La plus précieuse des marchandises
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Avec La plus précieuse des marchandises, Michel Hazanavicius s'aventure pour la première fois dans l'animation en adaptant le conte de Jean-Claude Grumberg. Porté par les voix de Dominique Blanc, Grégory Gadebois et le testament vocal de Jean-Louis Trintignant, ce film d'animation présenté en compétition à Cannes suscitait une certaine curiosité, d'autant que le réalisateur de The artist s'emparait ici d'un sujet aussi délicat que la Shoah.
L'histoire nous emmène dans une forêt polonaise enneigée où vivent Pauvre Bûcheronne et Pauvre Bûcheron, couple modeste qui peine à survivre pendant la Seconde Guerre mondiale. Chaque jour, des trains traversent la forêt, transportant ce que la femme croit être des marchandises. Un jour, un paquet tombe du convoi : c'est un bébé emmitouflé dans un châle. Malgré les réticences de son mari, la bûcheronne décide de recueillir l'enfant. En parallèle, le film nous montre le père de ce nourrisson, déporté avec sa famille vers un camp d'extermination, et qui a pris la décision désespérée de jeter son enfant du train.
Le scénario souffre malheureusement d'une accumulation d'invraisemblances qui finissent par ébranler l'adhésion du spectateur. Comment un bébé peut-il survivre à une chute d'un train en marche, puis passer des heures dans la neige glacée ? L'explication donnée (le châle miraculeux qui l'aurait protégé) relève davantage du conte de fées que de la vraisemblance historique. Plus problématique encore, le scénario suppose que le père déporté connaissait parfaitement sa destination. Or, les déportés pensaient se rendre dans des camps de travail. Cette prescience inexpliquée du personnage sonne faux et révèle une méconnaissance des mécanismes de la déportation. D'autant que ce même père survit aux conditions concentrationnaires d'Auschwitz.
Les personnages, réduits à leur fonction symbolique, manquent cruellement d'épaisseur. Pauvre Bûcheronne et Pauvre Bûcheron — ces appellations révélant déjà l'approche simpliste du film — ne sont que des archétypes : la femme bienveillante qui veut sauver l'enfant, l'homme bourru qui finit par s'attendrir. Leur évolution suit un schéma prévisible, sans surprise ni nuance psychologique. Le père déporté, quant à lui, oscille entre figure christique et symbole de la résistance paternelle, mais n'accède jamais au statut de personnage complexe. Cette approche manichéenne dessert le propos du film qui prétend explorer « le pire comme le meilleur du cœur des hommes ».
Le film tente d'aborder les thèmes universels de l'humanité face à la barbarie et de la transmission intergénérationnelle, mais sa lourdeur didactique nuit considérablement au message. Hazanavicius semble persuadé que répéter inlassablement que « les sans-cœur ont un cœur » suffira à émouvoir. Cette approche marteau-piqueur transforme ce qui pourrait être une méditation subtile sur la bonté humaine en leçon de morale pesante. Le choix de l'euphémisme (remplacer « juifs » par « sans-cœur ») qui se voulait sans doute délicat, finit par édulcorer la réalité historique au point de la vider de son sens.
Visuellement, l'animation d'Hazanavicius (qui a lui-même dessiné les personnages lors de la pré-production) reste dans un registre sage et convenu. Les traits épais et les mouvements lissés des personnages leur confèrent certes un aspect de gravure ancienne, mais cette esthétique volontairement dépouillée frôle parfois la pauvreté graphique. Quand on sait que la production a été perturbée par la pandémie, poussant le réalisateur à tourner Coupez ! entre-temps, on peut se demander si ce projet n'a pas pâti d'un manque d'investissement technique. La musique d'Alexandre Desplat, omniprésente et sirupeuse, achève d'enfoncer le spectateur dans un bain émotionnel artificiel.
Si Dominique Blanc apporte sa sensibilité habituelle au rôle de la bûcheronne, et que Grégory Gadebois (qui a remplacé Gérard Depardieu suite aux affaires judiciaires de ce dernier) compose un bûcheron crédible, c'est surtout l'ultime prestation de Jean-Louis Trintignant en narrateur qui marque. Sa voix chevrotante, enregistrée peu avant sa mort en 2022, confère une gravité indéniable au récit, même si elle ne peut suffire à masquer les failles du scénario.
Malgré les intentions louables d'Hazanavicius et son désir sincère de transmettre un message d'humanité, La plus précieuse des marchandises sombre dans la facilité émotionnelle et l'incohérence narrative. Les amateurs d'animation préféreront se tourner vers Valse avec Bachir d'Ari Folman, qui prouve qu'on peut traiter de sujets graves en animation sans sacrifier la complexité à l'émotion de surface.
L'histoire nous emmène dans une forêt polonaise enneigée où vivent Pauvre Bûcheronne et Pauvre Bûcheron, couple modeste qui peine à survivre pendant la Seconde Guerre mondiale. Chaque jour, des trains traversent la forêt, transportant ce que la femme croit être des marchandises. Un jour, un paquet tombe du convoi : c'est un bébé emmitouflé dans un châle. Malgré les réticences de son mari, la bûcheronne décide de recueillir l'enfant. En parallèle, le film nous montre le père de ce nourrisson, déporté avec sa famille vers un camp d'extermination, et qui a pris la décision désespérée de jeter son enfant du train.
Le scénario souffre malheureusement d'une accumulation d'invraisemblances qui finissent par ébranler l'adhésion du spectateur. Comment un bébé peut-il survivre à une chute d'un train en marche, puis passer des heures dans la neige glacée ? L'explication donnée (le châle miraculeux qui l'aurait protégé) relève davantage du conte de fées que de la vraisemblance historique. Plus problématique encore, le scénario suppose que le père déporté connaissait parfaitement sa destination. Or, les déportés pensaient se rendre dans des camps de travail. Cette prescience inexpliquée du personnage sonne faux et révèle une méconnaissance des mécanismes de la déportation. D'autant que ce même père survit aux conditions concentrationnaires d'Auschwitz.
Les personnages, réduits à leur fonction symbolique, manquent cruellement d'épaisseur. Pauvre Bûcheronne et Pauvre Bûcheron — ces appellations révélant déjà l'approche simpliste du film — ne sont que des archétypes : la femme bienveillante qui veut sauver l'enfant, l'homme bourru qui finit par s'attendrir. Leur évolution suit un schéma prévisible, sans surprise ni nuance psychologique. Le père déporté, quant à lui, oscille entre figure christique et symbole de la résistance paternelle, mais n'accède jamais au statut de personnage complexe. Cette approche manichéenne dessert le propos du film qui prétend explorer « le pire comme le meilleur du cœur des hommes ».
Le film tente d'aborder les thèmes universels de l'humanité face à la barbarie et de la transmission intergénérationnelle, mais sa lourdeur didactique nuit considérablement au message. Hazanavicius semble persuadé que répéter inlassablement que « les sans-cœur ont un cœur » suffira à émouvoir. Cette approche marteau-piqueur transforme ce qui pourrait être une méditation subtile sur la bonté humaine en leçon de morale pesante. Le choix de l'euphémisme (remplacer « juifs » par « sans-cœur ») qui se voulait sans doute délicat, finit par édulcorer la réalité historique au point de la vider de son sens.
Visuellement, l'animation d'Hazanavicius (qui a lui-même dessiné les personnages lors de la pré-production) reste dans un registre sage et convenu. Les traits épais et les mouvements lissés des personnages leur confèrent certes un aspect de gravure ancienne, mais cette esthétique volontairement dépouillée frôle parfois la pauvreté graphique. Quand on sait que la production a été perturbée par la pandémie, poussant le réalisateur à tourner Coupez ! entre-temps, on peut se demander si ce projet n'a pas pâti d'un manque d'investissement technique. La musique d'Alexandre Desplat, omniprésente et sirupeuse, achève d'enfoncer le spectateur dans un bain émotionnel artificiel.
Si Dominique Blanc apporte sa sensibilité habituelle au rôle de la bûcheronne, et que Grégory Gadebois (qui a remplacé Gérard Depardieu suite aux affaires judiciaires de ce dernier) compose un bûcheron crédible, c'est surtout l'ultime prestation de Jean-Louis Trintignant en narrateur qui marque. Sa voix chevrotante, enregistrée peu avant sa mort en 2022, confère une gravité indéniable au récit, même si elle ne peut suffire à masquer les failles du scénario.
Malgré les intentions louables d'Hazanavicius et son désir sincère de transmettre un message d'humanité, La plus précieuse des marchandises sombre dans la facilité émotionnelle et l'incohérence narrative. Les amateurs d'animation préféreront se tourner vers Valse avec Bachir d'Ari Folman, qui prouve qu'on peut traiter de sujets graves en animation sans sacrifier la complexité à l'émotion de surface.
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