La petite sirène (série)
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Trois ans après avoir déclenché ce qu'on allait appeler la Renaissance Disney, (série) débarque sur CBS en septembre 1992 sous l'œil de Jamie Mitchell, avec pour mission officieuse de maintenir le feu sacré entre deux longs-métrages. C'est la toute première série télévisée dérivée d'un grand classique des studios, et Disney y voit une manne aussi évidente que risquée : capitaliser sur le succès foudroyant du film de Clements et Musker en exportant Ariel, Sébastien et Polochon sur le petit écran, chaque samedi matin, dans le créneau qui régnait alors sans partage sur la télévision américaine pour enfants. La série se positionne comme une préquelle au film : Ariel est ici légèrement plus jeune, encore peu obsédée par les humains, et ses aventures sous-marines l'amènent à croiser de nouveaux personnages créés pour l'occasion, dont Oursonet, un jeune triton orphelin qui devient son compagnon de galère. Trente et un épisodes de vingt-deux minutes pour explorer Atlantica sous toutes ses coutures, affronter des méchants sous-marins interchangeables et résoudre des conflits réglés en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « Sous l'océan ». Le problème fondamental de la série, c'est précisément ce que son format impose : une structure à épisodes autoconclusifs, rythmée par la logique du samedi matin, où chaque aventure doit se boucler proprement sans laisser de trace durable. Le résultat est une mécanique narrative terriblement prévisible — Ariel veut quelque chose, Sébastien s'y oppose, Polochon a peur, un antagoniste surgit, tout rentre dans l'ordre — qui se répète avec une constance qui frise l'autisme scénaristique. Les scénaristes, dont Peter S. Beagle au générique de plusieurs épisodes, ne semblent jamais vraiment s'autoriser à sortir du moule, comme si le cahier des charges avait été rédigé au cordeau et interdit toute prise de risque. On est loin de la sophistication que Batman : La Série animée, diffusée exactement à la même période, osait proposer à ses jeunes spectateurs. Les personnages sont fidèles à leurs versions cinématographiques, ce qui est à la fois leur force et leur limite. Ariel reste espiègle et têtue, Sébastien sarcastique et débordé, Polochon couard et touchant. Mais on les retrouve figés dans leurs traits de caractère sans jamais les voir évoluer d'un iota. L'absence de continuité entre les épisodes anéantit toute possibilité de développement. Les nouveaux personnages, censés apporter du sang frais, manquent généralement de relief — à une exception notable près : Gabriella, une jeune sirène sourde et muette rêvant de chanter, accompagnée d'un poulpe nommé Ollie qui sert d'interprète. Ce personnage a une origine particulièrement poignante : il a été créé en hommage à une jeune fan de la série décédée entre la première et la deuxième saison. Dans ce contexte, il est difficile de rester insensible à son apparition. La série aborde des thèmes en surface : l'amitié, la loyauté, la tolérance, l'acceptation de la différence — notamment à travers Gabriella. Mais tout cela est traité avec une légèreté qui confine parfois à la superficialité. Le sous-texte féministe du film, pourtant bien réel malgré ses ambiguïtés, se dilue ici dans des aventures trop sages, trop balisées, où Ariel est rarement en danger de façon convaincante et où les enjeux restent systématiquement anodins. CBS entendait clairement viser le cœur de cible le plus jeune possible, et c'est ce qui s'entend à chaque détour de dialogue. Du côté de la réalisation, le gouffre avec le film est immédiat et brutal. L'animation TV de l'époque fonctionnait avec des budgets de misère comparés à la production cinématographique, et ça se voit. Les couleurs sont plus ternes, les mouvements moins fluides, les décors sous-marins moins somptueux. Ce n'est pas indigne — Disney Television Animation maintenait un niveau correct pour la télévision — mais passer du film au feuilleton, c'est un peu comme passer de la peinture à l'huile à l'aquarelle avec un mauvais pinceau. La bande-son propose quelques nouvelles chansons qui restent honnêtes sans jamais approcher la puissance de ce qu'Alan Menken et Howard Ashman avaient composé pour le long-métrage — comment le pourraient-elles, d'ailleurs ? En VF, la distribution vocale de la série est distincte de celle du film original de 1989, ce qui crée une légère dissonance pour quiconque revient au feuilleton après avoir grandi avec les voix du film. C'est un détail, mais il contribue à l'impression que cette série est une copie carbone, légèrement décalée, de l'original. Les comédiens s'acquittent honnêtement de leur tâche dans le registre attendu, sans qu'aucune performance ne vienne véritablement marquer les esprits. Au fond, (série) est exactement ce qu'elle prétend être : un produit dérivé bien exécuté, conçu pour rentabiliser un succès et satisfaire des enfants en bas âge, sans chercher à élever quoi que ce soit. Elle réussit à peu près cet objectif modeste, et c'est là à la fois tout son intérêt et toute sa médiocrité. Pour les nostalgiques qui l'ont regardée sur le Disney Club de TF1 dans les années 1990, elle gardera sans doute une saveur affective que les épisodes eux-mêmes ne méritent pas vraiment. Pour les autres, on recommandera plutôt de redécouvrir le film original, ou de se tourner vers (Ducktales) ou (Darkwing Duck), des productions Disney Television de la même époque qui osaient davantage.
Ma note39%
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