans une clinique de fertilité. Le mécanisme de la résolution est là, servi sur un plateau, avec les couverts. Je me suis dit que non, que c'était trop évident, que la série allait déjouer cette attente, qu'il y aurait un retournement supplémentaire, un deuxième fond de tiroir. En fait, si. C'est exactement aussi simpliste que ça. Et c'est franchement frustrant, parce que le thriller sur l'enlèvement d'enfant par un couple infertile n'est pas une idée neuve — on est sur un registre qu'ont déjà arpenté, avec plus de subtilité, des œuvres comme Prisoners ou, dans un registre plus européen, The Missing. Le scénario donne l'impression de se contenter d'un minimum, quand on aurait aimé un peu plus d'audace, un peu plus de malice. Du côté des personnages, le portrait de Miren est le plus travaillé : son traumatisme passé se superpose à son enquête présente dans une logique d'écho assez bien construite, et son obsession trouve une justification psychologique plus intéressante que le simple archétype de la journaliste coriace. En revanche, les figures masculines sont globalement sacrifiées — soit faibles, soit perverses, soit les deux. Eduardo, le mentor journaliste, fait figure d'exception bienveillante dans ce tableau pas très flatteur pour la gent masculine, mais il en devient presque trop idéalisé pour être crédible. Les parents d'Amaya, eux, restent dans un registre de douleur sourde et d'impuissance qui les empêche d'exister vraiment en dehors de leur statut de victimes. La dimension féministe affichée de la série — une inspectrice acharnée, une journaliste inébranlable, une mère qui résiste — est réelle, mais elle s'accompagne d'un déséquilibre un peu trop appuyé qui finit par ressembler davantage à un parti pris qu'à une vraie réflexion. Les thèmes abordés sont sérieux et nécessaires : la violence faite aux femmes, les réseaux d'exploitation, la lenteur judiciaire, le traitement médiatique des affaires de disparition d'enfants. La série n'esquive pas ces questions et s'y attarde avec une noirceur qui évite, au moins, les facilités émotionnelles trop voyantes. On pense inévitablement à l'affaire Madeleine McCann, qui flotte en arrière-plan même si la série ne la cite jamais explicitement. La réalisation opte pour une caméra assez mobile, nerveuse, qui colle aux personnages de près — un choix qui a divisé le public mais qui contribue à l'atmosphère de tension et d'urgence que la série recherche. La photographie est soignée, avec ce soleil andalou qui contraste de façon presque cruelle avec la noirceur de l'intrigue. La bande-son reste discrète et fonctionnelle, sans chercher à souligner lourdement les moments dramatiques. Rien de mémorable, mais rien de gênant non plus. Milena Smit, vue peu avant dans Madres Paralelas d'Almodóvar, assure une présence convaincante, habitée, même si son personnage finit par tourner en boucle sur les mêmes ressorts émotionnels. Jose Coronado est, lui, une valeur sûre du thriller espagnol télévisuel — son Eduardo fonctionne bien, peut-être justement parce que l'acteur n'en fait pas trop dans un registre où tout le monde a tendance à surjouer. La version française, avec notamment Jean-Rémi Tichit et Marie Tirmont, remplit son office sans trahir les performances originales. Au bout du compte, La Petite Fille sous la neige est une série espagnole plutôt intéressante, efficace dans son rythme, portée par une idée de départ solide et une ambiance qui sait rester sombre sans sombrer dans le misérabilisme. Mais elle ne tient pas franchement la route sur la durée, desservie par un scénario trop sage, trop prévisible, qui n'ose jamais ce qu'on espère qu'il ose. Les amateurs du genre y trouveront de quoi passer six épisodes sans s'ennuyer — et puis c'est tout. Ceux qui cherchent quelque chose de plus ambitieux, de plus retors, gagneront à se tourner vers des séries nordiques du même acabit, comme Broadchurch ou The Killing, qui jouent dans une autre catégorie.
Ma note49%
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