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· Julien   Lepage

Laissez parler les noms !
Jean-Louis Beaucarnot
2004

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Illustration de critique : Laissez parler les noms !
Surnommé par les médias « le pape de la généalogie », titre décerné par L'Express en 1999 et jamais vraiment contesté depuis, Jean-Louis Beaucarnot est une figure à part dans le paysage éditorial français. Généalogiste de formation, historien du droit de métier, homme de radio par vocation, il a passé des décennies à démocratiser une discipline longtemps réservée aux aristocrates en quête de blason. Fondateur de Généalogie magazine en 1982, chroniqueur régulier sur Europe 1, conseiller à la rédaction de la Revue française de généalogie, il représente le cas assez rare de l'expert populaire : celui qui sait vraiment de quoi il parle, et qui sait en plus en parler à tout le monde sans condescendance ni simplification abusive. Laissez parler les noms ! s'inscrit dans une longue série d'ouvrages consacrés aux patronymes, après le succès retentissant des Noms de famille et leurs secrets (Robert Laffont, 1988, plus de 600 000 exemplaires vendus), et constitue en quelque sorte une synthèse augmentée de toute une vie de recherches sur le sujet.

L'ambition du livre est large, presque démesurée : explorer en un seul volume l'histoire et l'étymologie des noms propres dans toute leur diversité : les noms de famille bien sûr, mais aussi les prénoms, les noms de lieux et même les noms de marques commerciales. De César à McDonald's, de Dupont à Papadopoulos, de la rue Poil-au-Cul au tonnerre de Brest, Beaucarnot convoque des centaines d'anecdotes pour raconter comment les mots qui nous désignent et nous entourent sont nés, ont voyagé, se sont transformés. On y apprend pourquoi Blaise est forcément « à l'aise », ce que cache le nom du bain-marie, ou encore que les habitants de Chilly-Mazarin sont bel et bien appelés les Chiroquois. Des encadrés ponctuent régulièrement le texte principal pour approfondir un point ou simplement pour faire sourire… et ils y réussissent souvent. Le livre se termine par une partie pratique permettant au lecteur de travailler son propre patronyme, ce qui lui confère une dimension presqu'interactive, assez rare dans le genre.

Le style est immédiatement reconnaissable : c'est celui de la radio, transposé sur papier. Beaucarnot écrit comme il parle dans ses chroniques hebdomadaires, avec ce don pour rendre vivant ce qui pourrait être aride, pour glisser l'anecdote là où d'autres auraient aligné des tableaux comparatifs. Il y a quelque chose de desprogien dans sa façon de traiter certains noms burlesques avec un sérieux parfaitement feint, avant de lâcher la chute. Ce n'est pas un hasard si l'éditeur parlait, au moment de la sortie, d'un ouvrage « vivant et souvent cocasse » : la cocasserie est bien là, dosée avec mesure, jamais gratuite. On pense aussi, dans un registre plus télévisuel, à C'est pas sorcier, cette capacité à rendre une discipline technique absolument accessible sans la trahir.

Pourtant, quelque chose résiste à l'enthousiasme complet. Le problème vient précisément de l'ambition du projet : vouloir couvrir quatre catégories de noms en un seul volume donne parfois l'impression d'un livre un peu fouillis, qui hésite entre le dictionnaire, le récit historique, le manuel pratique et le recueil d'anecdotes. On passe d'une thématique à l'autre sans que la logique d'ensemble soit toujours limpide, et certains lecteurs exigeants pourraient reprocher à l'ouvrage une légèreté de traitement sur des sujets qui mériteraient davantage de développement. Pour un généalogiste aguerri, plusieurs passages seront trop rapides. Pour le néophyte total, certains détours historiques pourront sembler un brin techniques. L'ouvrage navigue entre deux eaux avec habileté, mais sans jamais tout à fait choisir son cap.

Ce n'est finalement pas un livre que l'on relit de la première à la dernière page comme un roman, mais plutôt un de ces volumes que l'on garde à portée de main, que l'on consulte par plaisir ou par curiosité, que l'on ouvre au hasard un soir de désœuvrement et que l'on referme une heure plus tard en s'étant amusé et instruit sans vraiment l'avoir décidé. Ceux qui ont apprécié Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises de Lorànt Deutsch ou les essais de Claude Duneton sur la langue française trouveront ici un compagnon de la même veine : solide, plaisant, imparfait, mais sincère.
Ma note73%
Lu le 25 Juin 2023


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